‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 21 sur 146 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ces graves mesures ne surprirent personne : on les attendait et l'opposition s'était préparée à y répondre, en défendant contre le ministère la Charte constitutionnelle menacée non par la dissolution, qui était après tout dans le droit de la prérogative royale, mais par les projets de coup d'état auxquels on savait le gouvernement résolu, en cas de défaite sur le terrain électoral. Partout, des commissions s'étaient formées pour propager et appuyer la candidature des 221. Des comités consultatifs les secondaient, renseignant les électeurs gratuitement. Le ton général de la presse manifestait une violence poussée jusqu'à son paroxysme. Le cabinet fut effrayé de ce mouvement, témoignage de l'irrésistible ardeur déchaînée contre ses doctrines. Sous le prétexte de faciliter aux électeurs les moyens de faire prévaloir leurs droits, mais, en réalité, afin de ne pas donner

30 I>E PROCÈS Di:S MINISTRES.

la priorité à des élections hostiles, il ajourna les opérations du scrutin aux 12 et 19 juillet, dans vingt départemens où le triomphe de l'opposition paraissait certain. Puis, il fit au dévoûment de tous les fonctionnaires un pressant et énergique appel; et enfin, quand les préfets consultés de nouveau, perdant peu à peu confiance, commencèrent à élever des doutes et à manifester des inquiétudes touchant le résultat définitif de la campagne, il demanda au roi d'intervenir de sa personne dans le conflit imprudemment engagé entre son gouvernement et la nation. Charles X eut la faiblesse d'y consentir et d'assumer une part de la responsabilité de ses ministres. Peu de jours avant les élections, une proclamation royale fut adressée aux électeurs. Le monarque y protestait à la fois de son ferme désir de respecter la Charte, et de sa non moins ferme volonté de défendre les droits sacrés de la couronne. Mais, personne ne voulant avouer que ces droits fussent menacés, l'effet de cette proclamation fut presque nul. Les partis étaient d'ailleurs à ce point surexcités que la nouvelle de la prise d'Alger, titre immortel de gloire pour la France et pour son armée, ne put les désarmer même un jour et que la solennité du Te Deum chanté à Notre-Dame, en présence de toute la

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