LIVRE PREMIER
coup, dans leur personne, les moins capables de la défendre, non- seulement parce que dans une situation où le génie d'un Sully ou d'un Richelieu eût été nécessaire, l'art de gouverner leur faisait défaut, mais encore parce que leur nom , leur passé , leur parti, inspiraient à la France une invincible horreur. Leur avènement fut considéré comme un malheur public par les amis dévoués et sincères de la dynastie. Ses ennemis furent seuls à se réjouir. Ils se préparèrent à bénéficier de la faute irréparable qui venait d'être commise, et tandis que M. de Polignac recueillait au ministère des affaires étrangères, poste qu'il avait toujours ardemment souhaité, la succession de M. de La Ferronnays, son ami1, tandis qu'il recevait des mains loyales de M. de Martignac la direction du pouvoir comme chef et organisateur du cabinet qui a conservé son nom et dont il devint le président effectif quelques mois plus tard, de toutes parts s'élevait un cri d'indignation , de haine et d'alarme.
Une explosion de reproches et d'accusations, basée sur les antécédens des nouveaux ministres, trouva
1. Ac en 1777, mort en 1842. Une des personnalités es plus sympathiques de la Restauration, sur laquelle nous devons J M. Rio des détails attachans dans un livre intitulé : Épilogue à l'art chrétien.
s ll: procès des ministres.
des échos d'an bout de la France à l'autre. Les accens Apres, incisifs, éloquens du Journal des Débuts traduisirent ces sentimens dans deux articles dont une phrase a mérité, par l'énergie de sa concision, de rester attachée à l'histoire des faits qu'elle jugeait avec une implacable équité : a Coblentz! Waterloo! 1815! voilà les trois principes de ce ministère. Pressez-le! Tordez-le! Il ne dégoutte qu'humiliations, malheurs et dangers. »
M. Royer-Collard1 s'écria : « Charles X est donc toujours le comte d'Artois ! » La duchesse d'Angoulême elle - même fit entendre cette parole prophétique : « Ceci est une entreprise et je ne les aime pas. Elles ne nous ont jamais porté bonheur. »
L'amiral de Rigny 2, brillant marin, neveu du baron Louis3, désigné d'abord comme titulaire du porte-
1. Né à Sompuis (Marne) en 1703, mort à Châteauvieux en 1845; membre du conseil des cinq-cents, d'où il fut expulsé au 18 fructidor; professeur à la Faculté des lettres de Paris; député de la Marne de 1815 à sa mort; conseiller d'état, directeur de la librairie. Le moment de sa plus grande popularité fut l'année 1828. Sept collèges l'avaient élu député; la chambre le désigna pour la présidence et l'Académie française lui ouvrit ses rangs. Il ne voulut jamais accepter le pouvoir; il se connaissait bien et se sentait avec raison plus propre aux conseils qu'à l'action.
2. Né à Toul en 1783, mort en 1835 avec le grade de vice-amiral, après «jvoir été successivement ministre de la marine, ministre des affaires étrangères et ambassadeur à Naples.
3. Né à Toul en 1755, mort en 1837. Il avait été dans les ordres.