Le linge du premier était marqué P. P
Caen, par suite de l'impossibilité de se procurer des passeports, comme on le verra plus loin, il se dirigea sur Avranches, il fit du prince M. Perrot de Chazelles, un de ses amis, ancien maréchal des logis des gardes du corps de Monsieur et gentilhomme ordinaire du roi, qui désirait acquérir une partie de ses propriétés. Mais il n'avait pas à cacher la vérité à la comtesse de Semallé, qui d'ailleurs avait vu M. de Polignac. Prévenue par son mari, la comtesse feignit de ne pas reconnaître l'hôte qui lui était amené, et se le laissa présenter comme si elle se trouvait en sa présence pour la première fois.
« Ah! monsieur, lui dit-elle, quand ils furentseuls, dans quelle position vous nous avez mis!
— Madame, la question n'est pas résolue, répondit avec conviction M. de Polignac : la position est peut-être bien meilleure que vous ne croyez. Ce n'est pas nous qui avons déchiré la Charte, mais ceux qui se sont révoltés contre l'autorité du roi. C'est eux qui l'ont détruite, cette Charte, et maintenant la table est rase. »
Ce langage révélait les singulières illusions qu'il se faisait encore au moment même où sa fuite démontrait jusqu'à la dernière évidence que la monarchie était condamnée, et l'espoir qu'il ne cessait de
caresser, de ressaisir le pouvoir et de l'exercer, débarrassé enfin de cette Charte, en haine de laquelle il avait imprudemment provoqué une révolution.
Le château de la Gastine fut la seconde étape de la fuite. On en partit dans l'après-midi, après avoir attendu vainement des feuilles de passeports que M. de Semallé avait envoyé quérir à Mamers. On voyagea jusqu'au soir, et tandis que M. de Polignac passait la nuit au château de Saint-Paterne, à une courte distance d'Alençon, M. de Semallé se rendait seul dans cette ville, afin de se procurer ces passeports indispensables. Malheureusement, il n'eut pas même la possibilité de chercher à les obtenir. Alençon était en pleine révolution, la municipalité venait d'être renouvelée, et M. de Semallé ne revint à Saint-Paterne que vers quatre heures du matin, après avoir eu beaucoup de peine à se soustraire à des dangers personnels. 11 tourna la ville d'Alençon, passant la Sarthe en amont, et .s'arrêta à Semallé où il changea son itinéraire. Il résolut de prendre la route d'Avranches. Possédant près de cette ville la terre de Ducey, il pouvait invoquer la nécessité de se rendre dans ses propriétés. L'abbé Le Pelletier, curé de Semallé, lui donna un guide qui conduisit les voyageurs à travers la forêt d'Éconnes, à Livaye,