‹ LES GRANDS HOMMES CESARChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

L'affaire fut bonne, en effet, en comoieuçant, et un banquier de nos jours n'eût pas calculé mieux.

Crassus s'établit en Syrie, et là, au lieu

d'exercer ses soldats au [maniement des m * n

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armes ou à la gymnastique, il établit une maison de commerce où il se mit à calculer les revenus des villes, à manier et à compter, au poids et à la balance, les trésors «de la déesse d'Hyérapolis de Carie, déesse fort ignorée aujourd'lfui, et déjà assez peu connue à oeite époque, puisque les uns disent que c'était une Vénus, les autres une Junon, ce qui ne ressemble guère à une Vénus ; enfin, les autres, la déesse Nature, ce qui la rapprocherait de la déesse Ma, c'est-à-dire de la Bonne- Déesse, dont nous avons eu occasion de faire l^hiâtoire à propos dèS amours de Clodiûs avec la fetome de Céâàr,

En tous cas, c'était une déesse fort nche«

£N ROBE DE CHAMBAS 2it

Sî rtche, que, pendant tout un hiver,

Crassus se fit etilrelenir par elle.

En même temps, il écrivait aux peuplades et aux principautés, leur fixant un

contingent de soldats.

Puis, lorsqu'il avait bien efirayé par une contribution d'hommes, il écoulait les plainj,es des habitants, se laissait toucher, fet Changeait cette contribution d'homriies eu une cotitribution d'argent.

Tout cela enrichissait Crassus, mais étendait à la Syrie et aux provinces voisines la mauvaise réputation qu'il avait à Rome.

Ce fut là que son fils vint le rejoindre.

Le jeune homme arrivait tout fier du prix de la valeur qu'il avait conquis dans les Gaules et qui lui avait été décerné par César, un véritable imperàtor celui-là, et il amenait les trois mille hommes promis.

La cohorte gauloise, surtout, était magnifique.

11 parait que Grassus avait fait un vœu à la déesse d'Hyéropolis, car le jeune Grassus arrivé, le père le mena aussitôt faire une visite à son temple.

Mais, à la sortie du temple, un mauvais présage attendait le père et le fils.

En franchissant le seuil de la porte^ le

jeune homme glissa et tomba, et le vieillard, qui venait ensuite^ glissa et tomba sur lui.

Cela arriva à César en mettant le pied sur le sol de l'Afrique : mais César s'en tira par un joli mot qui, probablement» désarma les dieux :

— Ah 1 terre d'Afrique, s'écria-t-il, maintenant tu es bien à moi !

Pendant que Crassus était occupé de tirer ses troupes de leurs quartiers d'hiver, des ambassadeurs lui arrivèrent delà part de FArsace des Parthes.

Depuis la fondation de la monarchie par Arsace I*, on donnait le nom d'Arsaces aux rois des Parthes.

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Ce qui embrouille fort les historiens romains, qui pFennent pour des noms de rois le titre général par lequel on les désignait.

C'est ainsi qu'ils traduisaient le titre de Brenn, donné au chef des Gaulois, parle nom de Brennus, et Irmensaul, la colonne d'Irmin ou d'Hermann, par Irmensul.

L'Arsace actuellement régnant s'appelait Orodes I*'.

Les ambassadeurs étaient chargés d'apporter à Crassus ce peu de paroles : -

T- Si ton armée a été envoyée par les Romains, la guerre se fera sans trêve, terrible, implacable. ^

Sî5 comme on le dit, c'est contre I41 vo- IpDté de la patriQ gt poi^ sati^fftiipe tH propre cupidité, le roi {Sontr«r9 ^6 h modération, il $i)ra pîHié ÛB DFasfivg el laissera à ses soldats mie libre sortie des villes dans le^quelleç ils nç sont point ex^ gariii^Qn^ fpais bien prisonniers.

Crassus,qui se croyait vainquem* et à qui l-OH parlait comme à «m vaincu, Ait fort éiû^fié.

^ ifte^tapt à i^pe :

— C'est bien, dit-il, reportez à votre roi que je lui ferai connaître ma réponse dans Séleucie.

— Dans Séleucie ! répéta le plus vieux

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des ambassadeurs, qui se nommait Yagisès, en lui montrant la paume de sa main ; avant que tu sois dans Séleucie, il aura poussé du poil là-dedans.

Puis , sans autre réponse de part et d'autre^ les ambassadeurs s'éloignèrent et allèrent dire au roi Orodes qu'il lui fallait se préparer à la guerre.

Â. peine les ambassadeurs étaient-ils à trois journées du campement de Crassjis, qu'arrivèrent quelques Romains échappés de leur garnison, et "qui, par miracle, avaient rejoint leur général.

, La nouvelle qu'ils apportaient était en parfaite harmonie avec les menaces qui bruissaient encore aux oreilles du nouvel

imperalDf.

Ils avaient vu de leurs yeux l'ennemi auquel ils avaient affaire et de quelle façon celui-ci avait attaqué les villes où ils étaient en garnison.

Ces ennemis c'étaient, à leurs yeux, non pas des hommes, mais des démons.

Deux phrases résumaient leur pensée tout entière :

— Il est impossible de leur échapper quand ils poursuivent.

— Il est impossible de les atteindre quand ils fuient.

Les armes de ces cavaliers, bardés de fer eux et leurs chevaux, brisaient tous les pbstacles et ne cédaient à aucun choc.

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Ces nouvelles étaient sinistres, surtout apportées de la part d'hommes qui diraient :

— Nous avons vu.

On n'avait jusque-là, noi)s T^vons dl^ qu'entrevu les Par thés.

On avait pensé qu'ils étaient pareils k ces Arméniens et à ces Cappadocéens qui fuyaient dès qu'ils apercevaient les soldats deLucuUus, et queLucuUus avait poursuivi)^ jusqu'à s'en lasser.

On croyait donc à une grande fatigue, mais pas à un grand danger.

p voilà que toute cette fausse idée qu'oa

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S était faite dp ces nouveaux ennemis s'éypnouiss^it comme ime fumée.

Crassiis assembla son copsejl.

Beaucoup d'officiers, et des plus considérables de l'armée, pensaient qu'il fallait s'arrêter là^ et à leur tête était le questeur Cassius.

Les devins étaient ()e Tavis de ceux?ci.

Jljg diraient que les victimes avajen^ dçjjné des signes contraires et funestes,

Mais Crassus ne voulut rien entendre.

Ou plutôt il n'écouta que le peu d^mpru^ dents ou quelques flatteurs qui lui disaient d'aller en avant.

Sur ces entrefaites, le roi des Arméniens, Àrtabase, arriva à son camp. Il avait avec lui six mille cavaliers; inaîs ce n'était, disait-on, que sa garde et son escorte; il promettait dix autres mille cavaliers et trente mille fantassins qui se nourriraient, disait-il, aux frais du pays.

Seulement il conseillait à Grassus de

changer son itinéraire, et d'envahir le royaume d'Orodes par l'Arménie, où il trouverait en abondance des vivres pour les hommes et les chevaux, et où il marcherait en sûreté, couvert par les montagnes, sur un terrain où ne pourrait manœuvrer la cavalerie, c'est-à-dire la principale force des Parthes.

Mais Grassus se. montra très froid à ce bon conseil.

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U déclara qu'il continuerait sa route par la Mésopotamie, dans les villes de laquelle il avait mis des garnisons romaines.

Artabase, en conséquence, prit congé de lui et se retira.

C'était trente à quarante mille hommes dont Grassus se privait gratuitement.

Et quels hommes ? Des gens du pays connaissant les localités, la manière d'y vivre et d'y faire la guerre.

Lorsqu'il arriva à Zeuqma, sur l'Euphrate, ville qui tirait son nom d'un pont qu'Alexandre y avait fait construire, il s'éleva un orage furieux : des coups de toimerre effrayants couraient de nuages

til LUS «kANM ItOMMBS

feu nudgës êiu-<iâssU6 dé te tètê des soldats, tahdis ijtie des éclaii^s bâns eesiw répàét leur br^ai^t le tisagei

Uoe Ifombe fondit Mt les rôdeârtit} et, les heurtant les uns contre les àtitrëé, Oh brisa une partie.

Detlt fois la hmbè tottibâ datrt le <iHôfi!{) où Ci^assus allait camper.

Un de ses cbéyaiii/ màghiâ^uMueat harnaché, fut pris d'une temui^ pâoiqtie, emporta récuyer qui le montait, se précijiita avec lui daniS le flëuvè, et dispàfut, ènglôtlti dans un'tourbilloti.

On avait fait une halte pour laisser à la i}Ourrasque le temps de se calmer.

La bôurt'asque dalmée, Crassus ordonna de marcher en avant.

Alors on enleva les aigles qui étaient îixées en terré, mais la première aigle, Celle qui servait en quelque soi*le de guidé aux autres, se retourna d'elle-même, comme .pour donner le signal de la retraite.

Crassus réitéra néanmoins Tordre d'aller en avant et de franchir le pont.

Puis, le pont franchi, il fit distribuer des vivres aux soldats.

Or, les vivres qu'on leur distribua furent des lentilles et du sel, objets que les Rotaiaitis regardent encore comme des sym-

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boles de deuil, les faisant servir dans les funérailles.

Alors, s'apercevant qu'un certain trouîble se manifestait parmi ses soldats, Grassus les réunit pour les haranguer, et dans sa harangue, il dit :

— Il faut détruire le pont, afin qu'aucun de nous ne le repasse,

A ces mots, qui lui étaient échappés on ne sait comment, ce fut une terreur profonde.

Cette terreur, il pouvait la calmer en se reprenant et en expliquant sa pensée.

Mais il regarda comme une honte pour un général de donner une explication à

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des soldats, et passa immédiatement au sacrifice.

Enfin, et comme si les présages voulaient l'avertir jusqu'au bout, comme si la fortune, effrayée, venait elle-même le supplier de renoncer à son projet, au moment où le devin lui présentait les entrailles, il les laissa glisser de ses mains et tomber à terre.

— Ce que c'est que la vieillesse ! dit-il.

Mais soyez tranquilles, soldats, les armes ne me tomberont point des mains comme ces entrailles.

Le sacrifice achevé, l'armée, triste et morne, reprit sa marche le long du fleuve.

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