‹ Les grands Esquimaux [microforme]Chapitre 4 sur 54 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

direction de la mission Saint-Joseph, sur l’île de l’Orignak, en vue du fort Résolution, et je demeurai dans ce poste jusqu’au mois d'août 1864, époque à laquelle je descendis en barque au fort Bonnc-Espérance, objet de mes vœux les plus ardents et des promesses épiscopales.

Le printemps d'avant, j'avais déjà eu l'honneur de visiter, le premier, les immenses déserts des Flancs de-chien, qui s'étendent entre les deux grands lacs des Esclaves et des Ours.

Ce fut de Bonne-Espérance, et le 7 mars 1865, que je partis pour visiter, seul etle premier encore d’entre les missionnaires français ou anglais, les grands Esquimaux du fleuve Anderson et de la baie Liverpool. J'ai raconté dans le Journal des Voyages (n° 496) un épisode de ce voyage d'aller, accompli en compagnie du commis du fort Good Hope, un excellent Français du Canada, père d’une famille patriarcale, et de l’amitié duquel je m’honorc.

Au fort Anderson seulement commence la narration qui fait le sujet de la première partie de ce volume.

Revenu inopinément et malgré moi au fort Bonne- Espérance, j'en repartis encore le 22 octobre suivant, dans les mêmes buts, mais avec encore moins de succès. Une épidémie qui décima l'entière population peau-rouge du Nord-Ouest mit obstacle à mes efforts d’évangélisation auprès des Esquimaux. Je dus les tourner vers les Loucheux ou Dindjié qui

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INTRODUCTION. v

chassaient dans les environs du grand lac des Esquimaux.

Je ne donne point ici la relation de ce voyage, ces pages élant entièrement consacrées aux /nnoït.

De retour à Anderson, j’en repartis presque aussitôt pour diriger mes pas vers une autre contrée : le pays des Bâtards-Loucheux ou gens du Bout du monde. J’explorai le cours du haut Anderson et les vastes steppes, parsemés de grands lacs et peuplés de rennes qui, de ce cours d’eau, s'étendent jusqu’à Bonne- Espérance.

Que la crainte de lire des relations vieilles de vingt années ne décourage pas mes aimables lecteurs. Le niveau civilisateur ct égalitaire que les Européens étendent sur toutes les classes et sur toutes les variétés de l'humaine espèce n’a pu pénétrer encore dans les latitudes arctiques. À peu de chose près, le cercle polaire est encore ce qu’il était à l’époque où j'y arrivai pour la première fois. Et si Dindjié et Dènè ont appris des Blancs à se construire des cabanes, à jouer du violon, à porter des redingotes de drap noir ou des châles de tartan, par contre, les Esquimaux ont sagement conservé leurs antiques coutumes et les us de leurs ancètres. Vous les trouverez aujourd’hui tels qu’en 1865, respectablement enfouis dans leurs yourtes demi-souterraines, emmitouflés dans leurs fourrures comme des chats angoras, sirotant avec bonheur de l’huile de phoque et avalant de longues tranches d’ortchok rosat.

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