CHAPITRE PREMUER
Nous avons dit comment Gicéron était parti.
Beaucoup de présages, vous savez Fin ^ fluence que les présages avaient chez les Romains, et comment, en toutes choses, ils
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Yoyaienlunprésage;beaucoup.cleprésages avaient annoncé que son exil ne serait pas de longue durée.
Lorsqu'il s'était embarqué à Brindes pour Dyrrachium, le vent qui d'abord avait été favorable, avait tourné et l'avait rejeté le lendemain au lieu d'où il était parti.
Premier présage.
Il se remet en mer.
Cette fois, le .vent le conduisit à.destina- Jipji ; mai3 a\i çaoment oii il mettait Iç ^*ed sur le rivage, le sol trembla et la mer ^e ^.Çr tira* devant lui.
Deuxième présage.
Et cependant il tomba 4ans un accablement profond.
Lui qui disait sans cesse, quand on Tappelait orateur, « appelez-moi philosophe,»
il devint mélancolique comme un poète.
Mélancolique comme Ovide exilé chez les Thraces.
U passait la plupart du temps, dit Plutarque, très affligé, presque au désespoir, regardant du côté de l'Italie, comme aurait fait un amant malheureux.
La jnélancolie^ cette muse toute moderne, soupçonnée par Virgile, est chose si rare chez les anciens, que nous ne pouvons résister au désir dq traduire une lettre de Cicéron à ^on frère.
Elle montre le grand orateur sous un côté où il est complètement inconnu.
Celte lettre, signée Gcéron , pourrait aussi bien être signée André Chénier ou Lamartine.
Elle est datée de Thessalonique, 13 juin.
Tan Q96 de Rome.
c Mon frère I mon frère ! mon frère ! eh quoi I parce que je vous envoie des esclaves sans lettres, vous me croyez irrité contre vous. Vous dites que je ne veux plus vous voir. Moi, irrité contre vous, mon frère!
Est-ce que cela est possible, dites? Qui sait; peut-être, au fait, est-ce vous qui m'avez aflligé? ce sont vos ennemis peutêtre qui m'ont perdu ? Cest peut-être votre
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envie qui est cause de mon exil I Ce n'est pas moi-même peut-être qui suis cause de votre ruine ; mon consulat tant vanté, voilà donc sa récompense I il m'a pris mes enfants, ma patrie, ma fortune, et à vous, à vous, s'il n'eût enlevé que moi, je ne me plaindrais pas. Tout ce qui m'est arrivé de noble et de bon m'est venu de vous ; dites, que vous ai-je rendu en échange ? Le deuil de mes douleurs, des angoisses pour vousmême, des chagrins, des tristesses, la solitude, et je ne veux plus vous voir I Oh I c'est moi qui ne voudrais plus être vu de vous, car si vous me revoyez, hélas ! ce ne serait plus celui que vous avez quitté, que vous avez connu, qui pleurait en prenant congé de vous qui pleuriez ; de ce frère, je vous le dis, Quintus, il ne me reste plus rien,
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plus rien que son ombre, Timage d'un mort qui respire. Oh ! que ne suis-je mort en effet, quç ne m'avez-vous \\i mort de vos yeux, que ne vous ai-je laissé survivant non-seulement à ma vie, mais à ma gloire !
; '. Oh I Ten atteste tous les dieux, j'étais déjà
\ sur la route de la tombe, quand une voix
m'^ rappelé. On disait, et j'entendais dire pela de tous côtés, qu une'portion de votre vie reposait dans la mienne. J'ai vécu!
» Voilà où j'ai péché, voilà où est mon çrinqe, Si je me fusse tué comme j'en avais J'intention, je vous laissais une mémoire facilQ à défendre. Maintenant, j'ai commis pettp faute que, vivant, je vous manque ; que, paoi vivant, vous, deviez vous adresser
/ à d'autres j ^a voix, qui a si souvent
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soutenu des étrangers , \ous fait défaut| à vous, dans vos propres périls.
pjLOû frère, si mes esclaves sont venus à vous sans lettres, ne dites pas : — C'est la cûjèpe qu| m est eause ; non, dites : c'est y^i^itèfo^nt^ «'est cett^e suprême faiblesse Qu'pp trouve m fond djes larraps et d« ]fi 4qvI^' Cette lettre mêpae que j'écris, ^ jÇQmJ^ien de larmes je la trempe en l'é-r oriyaEilI 4'autantJ'on suis sûr, que vous Ifi Kvpuiljjsrez ypus-même en la lisant. Estce que je ne puis pas penser à vous, au^ y pensant, ne pas fondre en larmes? Et quand jfi f e^rçtte mon frère, est-ce mon frère-, ggt-çg ifi^ji frère seul que je regrette? Non, p'eçi ]& 5Uflv^ Jepdrp§§p d'un ami; npn^ 9'f8U?l»W^ tenijresse d'un fils; non, c'est ^? ?a§e^fi d'un j)èrç. Quel bofll^aur ayous-
nous jamais éprouvé, moi sans vous, vous sans moi? Hélas I et en même temps que j^ vous pleure, est-ce que je ne pleure pas ma fille, Tullie? Quelle modestie I quel esprit I quelle piété! Ma fille, mon portrait, ma voix, mon âme ; et mon fils, mon fils si beau et si doux à mon cœur, mon fils que j'ai eu le courage, la barbarie d'arracher à mon embrassement. Pauvre enfant I plus pénétrant que je n'eusse voulu, et qui, malheureux, comprenait déjà ce dont il était question.
» Et votre fils, à vous, votre fils, votre image, que mon Cicéron aime comme un frère et respecte comme un aîné. N'ai-je pas quitté la plus malheureuse des femmes, la plus fidèle des épouses? à qui je n'âî
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pas dû permettre de me -suivre^ afin quet quelqu'un veillât sur le reste de ma for- USne^ et pût protéger nos pauvres enfants.
Et cependant» quand j'ai pu j'ai écrit J'ai donné pour vous des lettres à Philogonas^ votre aflTranchi, et à cette heure vous les avez roQues, je suppose. Dans ces lettres, je vous exhortais et vous priais de faire ce dont je vous avais déjà prié par la voix de mes esclaves, c'est-à-dire de venir le plus promptement possible à Rome. Je vous y désire d'abord comme une sauvegarde, dans le cas où il nous resterait des ennemis dont nos malheurs n'auraient pas encore satisfait la cruauté. Si maintenant vous avez un courage que je n'ai pas, moi, que vous avez toujours tenu pour si fort, «ffermissez-*vous pour la lutte que vous al-
M évoîf à smitèfiiR Vëè^êèét, ^ ë^élifl*»
fàsé ëâpétër ënèdre; IféépêU i^ i^ tre intéèfité , î'àriioù? qrté' ^bite jiôrf»» i6s coùcîtoyèits , éhûn peut- êtfë ttfeàl lô pitié de nHoû ôaîhéur, ^ôtisr f)Wl!éiéï't«ftfc' Si je to*éxàêèrc? vbii'ë (faille*'? «Pii^ f»^ Bfioi seioii qiiè vous Juger èi ^'i! mm alpfv Ëeaucotïpin'éôrîveût siiv té âtijet,- ét-beiadJ éotip me disent d'espéféif ; irfài^ftîdij #^ fiéretais-je lofsqtîé je vois ftiéà èfln^ffls É litiissantâ et qiië, ^ânut iùeà ùMti Ms WS m'otit abandonné, les àtiti'es tràfii. T^vÈiM éraignerit-ils pas riion retour coiîiirtë t!i feproche de leur scélérate in^rrflltttdë I Élais tels (Qu'ils sont^ mon frère,- scftffôsM les et éorivez-moi franchement.- Qtfeôt J moi, tant que vous aurez besoin de m;a tîéî tant que vousl mé créireï éàïpàble 4'ite
£^ àÔÏE DE GHAMBBÈ (S
aù-devant (f un péril qui vous menacera, je vivrai. Mais hors de cela, je ne saurais vivre ; il n'y a pas, en vérité, de force, de prudence, ni de philosophie qui puissent supporter de pareille^ douleurs.
» Se sais qu'il y eut pour mourir un temps meilleur et plus utile ; mais j'ai fait, comme beaucoup d*autres, la faute de lé laisser fuir. Donc, ne parlons pas du passé, ce serait raviver vos douleurs et remettre au jour ma sottise. La faute où il ne faut pas retomber aujourd'hui, la faute où je ne retomberai pas, je vous le jure, ce sera de supporter les misères et la honte de cette vie au-delà du temps absolument utile à votre bonheur et à vos intérêts.
Ainsi, mon frerè, celui qui, il y a quelque
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temps encore, se pouvait dire rhomme le plus heureux du monde, par vous, par ses enfants, par sa femme, par ses richesses et par l'origine de ses richesses ; celui qui, il y a quelque temps, se tenait pour l'égal de tout ce qu'il y a de grand par les honneurs, le crédit, l'estime et la faveur; celuilà est tombé dans une telle misère, dans une si profonde rûine,qu'il doit prendre un parti suprême, et non pas se pleurer honteusement plus longtemps, lui et les siens:
Maintenant, que me parlez-vous d'un échange? je vous prie. Est-ce que je ne vis pas à vos dépens? Hélas ! en cela même je me vois et me reconnais bien coupable.
Que pouvais-je prévoir de plus terrible que de vous sentir forcé de payer ceux à qui vous devez, avec vos entrailles et celles de
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votre fils. Et moi, j'ai reçu et dissipé en vain Fargent que le trésor de la République m'avait compté en votre nom. Et cependant Marc-Antoine et GsBpion ont reçu les sommes que vous m'avez écrit de leur donner. Quant à moi, maintenant, ce que j'ai suffit aux projets que je forme ; soit que nous reprenions le dessus, soit qu'il faille déseçpérer, je n'ai pas besoin de plus. S'il nous survenait quelque grave embarras, mon avis est que vous vous adressiez soit à Crassus, soit à €alidius. Il y a bien encore Hortensius, mais je ne sais si
vou§ devez vous y fier. Tout en feignant
pour moi la plus grande tendresse, tout
en m'entourant d'une suprême assiduité,
il a sans cesse, avec Arrius, tenté contre
moi les choses les plus odieuses et les plus m s
^célérftW», Ç'eçt par Ipurs? coppeil?, ç'e§| 60 compteqli 6W Içur? promesses ^a^ ]&,
suis tûni])<| dAQs lWm^
^ Cepei»4si^t, gvple? çfiçi pqw v^ïj^, ^§
Au reste, ppr poroponiii^, je ypps y^pdf^^ UQrtepwugfftVflwhlç. EmpôphQns qvjg qu^ que £am tépïpigqage pe vous §pp)iqu» 9§ y^rçqperqp fit pirovjîer-ppptrfi you^à prp,- PQ^ 4§ Ifl Ici Awréiia, kirsquç ypu§ d^ipflpi f)i^z l'édi^it^, h pe craip^ rien tf|pt ^ ç^\\^ bepre que 4e vpirles kpH)pjiep cprupr^nd?^ 1^ piUé quç vous pouvez inspirer p9Hr W<4 ^i Vou voui^ 0pargpe, car ^\oiç^ fpufes î^ baiqe? que j'i^i auiaçsées ^e déel^jiîperQii^ cputre vpusi- J^ çrpis Itf essala ^jucèremen^ votre sm' 4e WPPQ^ ^\Je Pqmj^e, ^'ijl pi^
EN ROIS DB GHAMBlUli it
l^st poln4, voudra le paraître. Mais les
dieui veuillent que vous ne soyez pofnt
dans la nécessité de recourir à eux. C'est
66 dont je les prierais, s'ils écoutaient en^
Qùve mes prières. Toqt ce que je hasarde^i
o'est de les supplier de se contenter des
naalfaeurs qui nous écrasent; dans ces mak
heurs, aucune source n'est honteuse. Il y
a plus, et c^est pour moi une douleur ipra^
fonde, parce qu'elle me conduit au doute,
ce sont mes actions les plus généreuses
qui sont oause des persécutions que je su-
fais. Je QB vous recommande pas ma ûlle,
qui est la vôtre, ni potre Cicér<on, Y a-t-«fl
au mond^ une chose qui m'ait fait souft^ir
sans vous apporter à vous une égale souf^
franco? Vous vivant, mon frère, je suis
Coquille, mêu enfants ne seroÂt jamais
SW us «aiNDS HOMMES
orphelins^ Quant au reste^ c'est-à-dire à la probabilité de mon salut, à Tespoir de revenir fermer les yeux dans ma patrie, je ne saurais rien vous en écrire, car les larmes effacent ce que j'en écris. Veillez aussi sur Terentia, je vous prie ; tenez-moi au courant de tout. EnfÉi, mon frère, soyez fort autant que la nature de l'homme permet d'être fort dans une pareille situation. »
Mais ces nouvelles que demandait Qcé-* ron à son frère n'étaient pas propres à le rassurer. Après son départ, non-seulement, comme nous l'avons-nous dit, Qodius avait fait ajQicher son bannissement, mais il avait mis le feu à ses maisons de campagne, et, après l'avoir habitée un instant,
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il avait fait raser sa maison du Mont-Pa*latiD, la fameuse maison de trois millions cinqlîent mille sesterces, et, sur son emplacement, avait fait bâtir un temple à la Liberté.
En outre, il avait mis les biens du banni en vente, et chaque jour ouvrait Tenchère sur eux.
Mais si bas que cette enchère fut mise, il faut rendre cette justice aux Romains, que pas une seule fois la mise à prix ne fut couverte.
Voilà pour Cicéron.
Voyons ce faisaient les autres.