‹ Les grands GuignolsChapitre 5 sur 34 · LES PORCHERONS · texte numérisé non relu

LES PORCHERONS

Et pour aller droit au fait, l’entreprenant Des Bruyères a voulu, cette nuit même, enlever M ra * de Bryane au bal de l’Opéra. Mais le maudit domino gris, s’attachant aux pas de la marquise avec une discrète et persévérante sollicitude, a déjoué les projets du ravisseur et l’a saigné tout à l’heure au bras par-dessus le marché. N’importe ! les millions du nabab n’en auront pas le démenti. Comme il renouvelle à part lui ce serment d’Annibal, voici une ravissante amazone qui, par une fantaisie de jolie femme , vient faire un tour au bois quand le soleil n’est pas encore levé à l’horizon. C’est M me de Bryane, que suivent dans sa course insolite et matinale deux de ses parents de province, le vicomte et la vicomtesse de Jolicourt,deux incomparables types de candeur , de noblesse et de dignité. Je soupçonne un peu ces braves gens de vivre aux dépens de la jeune veuve. Maisilsn’en sont pas moins à plaindred’êtrecontraintsd’obéir à loutce qui peut passer de folies, d’extravagancesetdecaprices par lacervelled’uneenfant gâtée. Rien de plus risible et de plus touchant à la fois que l’air de gravité, la résignation, la décence de ces deux victimes. Le vicomte est un cavalier accompli. Il fait

de la tapisserie à ravir, et monte un cheval de son âge

avec une grâce, une aisance, une bravoure héroïque.

La vicomtesse pourrait dompter bien des cœurs; mais

une réputation sans tache, une fidélité inébranlable,

et l'espoir éternellement déçu d’avoir un héritier de son vicomte, en font la perle des vicomtesses et le modèle des épouses. Il faut voir l’étonnement de la digne femme, ses exclamations naïves, sa pudeur alarmée,, quand elle apprend de la bouche de sa cousine la mystérieuse existence d’un ange, d’un protecteur inconnu qui veille incessamment sur la jolie veuve, l’arrache aux dangers qui la menacent, et disparait quand le péril est passé. — Vous me contez là, ma jolie cousine, dit la vicomtesse au comble de la stupéfaction, une histoire bien plus incroyable que tous les romans que j’ai lus. Quel peut être ce galant invisible ? On m’a aussi fait la cour bien souvent, mais on s’est toujours montré. — Rien n’est plus vrai cependant, répond la cousine. Rappelez-vous ce voyage où j’ai pensé mourir, étouffée par une émeute. Qui m’a soulevée dans sa main comme une plume légère? C’est lui ! mon protecteur inconnu 1 Souvenez-vous de ce canot qui sonfbra tout près du rivage. Qui nous

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