‹ Les grands GuignolsChapitre 32 sur 34 · BÉNÉFICE DE ROGER · texte numérisé non relu

BÉNÉFICE DE ROGER

L’Opéra-Comique avait prêté pour la circonstance trois de ses premiers sujets. Mocker , Battaille et M""* Ugalde, qui ont dit avec leur gaîté, leur entrain, leur ensemble ordinaires, le premier acte du Toréador. Pourquoi ne point donner aussi le second acte de cet ouvrage plutôt que de se travestir en Alice et en Bertram? Ceci ne s’adresse pas à Mocker, quia eu le bon esprit de se retirer sur les applaudissements que lui avait valus son joli rôle de flûtiste amoureux. Mais ce m’# été une peine sensible de voir Battaille et M“ 9 Ugalde, deux artistes que j’aime et j’estime, aller se compromettre de gaîté de cœür dans une tentative inutilement dangereuses Jtobert-le-Diable n’est point de ces ouvrages qu’on joue au pied levé, à la fin d’une représentation cousue de pièces et de morceaux, sans préparation, sans recueillement, sans étude. Je résumerai en un seul mot l’impression aftîigeanfe que cet essai malheureux a laissé dans mon esprit. Je me croyais aux exercices du Conservatoire.

Dans le courant de cette interminable soirée, M lle Alboni a chanté le rondo de la Cenerenlola

avec sa perfection habituelle , et Yieuxtemps a exé-

cuté pour la première fois à Paris, son adagio et rondo , morceau hérissé des difficultés les plus ingrates, et dont ce grand artiste se joue avec une dextérité prodigieuse; mais Vieuxtemps sait mieux que nous, que, malgré l’accueil enthousiaste qu’il a trouvé dans un public heureux de le revoir, il n’a pas été, ce soir-là, à la hauteur de son talent et de sa réputation. Il paraissait embarrassé, mal à l’aise; il s’est troublé deux ou trois fois, et (oserai-je avancer une telle énormité I) il m’a semblé que ce violoniste, universellement admiré pour la qualité du son, pour l’ampleur du style et pour la justesse irréprochable des intonations, a laissé échapper deux ou trois notes douteuses. Personne n’y voudra croire, et il faut absolument que mon oreille m’ait trompé. Mais aussi quelle éclatante revanche a-t-il prise à deux jours de là dans la salle Bonne-Nouvelle 1 J’ai retrouvé mon Vieuxtemps avec son aspiration puissante, sa passion, sa verve, son talent sérieux, austère, inflexible, qui ne fait aucune concession au mauvais goût de la foule. Il a joué tout d’abord, avec une supériorité écrasante, le trille du Diable , de Tartini.

Il a exécuté son Morceau de salon qu’on a voulu en-

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