LIVRE PREMIER
cessé de déclarer qu'ils ne s'associeraient pas à une politique de coup d'état. Le roi fit alors appel à MM. de Peyronnet1 etde Chantelauze2 que depuis longtemps il tenait en réserve pour cette éventualité.
M. de Peyronnet devenait ministre pour la seconde fois, ayant fait partie du cabinet Villèle dont il avait partagé la fortune jusqu'au bout. Nature ardente et passionnée, avec des dehors de misanthrope, plein de confiance en lui-même, au même degré que M. de Polignac, dévoué au roi comme un fidèle serviteur, dogmatique et vaniteux, autoritaire à l'excès, M. de Peyronnet, en dépit de sa scrupuleuse honnêteté, a mérité d'être jugé sans bienveillance. En de ses collègues, M. d'Haussez, a écrit : « 11 avait un ton tranchant et affinnatif qui semblait repousser toutes les assertions qui ne venaient pas de lui, et il avait été sans doute deviné par l'auteur des Lettres persanes lorsqu'il disait de deux pédans : la conversation de l'un se résumait à ceci : « Ce que je dis est vrai, parce que je l'ai dit; » celle de l'autre : « Ce que l'on dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas vu ou entendu. » Le roi jugeait autrement M. de Peyronnet : « C'est l'homme qui peut le mieux réussir dans
\. Né à Bordeaux en 1778, mort à Montferrand en 1854. 2. Ne à Montbrison en 1 787, mort en 1859.
les élections, disait-il; il donnera un coup de fouet à l'opinion. »
Le roi se trompait. M. de Peyronnet n'avait pas bénéficié de la réaction qui s'était opérée peu à peu en faveur de M. de Villèle. Le souvenir des lois déplorables auxquelles il avait attaché son nom, par la violence qu'il mit à les défendre après les avoir présentées, demeurait vivant dans toutes les mémoires et maintenait son impopularité, qui devait fatalement accroître celle du cabinet dans lequel il entrait comme ministre de l'intérieur. Quand on vit M. de Polignac s'associer un tel collaborateur, il n'y eut plus de doute sur ses intentions. Il poursuivait la dissolution; il entendait épuiser jusqu'au bout les conséquences de son système. Ce trait mit le comble à l'animosité des partis et détacha de la cause royale des hommes qui déploraient la faiblesse et l'aveuglement de Charles X, sans cesser d'espérer cependant qu'il se séparerait à temps du prince de Polignac. Mais telles n'étaient point les dispositions du roi, qui s'écriait : « Ce qui a toujours manqué, c'est l'aurlace de planter son drapeau; eh bien! le nom seul de M. de Peyronnet est un drapeau que j'élève. »
La nomination de M. de Chantelauze comme garde des sceaux, en remplacement de M. de Courvoisier,