DANSE DES ESQUIMAUX TC
D'après une
SQUIMAUX TCMBIT AU FORT MAC PHERSON
D'après vue 48de M, Pemror.
Rp po
un morceau de viande à chacun des trois Esquimaux que je connaissais. Les deux premiers acceptèrent; Pabian refusa la viande, en disant avec mauvaise humeur que mon chaudron était empoisonné.
Je considérai ce refus comme une déclaration de guerre. Tel était le résultat des bontés que j'avais eues pour cet homme.
Je sais que, chez les Esquimaux, manger avec quelqu'un ou accepter un morceau choisi est considéré comme un gage de cordialité et d'entente amicale. Tous les peuples ont attaché une idée de fraternité au repas pris en commun. En refusant de manger avec moi, Ararayalok se déclarait donc ouvertement mon ennemi.
Je fis part à ce jeune homme de la peine qu’il me causait.
La viande consommée, je partageai une des deux crêpes entre mes serviteurs et les deux premiers Esquimaux, sans rien donner à Pabian, auquel je dis en riant :
— Je ne t'offre pas de ce mets doux, Pabian, parce que je suppose que ma poêle est aussi bien empoisonnée que mon chaudron.
Si j'avais piqué un petit mulet de Provence sous la queue, je ne lui aurais pas causé un emballement semblable à celui qui plongea Ararayalok dans la plus épouvantable des colères. Tout à coup son visage s’injecta de sang, ses yeux s'égarèrent, sa face prit un aspect hideux et repoussant; il se mit à trembler de tous ses membres, se jeta sur la crépe, en arracha un morceau qu'il lança contre terre au loin, renversa du pied poële et fourneau, enfin manifesta la boutade d’un grand enfant en colère.
Cette scène, qui effraya beaucoup mes pagayeurs dènè, d'ordinaire si calmes, me fit sourire de pitié. Mais elle laissa Pabian dans une tristesse et une humeur noire dont il ne sortit plus du tout.
Avec des gens aussi irascibles que méfiants et soupconneux, des gens qu'une innocente plaisanterie faisait entrer en fureur, il suffisait de l'ombre d’un soupçon pour leur faire tirer la dague ou décocher une flèche, dans un moment de crainte puérile ou d’ire incontrôlable, Ma position au milieu d'eux m'exposait donc journellement à de grands dangers, et je ne pouvais être certain qu'il ne nous arriverait rien de funeste.
Comme nous nous trouvions encore en pays neutre, fréquenté par les Blancs et les Dindjié, les choses s'étaient bien passées entre nous jusque-là, mais elles changèrent au moment du départ. La même hésitation que j'avais remarquée par deux fois chez eux, les jours précédents, se renouvela encore, bien que j'eusse chargé mon canot et que je fusse tout prêt à les suivre.
Pabian s'obstina à demeurer sur le rivage, l'air sombre, l'œil morne et fixé en terre, laissant échapper de gros soupirs. Comme je ne savais si c'était de regret ou de colère concentrée, j'allai me placer près de lui. Il se détourna de moi avec dédain, en boudant.
Nakoyork, qui se méfiait probablement de son gendre, vint aussi se placer à côté de lui, jusqu’à ce qu'il le vit en canot. Puis alors il me dit, en entrant dans le sien : « Æé! isaviktoren ! Pars vite! »
J'entrai dans mon canot, et nous nous éloignèmes.
Nous remontâmes le fleuve jusqu'à sa sortie des remparts du Détroit, puis, faisant force de rames, nous le traversämes en biaisant et entraînés dans le Tiglarvé loupalouk ou chenal central-est, que nous descendimes avec une vitesse prodigieuse.
Son courant extrêmement rapide nous conduisit bien vite à travers les grandes îles du delta, où nous chassämes le gibier aquatique. Sur une de ces îles où nous débarquâmes, mes serviteurs et moi, nous recucillimes quantité
t soup- » faisait on pour dans un [a posint à de ne nous
neutre, s'étaient ingèrent » j'avais cédents, n canot
sombre, ros sou-
ssèmes débaruantité
d'œufs frais de canards, d'oies, d'eiders et de goëlands. Les Esquimaux ne touchèrent pas à ces œufs. Ils prétendaient qu'il leur était défendu d'en manger. Il y avait un tabou.
Du chenal central-est nous passämes dans le Nalron ou chenal oriental, le plus sinueux des quatre et non moins rapide que les autres.
Aussitôt en paysesquimau, mes compagnons jetèrent entièrement le masque. Je crus comprendre que Ærarayalok voulait se venger de ce qu'il avait souffert, l'été d’auparavant, de craintes chimériques et de quolibets de la part de mes Peaux-de-lièvre, et qu'il se proposait de prendre sa revanche.
Quoi qu'il en fût, de doux et de convenables qu'ils avaient été jusque-là, mes compagnons devinrent irrespectueux, sardoniques, goguenards, ricaneurs et même menacants.
Tout leur devenait un sujet de méfiance et de soupcon. Je ne pouvais rien faire, rien dire, sans que tout fût interprété en mal. Si je chantais en m'accompagnant de la concertina, si je récitais mes heures, si je prenais une note de voyage, si je dessinais un point de vue, je les entendais aussitôt se permettre les commentaires les plus injurieux pour mon honneur et mes intentions. Je n'étais plus à leurs yeux qu’un meurtrier ({orkorta), un menteur (irkroyork), un sorcier (oroloyouark), un homme vicieux et mauvais ({chouinark). Des Esquimaux sans pudeur, sans honnèteté, sans conscience, me prodiguer ces épithètes sanglantes ! C'était un peu sévère.
Jusqu'à Aréyouliurk, le bon et simple ÆKréyouktark, et son doux Manark qui, eux-mêmes, m'adressaient les mêmes invectives! Mou cœur y fut très-sensible. Il en fut serré. Je les aimais tant et leur voulais tant de bien!
Nous descendimes le Nalron jusqu'au surlendemain. Le courant y était si rapide que je ne pus apprécier la dis-