‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 22 sur 146 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cour, fut célébrée au milieu d'une indifférence presque générale, à la grande douleur du roi, attristé déjà par les premiers résultats des élections.

On les connut entiers et complets le 19 juillet. Les espérances de Charles X se trouvaient cruellement trompées ; les actes de MM. de Polignac et de Peyronnet n'avaient abouti qu'à ménager à l'opposition un magnifique triomphe. Sur 428 députés élus, elle en avait à soi 270, parmi lesquels 202 faisaient partie des 221. Les amis du ministère n'étaient qu'au nombre de 1Zi5 ; on comptait 13 douteux. Le cabinet de M. de Polignac restait donc en minorité malgré ses efforts, certain d'être renversé dès la réunion des chambres, fixée, on s'en souvient, au 3 août.

A ce moment, cependant, quoique gravement com promis par une politique aveugle et sourde, le sort de la couronne ne pouvait être considéré comme désespéré. A l'exception de quelques exaltés, tout le monde redoutait les suites d'une révolution. A l'un d'eux, M. Odilon Barrot1 disait : « Vous avez foi dans

1. Ne en 1791 à Villefort (Lozère), mort à Paris en 1874. La suite de ce récit montrera M. Odilon Barrot à ses débuts dans la vie politique. Nous n'avons fait que rendre hommage à la vérité en jugeant le vieux combattant des luttes parlementaires d'autrefois avec une indulgence moindre que celle dont il s'est décerné le témoignage

une insurrection de place publique. Eh mon Dieu! si un coup d'état venait à éclater, vaincus, vous seriez traînés à l'échafaud et le peuple vous regarderait passer. » Encore à cette heure, si près d'une catastrophe irréparable provoquée par une conduite insensée, le plus grand nombre des hommes qui devaient à quelques jours de là s'associer au mouvement, le diriger et en profiter, ne prévoyaient rien en dehors d'un changement de ministère et ne formaient d'autre dessein que celui d'obtenir des garanties contre le retour d'une crise semblable à celle qu'on traversait.

La pratique loyale des institutions parlementaires offrait d'ailleurs au roi une ressource suprême et réparatrice. Non-seulement elle la lui offrait, mais elle la lui imposait à l'égal d'un devoir. Le ministère était battu ; il devait se retirer. Bien qu'il fût peutêtre trop tard pour former un cabinet Villèle, un

dans ses Mémoires. Eu 1830, M. Odilou Barrot était déjà ce qu'il devait être toute sa vie, un orateur plus verbeux que profond, un homme d'état plus présomptueux que prévoyant, et à qui une inextinguible soif de popularité, une vanité poussée à l'excès, firent commettre, en dépit d'une loyauté inattaquable et des intentions les plus droites, des fautes irréparables. M. Odilon Barrât doit être placé au premier rang parmi les hommes de ce temps qui ont le plus contribué à déchaîner les passions révolutionnaires et qui se sont montrés les plus malhabiles à les contenir quand elles sont devenues menaçantes.

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