LIVRE PREMIER
dont le desservant était l'oncle de M. Le Pelletier : de là ils allèrent passer leur quatrième nuit au château du Champ-de-la-Pierre, chez M. de Basmont dont la petite-fille, mariée à un membre de la famille d'Andigné, y réside actuellement. M. de Semallé se donna comme chargé d'une mission près de Charles X, en route en ce moment pour Cherbourg. Le lendemain, — c'était le vendredi (3 août, — M. de Basmont donna aux voyageurs ses chevaux, une voiture et un guide, et le soir, ils couchaient au château de Saint-Symphorien, chez le marquis de Bourgblanc d'Apreville, à quelques lieues d'Avranches. Après avoir pris un repos nécessaire, ils se mirent en route pour la terre de Ducey, dont le compagnon de M. de Semallé était censé vouloir acheter une partie. Le samedi, dès le matin, M. de Polignac, présenté sous le nom de M. Perrot de Chazelles, se rendit, accompagné d'un notaire, sur les terrains que M. de Semallé devait lui vendre, tandis que ce dernier allait aux renseignemens, afin de s'informer des moyens de faire embarquer l'homme que le roi avait confié à sa garde.
Il y avait alors, établie aux environs d'Avranches, dans une commune appelée Saint-Jean-le-Thomas, la veuve du général de la Martinière. Une de ses
amies, la marquise de Saint- Fargeau l, se trouvait en ce moment en visite chez elle. Le comte de Semallé eut le pressentiment que ces deux femmes se feraient volontiers ses complices pour sauver M. de Polignac. Il alla les trouver et l'accueil qu'il reçut d'elles le décida à leur avouer le véritable nom de son compagnon. Il ne s'était pas trompé dans ses conjectures; il eut à peine prononcé ce nom que ces dames se déclarèrent prêtes à le seconder pour réaliser les intentions du roi. Mais, comme seules elles ne pouvaient rien, elles se décidèrent, avec l'assentiment de M. de Semallé, à mettre le curé de Saint- Jean-le-Thomas dans la confidence de leurs perplexités, en lui cachant toutefois, du moins dès l'abord, la qualité de M. de Polignac et en le faisant passer pour un haut personnage ecclésiastique compromis dans les derniers événemens. Un plan fut alors arrêté et exécuté le lendemain di-
1. Elle était la belle-sœur de Louis-Michel Le Pelletier do Saint- Fargeau, député de l'Yonne à la Convention, et de Félix Le Pelletier de Saint-Fargeau, également partisan de la révolution. Elle avait épousé leur frère, qui ne partageait à aucun degré leurs opinions politiques. C'est cette femme que, dans son récit, M. de Lamartine a appelée M""' do Mortfontaine et a pris pour la fille du conventionnel, qu'après la mort de son père, assassiné dans un restaurant du Palais-Royal par l'ancien garde du corps Paris, ta nation avait adoptée.