CHAPITRE DIXlèniB
Nous avons dit que les millions de Gabifilas empochaient Crassus de dohnir.
' Oabinius, en effet, était revenu à Rome; il âvai^ pàllé la Judée; il avait pillé YÉ^ gypte ; il eût bien voulue aller à Gtësipbaq
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et Séleucie et piller Ctésiphon et Séleucie; mais les chevaliers, furieux qu'il leur prtt tout et ne leur laissât rien, écrivirent à Gicéron.
Qcéron, toujours prêt à accuser, accusa Gabinius.
Cette fois, il s'était un peu trop pressé.
Gabinius était l'homme de Pompée, et il était probable qu'il n'avait pas volé pour lui tout seul.
Pompée alla trouvi^ Cïcéix»t lui |Mrsuada qu'il s'était trompé; que Gatbiww était le plus honnôte du oionde, ol qu*Au lieu d'accuser Gabinius, il devait piaider pour lui et le défeadre.
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Cic^oQ vit qu'il avait fait fausse route
et se hâta de revenir sur ses pas-
Maiu il n'esàayâ pas de se faire croiVe à hiî-même qu'il eût fait une chose heniiète; il, n'essaya pas même de le faire croire à' ses amis.
Voyez f^s lettres,
Il gémit du métier qu'il fait ; il essaye d'en rire parfois, il espère s'y habituer.
— Mais, bahl dit-il, je tâcherai; Testo- Z09C s'endurcit. Stomachus concalluit.
Or, c'était cette magnifique partie du monde échappée à Gabinius, c'était Ctésiphon et Séleucie que convoitait Grassus.
tWi us «FBâNDs nmpiiis
Seulement le désir rempècbait devoir le danger.
; Une savait que par ouï dire et par ce que Pompée en avait vu^ ce qu'avait de terrible cette cavalerie scythique qui, pa** reiUe aux mamelucks modernes, se recru* tait par des achats d'esclaves, qui campait dans la Haule-Asie, sur Teinpire des Seleucides, et qui avait réuni à cet empire la Mésopotamie, Babylone, la Médie, FÀs-
copatène, la Susiane, la Perside, rHircanie^ que sais-je, moi 1
Cette monarchie, essentiellement féodale, avait été fondée par Ârsace, 255 ans avant Jésus-Christ, et avait pour roi, à
l'époque où nous sommes arrivés, Oro-
desl".
EN liOfili: un CHAMBRE 11)5
Mais ce qu'on n'ignorait pas^ c'est que les Parthes étaient des adversaires tefri-
bles, qu'ils étaient couverts de fer, hom-
mes et chevaux ;. que leurs armes étaient des flèches on ne peut plus redoutables,
meurtrières dans Fattaqne, plus meurtrieres encore peut-être dans la fuite, et qu'ils lançaient en fuyant ces flèches par-dessus leur épaulç gauche.
Au moment du départ, Crassus édi^ivit à César pour lui redemander son fils qui servait SOUS ses ordres.
César répondit à Crassus que non-seu-
lement il lui renverrait son fils, mais qu'il
le ferait accompagner de mille cavaliers
d*éliie et d'un corps de Gaulois qu'il lui
garantissait comme les premiers soldrf»^^ ifi n
194 xes GRANDS HOMMES
du monde) après les Romai^Si et parfois iBême avuit les Romains.
Tel était César : occupé d'une guerre terrible, il envoyait cinq ou six millions par an à Rome, pour y soutenir sa popularité, et prêtait deux légions à Pompée et trois mille hommes à Grassus.
Lorsque Grassus partit, ce fat une
Gaton avait hautement désapprouvé la
guerre parthique.
— A igpiel propqs, çlis,wt-il, Rfwe wl-elle cheçcfcer queceUe è des hommes qw »*ont aucun tort ^vers elle, et ayep lesquel»il existe dçs traitée ?
SN KOBfi DB CHÀMBBB i9J|
Âteius, le trijbun du peuple, était de Vavis de GatoD.
n avait 4éclaré, lui, qu'il ne la^sepait PQipt partir Crassus.
Crassus, en voyant l'agitation de Rome, Il alla trouver Pompée.
A le {in& de raccompagner hors 4» la ville et de le couvrir de sa popularité.
Peut-être Pompée, l'homme qui, de tous les généraux romains, avec Lucullus, avait eu le plus afTaire aux Parthes, peut-être PpiQpée eût-il dû dissuader Crassus de son projet.
IDC 1£S CKAZ^Ul^ HOMMES
^ k&is trompée voyait César dans les Ga^ules pour cinq ans encore.
' Il voyait Grassus en Mésopotamie, pour
combien de temps ? Les dieux pouvaient
le dire.
Seul des trois triumvirs^ il allait NMler à Rome.
L'intérêt de Pompée était donc que Crassus s'éloign&t de Rome comme s'était éloigbé César.
Une fois seul, il attendrait tranquiUe-
ment que la royauté ou tout au moins la dictature vînt à lui.
Il alla donc prendre Crassus à sa mai-
SOJ 1 .
Les rues qui cooduisaient à la porte Gapène, par où devait sortir Crassus, étaient encombrées.
Beaucoup, parmi ceux qui les encombraient, 9'apprêtaient à barrer le chemin à Crassus et à l'apostropher.
Mais Pompée marchait en avant^ de Crassus.
11 s'avança vers les mécontents, leur parla avec son visage grave et sa voix
douce, les exhorta au calme,^ et les pria en son nom de se retirer.
Et voyant cet homme qu'une si grande gloire entourait, et qu'un si grand malheur
venait de fraper, les plus irrités s'écartèrent, les plus mplveillanls se tarent.
Un passage s'ouvrit pour Pompée et pour Crassus.
Mais au milieu de ce passage se tenait debout le tribun Âteius.
Ateius avec Favonius étaient, en stoïcisme, — disons mieux, en cynisme sinon en génie, — les rivaux de Gaton.
On les appelait ses singes.
Âteius était donc là, debout, au milieu du chemin.
Il fit deux pas au-devant de Crassus, et le somma de suspendre sa marche, protestant contre la guerre.
Puis, comme Crassus,* encouragé paf
Pompée, continuait son chemin, il donna ordre à un huissier de l'arrêter.
L'huissier posa la main surTépaule de €ra^us, F^rj^étadt atr nom du peuple.
U«kw ks flUtrtts trifauns aecourureot^ et^ désapprouvant cette ^ruilraoe &kbm%y permirent à Crassus de continuer son che-,
Alors Ateius prit les devants, courut à la porte de la ville, y dressa un trépied plein de charbons ardents, y répandit des parfums et des libations, et dévoua Crassus aux dieux infernaux.
Cet événement produisit une profonde impression dans Rome.
200 LE!3 GRANDS HOMHKS
Jamais, disait-on, rhomme ainsidévoué n'échappait à la mort dans les trois années qui suivaient le sacrifice.
Et presque toujours il entratnait avec lui dans la tombe l'imprudent provocateur qui avait appelé à son aide les terribles divinités des enfers.
Ateius, au reste, était tellement exaspéré, qu'il avait compris dans l'anathème non-seulement Grassus, mais lui-même^ mais Tarmée, mais la ville, Rome, la cité
SiuTée.
Crassus passa à travers la fumée des parfums infernaux, à travers les imprécations du tribun^, et arriva à Brindes.
La mer était encore bouleversé^ par les vents d'hiver, mais il élait si pressé de courir à la mort, qu'il n'attendit pas.
On eût dit que le bras de fer de la fata* lité le poussait.
11 mit à la voile.
Mais dans la traversée plusieurs vaisseaux se perdirent.
Il rallia sa flotte, aborda en Galatie, et continua son chemin par terre.
Après deux ou trois marches, il rencontra le roi Dejotarus qui faisait bâtir une ville nouvelle.
Nous verrons plus tard (]icéron plaider pour ce roi.
fÙ2^ LES GRANDS HOMMES
î)ej(>tarus était déjà vieux.
Grassus s'aTançavers^lui^ et en plai^ntant :
— roi, lui dit-il, faisant aliasîôii à soft ftge, comment se fait-il que tu te mettes à bâtir à la douzième heure du jour?
Le roi galate regarda ùrassus qui mrak plus de soixante ans, et qui, étant cornplétement chauve, en paraissait soixantedix.
— Mais, toi-même, puissant général, dit-il, il me semble que tu n'es point parti dès le matin pour faire la guerre aux Parhési
Grassus continua son chemin.
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H n'y avait rien à [faire avec un barbare qui avait là t*épartî6 si prompte.
Il arriva à TEuphrate, y jeta sans difll^ cuUé un pont et le franchit.
iHiis il occupa plusieurs villes de la ALésopotamie, qui se rendirent volontairement.
L'une d'elles cependant que commandait un certain Apollinius^ se défendit ei lui ma cent hommes.
C'était le premier obstacle que Crassus rencontrait sur son chemin.
Crassus se fâcha tout rouge; marcha avec son armée contré cette bicoque ; la
prit d'assaut; la pilla; vendit ses habitants et se fit proclameF iinperator, .
Puis, ayant laissé sept ou huit mille "hommes de garririson répartis dans les différentcs villes qu^il avait conquises, dont mille cavaliers, il revint prendre ses quartiers d'hiver en Syrie, p#ur y attendre son fils qui, on se le rappelle, lui arrivait des Gaules avec un renfort que lui envoyait
' Ce îiit lé premier' reproché que les Jch mini de l'époque firent à Criassus ; il èûl dû, selon eux, marcher toujours en avaot.
occuper Babylone et Seleucié, villes hostiles aux Parthes, au lieu de donner à l'en-
ses )
nemi, en se retirant, le temps de faire, préparatifs de départ*
Mais Grassus avait ses projets.
Ce n'était pas une belle campagne, c'était une bonne affaire qu'il avait entre-* prise.