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Pherson, que de la prise et du sac de ce poste que complotaient les Znnoït. C'était du moins la rumeur qui co:rait parmi les Dindjié, tandis que jamais’ les Esquimaux ne furent plus calmes ni plus paisibles. C'était toujours la même rengaine d'il y a dix et douze ans. En présence de ces paniques annuelles et périodiques, on ne sait sur qui déverser le blâme, qui accuser de mensonge. Les Esquimaux se vantaient-ils de vouloir accomplir cette prouesse, afin de maintenir Rouges et Blancs dans la crainte et de les dominer? Ou bien était-ce une accusation calomnieuse intentée aux Esquimaux par les Dindjié, dans le but de se rehausser aux yeux des Européens et de capter leurs bonnes grâces? C'est ce que, jusqu'ici, il m'a été impossible de discerner. Quand j'ai parlé à des Esquimaux de la stupidité ct de l'injustice de leurs menaces, ils les ont toujours dénices, accusant les Loucheux de les diffamer, par la peur qu'ils ont conçue de leurs ennemis. Lorsque je reprochais aux Loucheux de calomnier les Esquimaux, ils m'assuraient que « ces chiens-là avaient réellement tenu ces méchants propos, et que je ne les connaissais pas. »
Le commis anglais lui-même, bien qu'il eût l'air de mépriser ces rumeurs, m'en parla encore la veille du départ des /nnoït. 1! avait l'air soucieux, :1 fermait soigneusement le fort aux verrous chaque soir: il me blâma d’avoir laissé un libre accès aux Esquimaux dans mon appartement, ainsi que je le faisais pour les autres Indiens; il était agité. Bref, il me prouva qu'il ajoutait foi lui-même à ces bruits injurieux, et qu'il connaissait trop bien la bravoure des Annoït pour ne les point appréhender.
Pendant la dernière nuit, il devait y avoir la danse générale du départ, Mais vainement les Dindjié y convièrentils les Esquiinaux. Les gens de Terter seuls exécutèrent quelques figures sans entrain et en se faisant prier. La
joie, l'élan, l'enthousiasme en étaient bannis. Les Esquimaux se tenaient à l'écart, par petits groupes, chuchotant; ou bien ils demeuraient cois dans leurs tentes.
Voulaient-ils, par ce moyen, détruire les soupçons qui s'étaient élevés contre eux et faire comprendre aux Blancs qu'ils ne machinaient aucun projet sinistre? Ce fut ce que je pensai.
Mais les Dindjié étaient convaincus du contraire. Ils voyaient des conspirateurs partout; ils surprenaient des complots et des embüûches dans chaque groupe, sous chaque taille de saules, dans chaque loge paisible et fermée. En conséquence, ils ne dansèrent pas; ils se promenèrent toute la nuit, armés de leurs fusils chargés et de longs couteaux qu'ils brandissaient avec ostentation, se posant. comme les défenseurs-nés des Anglais et de leurs forts de traite, prêts à tout événement, et faisant plus de tapage, au nombre de trois cents, que les cinq cents Esquimaux ensemble.
Mes huit ou dix Peaux-de-lièvre avaient eu la fièvre que cause la peur, pendant tout leur séjour au fort. Ils m'avaient emprunté ma tente et m'avaient demandé.de leur permettre de la planter contre mon appartement, dans l'intérieur des stockades. Cela leur avait été accordé, et néanmoins ils n'étaient pas rassurés. Ils avaient fait l'acquisition de longs couteaux qu'ils n'avaient pas même eu le courage de porter en public. Après les leuravoir vendus, les Esquimaux les leur volaient. En conséquence, ils vinrent les cacher dans mon lit, pour les reprendre, disaient-ils, quand besoin serait.
Ces figures sinistres, fiévreuses ou méfiantes, ces gens qui ne pouvaient se rencontrer sans se sourire et se caresser du regard et de la parole, alors que leurs cœurs ulcérés étaient pleins de haine, de soupçons et de colère les uns contre les autres; ces hommes au couteau tiré qui,
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tout en parlant, faisaient scintiller leur arme sous les yeux de leur interlocuteur, prêts à s’entr'égorger au premier signal; ces portes gardées de jour, verrouillées la nuit : tout cet appareil de siége que présentait le fort Mac Pherson était un spectacle plein de tristesse et qui serrait le cœur. Il faut être accoutumé dès l'enfance aux démonstrations belliqueuses, à l'appareil guerrier de ce poste, pour n’en être ni étonné ni péniblement impressioané.
Les Esquimaux, pour la première fois, se séparèrent de moi avec une douleur muette et sombre. Leurs démarches pour m'obtenir n'avaient abouti à rien. J'avais dû respecter l’ordre qui m'avait été donné, ou plutôt la défense qui m'avait été faite. La veuve du grand chef Navikan fit une dernière tentative qui n’eut pas plus de succès. Leurs instances m'arrachaient des larmes. Ils partirent en me manifestant un regret et une déception qui furent pour moi plus poignants que l’insuccès que Zjen m'avait préparé auprès des protestants bien disposés et ébranlés.
— O Perk Pitchitork! 6 nok-toyok! à Père Petitot, Ô grand-homme, grand-homme ! me disaient-ils en me dor nant la poignée de main des adieux.
Jamais l’obéissance ne me coûta autant. Jamais je n’en fus plus mal récompensé. Entravé dans mon acti et trahi par un néophyte fanatique, je devais être, de plus, trompé par un Esquimau auquel j'avais témoigné de l'intérêt. Arviouna se chargea d’être cet adversaire.
Devenu interprète aux lieu et place de Tchia-wel6, Arviouna était une espèce de célébrité à Mac Pherson, bien qu'il fût très-impopulaire auprès de ses concitoyens. Le dernier jour, je le priai de m'interpréter, parce que, ayant des avis importants à leur donner pour leur conduite, je tenais à être bien compris d'eux. Je me servis donc de l'anglais auprès de ce jeune homme, pour qu'il traduisit mes phrases en bon esquimau. Eh bien, le
malheureux imita le Rat musqué au point de dire à se; parents tout le contraire de ce que je lui dictais. A l'air sombre, aux têtes baissées, aux visages mornes des Esquimaux qui m'écoutaient, ainsi qu'aux discours d'Arviouna lui-même, je iugeai aussitôt que ce jeune homme leur débitait quelque tirade déplaisante à entendre et qu'il inventait. Les mots torkro (mort), forkrola (meurtrier), revenaient trop souvent dans son discours; or je ne les avais point prononcés. Aussitôt je l’interrompis :
— Que dis-tu donc à tes gens pour qu'ils soient si attristés? Jamais ma parole ne leur cause de rine.
Il sourit en répondant d'un air candide :
— Mais, mon oncle, je ne leur répète que ce quetu viens de me dire en anglais.
— Un bien long discours, pour si peu de paroles! Mais alors pourquoi leur visage s'est-il assombri? Rien dans mes paroles ne saurait les atirister.
— C'est, me dit-il, que leur cœur est mauvais. La vérité ne leur plaît pas. Quand on leur dit : « Il faut que vous rejetiez le mal » , ils s'indignent en disant : « Nous sommes d’honnêtes gens, qui ne faisons que du bien. »
— Ce que tu dis m'étonne. Je leur ai déjà fait les mêmes reproches, et ils n’en ont pas été froissés. Ils m'ont dit que c'était pour leur apprendre à devenir meilleurs qu'ils voulaient m'avoir chez eux; car, plus ou moins, ils sont tous voleurs et meurtriers. On ne saurait être de braves gens en agissant ainsi.
Mais des Loucheux fidèles, qui avaient assisté à ce colloque, m'assurèrent qu'Arviouna avait fait peur aux Esquimaux, les menaçant de la maladie et de la mort s'ils priaient avec moi, parce que ce jeune homme était vendu aux ministres anglicans, et que c'était la principale raison qui le faisait tant mépriser de son peuple.
Après le départ des Esquimaux, tous les Dindjié, les
lire à ses is. À l'air ornes des urs d'Ar- 1e homme tendre et la (meurcours: or TrOMpIS :
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protestants aussi bien que les catholiques, affluèrent de nouveau chez moi, quoique je ne fisse aucune démarche pour avoir les premiers. Cinq familles d’entre les *nglicans passèrent au catholicisme d’elles-mêmes et par pure conviction. L'hiver suivant, ce nombre se tripla.
Le factotum Baptiste Boucher, ancien interprète de sir John Franklin et du D' Richardson, vint me prier, sur ces entrefaites, de passer de nouveau danse territoire d'Alaska, l'ancienne Amérique russe , parce que les Dindjié Rhäne- Koutichin, ou Gens du fleuve, ainsi que les Xouchà-Koutlchin, ou Gens géants, m'y faisaient demander. Le vieillard m'amenait un homme de cette dernière tribu qui venait d'arriver d'Alaska dans ce but unique. Quel ne fut pas son étonnement de m'entendre éluder ses offres comme: j'avais décliné celles des /nnoôït. L'obéissance, l’obéissance seule qu'un soldat doit à son chef, me faisait un devoir de revenir directement du fort Peel sans aller au delà.
Voilà ce que l'on ne fera jamais comprendre aux sauvages. Le vieux métis lui-même en fut scandalisé, et me quitta en disant avec mépris :
— C'te Père-là, c’est un vrai z'Esquimau!
Enfin je quittai le fort Mac Pherson, le 21 juin, pour rentrer au fort Bonne-Fspérance, le 30, l'âme parfumée des excellentes dispositions que j'avais trouvées chez les deux peuples, mais le cœur surré d'avoir été dans la nécessité de leur déplaire à tous deux pour satisfaire à un devoir qui, en me condamnant à l’immobilité et en remettant à plus tard la réalisation: de mes espérances, m'était devenu plus dur que s'il m’eût ordonné le dévouement le plus sublime.