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tance que nous parcourdmes. À un détour du rivage, les Esquimaux abordèrent et prirent terre pour chercher l'oumiak de Kwitkwina, qu'ils y avaient laissé en cache, l'automne dernier. Nous en trouvâmes l'enveloppe en peau de marsouin couverte d'une quantité de ces insectes carnassiers que l'on nomme boucliers (sylpha), et que les Dènè appellent des têtes-noires ({hiéklædh). Néanmoins ils n'avaient pu la perforer, et on put mettre la barque à l'eau après l'avoir nettoyéc et lavée.
Je profitai de ce répit pour faire préparer mon repas. Je ne sais si cela porta les Esquimaux à croire que j'hésitais à les suivre (tout leur étant une occasion de méfiance et de soupçon non fondés), mais ils se concertèrent et parurent hésiter de nouveau.
La viande cuite, je leur en donnai, ainsi que je le faisais toujours. Tous la refusèrent obstinément avec insolence, me riant au nez et me disant qu'il n’y aurait que le petit Zalerk, un enfant de deux ans, qui osât manger de mes viandes ensorcelées.
Alors Paotciné, la vieille femme du petit chef, s'avança et me dit bien doucement :
— J'en mangerai bien de ta viande, moi. Donne-m'en donc.
Je la remerciai de me témoigner plus de confiance que sa famille, et je lui donnai à manger. Elle me considéra avec affection, murmurant d'un air de pitié :
— Nana! nana!
Son fils Awitkwina s'approcha aussi et m'engagea à entrer dans son owmiak, et, pour me convaincre de ses bonnes intentions, il m'offrit un {orkloalik ou chalumeau servant à boire en canot, par-dessus le bord.
Mais les allures de toute la bande étaient si soupçonneuses, si menaçantes, que je ne voulus pas me fier à eux jusqu’à abandonner mes serviteurs et mon canot.
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— Écoutez, leur dis-je. Quand je vous ai dit que je désirais vous accompagner à la mer et demeurer avec vous, je l'ai fait bien volontiers, mais aussi bien volontairement. Rien ne m'y contraignait. Eh bien! j'entends jouir de la même liberté. Je veux bien vous suivre, mais je n'enterds pas être esclave. J'ui un canot comme vous en avez; je cheminerai avec vous, je logerai dans ma tente à côté des vôtres et sous votre protection, je mangerai avec vous; mais j'entends jouir de ma liberté. Je suis un chef. Plutôt renoncer à vous suivre que d'être traité en esclave ou en ennemi.
Ils se retirèrent à l'écart et délibérèrent vivement pendant que mes serviteurs et moi déjeunions. Je ne sais ce qu'ils se proposaient ; j'entendis seulement un Esquimau demander à Ararayalok : « A-t-il des armes?» Ce à quoi il répondit: « Non, rien que les fusils de ses serviteurs. » Et ils se remirent à parlementer.
J'ignore absolument ce qu'ils se proposaient de faire alors. Mais ce ne dut pas être chose très-licite, car la vieille femme de Nakoyork et sa belle-fille, feinme de Kwitkwina, qui les entendaient, mirent tout à coup les bras sur la tête en criant de nouveau : Nana! nana! ct me regardèrent d’un air de commisération avec des yeux pleins de larmes.
— Toi, tu es bonne, lui dis-je. Tu es ici comme ma mère. Que disent-ils donc, dis-moi ?
Elle ne me répondit rien, mais elle se mit à fondre en larmes.
Ce manége m'ennuyait. J'étais bien simple, pensais-je, de me donner tant de trouble pour des gens aussi méfiants. Mes serviteurs, bien qu'ils ne comprissent pas un seul mot d’esquimau, sentaient bien qu'il y avait des menaces et du péril dans l'air. Ils étaient plus morts que vifs.
— Ça devient périlleux, père, n'est-ce pas? me direntils.
— On le dirait, répondis-je. Mais je n'en comprends pas la raison. Ces gens-là veulent me séparer de vous. Ils veulent à toute force que je m'embarque dans un oumiak, et que vous continuiez à les suivre dans mon canot.
— Garde-t'en bien, père, garde-t'en bien. Demeure avec nous, me dirent-ils.
— Telle est aussi mon intention. Nous filons aussi vite qu'eux. Nous pouvons les suivre sans nuire à leur marche. Je veux être maître de mon bien chez eux, comme je le suis chez vous.
— C'est juste. Il ne faut pas leur céder.
La barque de Awitkwina chargée et notre repas achevé, Nakoyork se rapprocha de moi et me dit :
— Chef, embarque dans mon oumiak et couche-t'y.
— J'ai une grande pirogue, vous ai-je dit, dans laquelle je tiens à demeurer et avec laquelle je vous suivrai pas à pas. D'ailleurs nous avons dormi pendant trois jours consécutifs, et je n'ai pas sommeil maintenant. Je veux examiner le pays en descendant le courant.
— Mais nous allons voguer jour et nuit jusqu'au village Tchénérark.
— Je suis résolu à vous imiter.
— Mais nous n'aborderons pas à terre pour prendre de nouveaux repas.
— J'ai des provisions sèches dans mon canot; nous mangerons en canot.
— Ton canot fait de l'eau.
— Nullement. Avant-hier, il a été regommé de frais pendant votre sommeil.
— Alors c'est inutile, il n’y a rien à faire! conclut le petit chef en se tournant vers les Esquimaux. Car telle est la lâcheté des sauvages qu'ils n’attaquent jamais en face,
me dirent-
comprends de vous. Ils un oumiak, anot.