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pouvoir se les expliquer, des soupçons ct de la méfiance jalouse d'/nnonsrana, ne se douta jamais de leur motif ni du péril que nous avions couru tous les deux.
Les demeures des Esquimaux sont des édifices primitifs, construits comme des cages. (Fig.4.) Quatre arbres enfoncés en terre, les racines en l'air, à moins qu'ils ne soient fourchus, reçoivent des poutres transversales qui supportent un plafond composé de rondins alignés. Il en résulte une sorte de table gigantesque dont le milieu est occupé par le glaçon ciel-ouvert.
Des perches, reposant obliquement sur le sol et aboutissant au plateau de cette table, forment les parois de la demeure. Elles sont chevillées par le haut, et consolidées avec de grosses pièces de bois par le bas.
De la mousse, du lichen, de la glaise, de la neige et de l'eau congelée complètent l'édifice, en obturant hermétiquement tous les interstices de cette construction primitive. Le loid arctique est à la fois le meilleur des ciments et le plus habile des maçons. Il a le double avantage de fournir les matériaux et la main-d'œuvre. Ne riez pas, lecteur, ceci n'est pas une plaisanterie; c'est de la plus exacte vérité. Nous devons apprendre à admirer les œuvres de Dieu, là où la nature ne permet pas celles de l’homme. Nous considérons beaucoup trop le monde et toutes choses à un seul point de vue : celui où nous nous trouvons. Notre jugement n’est bien souvent que trop concret, tandis que d'autres fois il généralise trop. C’est que nous ne voyons que le moellon, la brique que nous occupons sur terre, et, d’après ce petit coin, nous jugeons de tout le reste.
Cela est injuste et irrationnel.
Quant à moi, j'admire autant et plus la simplicité et la commodité de l'humble yourte de l'Esquimau que les
superbes constructions des capitales de l'Europe, lesquelles ici seraient d'immenses glacières sans aucune raison d'être.
Chacune des faces de l'appartement forme une alcôve que l’on munit d'un divan ou estrade, — usage chinois, — qui reçoit deux couples ou une famille.
Celle des faces, qui contient l'orifice du Æranitat, fait seule exception. Elle est disposée en plan incliné dans lequel s'ouvre la trappe recouverte d'un morceau de parchemin qui tient lieu de porte à ces demeures.
Le plan à terre de ces ingénieux édifices affecte donc la forme d’une craix grecque, à laquelle l'allée sombre servirait de nef; c'est une catacombe en miniature, dont la chambre funéraire recevrait du jour par le haut de la voûte.
A l'extérieur, recouvertes de terre et de neige, elles ressemblent à des monticules naturels.
Ainsi donc, le pauvre Esquimau est meilleur physicien que bien des civilisés. I sait que l'air chaud est plis subtil et moins dense que l'air froid. C'est pourquoi il élève sa demeure au-dessus du sol et lui donne pour vestibule un couloir qui lui est inférieur. De cette manière, sa maison est une sorte d’alambic dans lequel l'air tiède est forcé de demeurer. C'est peu hygiénique, à la vérité ; mais le froid forme à cela une compensation suffisante pour que les poumons n’en souffrent pas trop.
Ces demeures sont dépourvues de foyer. On n'y voit que des lampes de pierre ollaire ou de kersanton, dont les femmes mariées ont seules l'entretien. Selon l'usage antique, chaque femme a sa lampe. Leur place est au pied de chacun des quatre poteaux qui soutiennent l'édifice. Elles y sont élevées d’un pied sur des pieux enfoncés en terre.
Un plancher de rondins plus ou moins bien allignés tient lieu de parquet à la maison, et chaaue lampe est surmontée d'un gril de bois ou panerisivik, sur lequel on dispose les ustensiles de cuisine, les viandes que l'on
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La température étant maintenant très-claire, le soleil rutilant, et les jours allongeant de plus en plus, les lampes ne servent guère que la nuit. Encore quelques jours, et l'Esquimau les éteindra avec bonheur pour les serrer dans son trésor. Désormais il pourra allumer du feu dehors et s’y chauffer à son aise comme tout le monde.
Mais c'est pendant les longues et noires nuits d’un hiver sans soleil; c'est lorsque le jour se réduit pour lui à deux heures d'un crépuscule sombre et brumeux ; lorsque l'horrible contrée qu'il habite est ensevelie dans les brouillards que cause la puissante évaporation des glaces et des neiges sous la pression du froid, autant que le refroidissement graduel des eaux de la mer et des fleuves, que ces luminaires de granit sont d'une nécessité absolue et d'un prix inestimable.
Combien seraient heureux ces pauvres hères si nous parvenions un jour à illuminer leurs nuits par des apparcils à pétrole, ou seulement par des lampes modérateur ! Cependant ils y perdraient peui-être au change, du moins les dames. Elles ne pourraient plus se payer la fantaisie de lécher leur tisonnier et d'avaler les émouchures de leu: lampe; consolation et luxe dont j'apprécie hautement la valeur,
En comparaison de tout ce que j'avais déjà vu et expérimenté en fait de demeures sauvages : loges pointues ou tentes coniques, yourtes arrondies, cahutes en torchis ou maisons proprement diles en simples branchages, campements en plein air ou feux à double ménage, ces maisons esquimaudes me parurent posséder tout le confort et l'aisance que l'on peut se procurer sous 69° de latitude nord.
La température s'y maintient entre + 5° et + 18° cenüigrades, ce qui est grandement suffisant pour ne pas souf-
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(l frir du froid. Ni l’eau ni l'huile n’y gèlent. Et, certes, on ne peut en dire autant des demeures des Canadiens civilisés, qui, aussitôt le poële éteint, deviennent de véritables glacières. Aussi l'Esquimau, qui demeure nu dans son tglou,
| souffre-t-il du froid chez l'Européen, et gèle-t-il chez le | Peau-Rouge.
( De plus, ces maisons respirent une certaine aisance, telle qu'il convient à des gens sédentaires; ce que ne peuvent se permettre des nomades. Ainsi, elles sont munies d’un magasin à provisions ; le £ranitat y tient lieu de chenil; et l’on trouve à l'intérieur une foule de petits meubles ct d'objets que l'on ne voit jamais dans la tente des Peaux- Rouges : jarres et outres pour l’eau et pour l'huile, provision de lichen sec et blanc, lits à demeure servant aussi de siéges et de tables, étigères garnies de bibelots curieux, tels qu'ivoires sculptés, coffrets en os gravés et burinés avec soin, sachets en peau de poisson ou d'animaux à fourrure, colliers de griffes d'ours ou de serres d’aigle, hameçons en stéatite rouge, blanche ou verte, d'autres en ivoire qui affectent la forme de petits poissons ayant des yeux en verroteries bleues ou rouges et des nageoires en relief.
Suspendus aux murs par des chevilles, s'étalent avec complaisance des arcs et des carquois tartares, avec les pointes des flèches en l'air, et non pas les barbes, ainsi que le représentent les peintres; des vêtements de luxe à demi achevés, des ornements en verroterie, occupation des dames de céans, des bandeaux, des pipes de métal incrustées, des pendeloques d'ivoire, des peaux empaillées d'aigle ou d'autres oiseaux, enfin un vrai muséum de curiosités ethnologiques du plus haut intérêt, capable de donner la fièvre à un collectionneur.
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