‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 55 sur 146 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

manche 8 août. Dès le matin, M. de Polignac sortit, comme s'il voulait faire une promenade, tandis que M. de Semallé, qui avait annoncé l'intention de se rendre à Saint-Lô, afin de s'y rencontrer avec Charles X, partait à cheval. A quelque distance de Ducey, il prit M. de Polignac en croupe, et le conduisit à un rendez-vous indiqué par avance en pleins champs. A ce rendez-vous, attendait un ecclésiastique, professeur au collège d'Avranches, qui s'était chargé, la veille, de conduire le personnage dont il ignorait le nom au presbytère de Saint-Jeanle-Thomas. Là, le prince prit congé de son courageux guide. Le comte de Semallé revint alors à Ducey, où il raconta que M. Perrot de Ghazelles s'était rendu à Saint-Lô à sa place, ce qui ne l'empêcha pas de partir lui-même quelques heures plus tard pour cette ville, où, comme il l'avait espéré, il put voir Charles X.

« Et Jules, qu'en avez-vous fait? lui demanda le roi.

— 11 doit être actuellement à Londres, sire ; moi j'aurais eu le temps de faire deux fois le voyage d'aller et de retour. Je l'ai laissé aux bords de la mer. »

Deux jours après, s'étant renduàGranville etn'en-

98 LE PROCÈS DUS MINISTRI s.

tendant faire aucune allusion à un départ de bateau, il conçut pour la première fois la crainte que M. de Polignac ne fût pas parvenu à s'embarquer. Il se rendit sur-le-champ à Saint-Jean-le-Thomas, chez Mme de La Martinière où Mae de Saint-Fargeau le reçut et parut fort effrayée de le voir.

« Non, M. de Polignac n'est pas parti, réponditelle à ses questions. Il est caché à une lieue d'ici chez un ecclésiastique. Demain, je dois le rejoindre et le conduire à Granville où il s'embarquera. »

Elle ajouta qu'elle avait fait venir de Caen des passeports et, en terminant, supplia M. de Semallé de ne pas rester plus longtemps auprès d'elle, sa présence pouvant éveiller des soupçons. Mais l'heure était avancée, la nuit venue et M. de Semallé, qui n'avait ni cheval ni voiture, allégua l'impossibilité de rentrer à pied à Avranches. On dut donc lui offrir l'hospitalité; mais quelle ne fut pas sa surprise quand, dans le jardin assombri par le crépuscule, un homme ayant passé près de lui, il reconnut M. de Polignac, qui d'ailleurs disparut si vite qu'il ne put lui adresser la parole. 11 pouvait croire encore qu'il s'était trompé. Mais lorsqu'il fut couché au presbytère où l'hospitalité lui avait été offerte, il entendit dans une chambre à côté de la sienne la voix de l'ancien ministre

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