‹ LES GRANDS HOMMES CESARChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Au milieu de toute cette débauche politique, quelque chose d'étrange se passait i à Rome, qui semblait uu spectacle offert au peuple, pour lui faire croire aux beaux ^ { temps de la République. t ^

26 LES GRANDS UOMM£S

Ce spectacle, c'était Caton qui le donnait.

Caton était une espèce de bouffon sérieuXy auquel on laissait tout faire; il amusait le peuple plutôt qu'il n'en était aimé.

Le peuple accourait pour voir passer Caton sans tunique et nu pieds.

Caton prophétisait; mais le peuple faisait des prédictions de Caton comme des prédictions de Cassandre, que nul n'écoutait.

Qiihnd t^iûâpéé avait concouru à faire ' obtenir à (îésar le proconsulat des Gaulés, ta ton avait apostrophé Pompée au milieu de la rue :

dPf KO^Ë i)£ CHÂMBkË il

— Ah! lui dit-il, tu es donc las de ta grandeur, Pompée, que tu te mets sous le joug de César? Tu ne t'aperçois pas de ce fardeau à cette heure, je le sais bien, et quand tu commenceras à le sentir, quand tu verras que tu ne peux le supporter, tu iS timè rél9ftib6r stii- Rdnië. Tu té 6eu- ViêdSi'M blëfs déS àrerttesèfmeât» de Gà-^ton, e^Hi ëërâé ciOïiVéinéu t(ll'ilË étaient êà même temps honnêtes, justes et dans tes

intérêts.

Pompée haussait les épaules et pbsiitdlt outre : au-dessus de la foudre , comment eût-il été frappé par elle'?

(Mhà, ûdmm iriiSuh, avait faômpris ^Q né âëràit Jâmalè ifiàître ëe tlbmé, tant ^étMfôfJ^aènièUi^ëf'àlt.

2S LES GRANDS OOMMKS^

Il avait envoyé chercher Gaton.

Caton obéit, lui qui avait refusé de venir quand un roi le demandait.

Caton, c'était la loi.

Le tribun le demandait : que ce tribun fût Godius ou un autre, peu importait^ Caton se rendait à l'ordre du tribun.

—Caton, lui dit Clodius, je te tiens pour rhomme le plus pur et le plus honnête de Rome.

— Ah I fit Caton.

— Oui, reprit Qodius, et je vais t'en donner une preuve. Bien des gens demaii-

dent, et avec de grandes inst^^nçes. cru'on

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su ioVE Bl GHAUffBlS 29

les envoie commander en Cypre : je te crois seul digne de ce gouvernement , et je te nomme.

— Tu me nommes gouverneur de Cypre?

- Oui.

— Moi, Caton?

— Toi, Caton.

— Je reftise.

— Pourquoi refuses-tu ?

— Parce que c'est un piège; tu veux m'éloigner de Rome.

-—Eh bien, après?

30 l£i ftR*Ifi>i HMUlPI

- Jq veux nesler là liaffifi,

— Soit, dit Godius; mais je te préyiçns d'une chose, c'est que si tu ne veux pas aller dô bon grà en Cypre, Uiîras da ft)P6ô.

Et se rendant aussitôt à l'asseia^^du peuple, il fît passer la loi qui nommait Caton gouverneur de Cypre.

Il n'y avait plus moyen de pefu«er.

Caton accepta.

C'était au moment das troubles de Gteéron ; il alla trouver celui-ci, qui était encore à Rome, et l'invita à ne point exciter desédition..

Puis il partit.

-ESI ftPipï: û^ CHAJtfBRE

Mais QodiuS; pour partir, ne Jui ût dqn- Dep w\ vaisspaux, ni troupes^, pi officiera publics, mais seulement deux greffiers, dont l'un était un voleur avéré, Tautyp unq créature de Qodius.

Caton avait Tordre de chasser dp Cypre

le roi Ptolémée, ne pas confondre avec son homonyme Ptolémée Auletès, le joueur de flûte, qui, hii, était roi d'Egypte, et en outre il devait reniiener dans Byîsaflce cevt]t qui avaient été bannis.

Ces différentes commissions avaient pour but de tenir Caton éloigné de Rome pendant tout le temps du tribunat de Clodius,

Pourvu de si faibles moyens, Caton pensa qu'il lui fallait agir avec piru{ience.

32 LES GBAlfDS HOUMES

Il s'arrêta à Rhodes, et envoya en avant de lui un de ses amis, nommé Canidius, afin d'engager Ptolémée à se retirer sans combat.

Alors il arriva à Caton, avec celui-ci, la même bonne fortune qui était arrivée à Pompée avec Mithridate,

La réponse de Canidius fut que Ptolé-mée venait de s'empoisonner.

Il laissait des trésors immenses.

Caton jeta les yeux autour de lui.

Il devait, lui, aller à Byzance.

Qu'allaient, en toutes autres mains que

EN HOB£ D£ CHASAnK 55

dans la sienne, devenir ces trésors immenses laissés par Ptblémée?

Son regard tomba sur son neveu Marcus Brutus.

C'est la première fois que nous nommons ce jeune homme, fils de Servilie, et passant pour être le fils de César.

Le grand rôle que va jouer Brutus nous force de nous arrêter au moment même où l'histoire prononce son nom.

11 avait vingi-deux ans à peu près à cette époque.

Il prétendait descendre de ce fameux

Junius Brutus auquel les Romains avaient m 3

54 I4ES ««Airivs Honounss

4r«ssé mt statut 4e hrtmi^ imft leCapitôle, au milien d» cqUqs 4es Toki

Cette statue tenait à la main une épée

nue, pour marquer que Junius avait dé*truit sans retour la puissance des Tarquins.

Seulement, celte origine lui était fort contestée par les dHozîer de Tépoque.

Comment pouvait-il descendre de Junius Brut us, puisque Junius Brutus avait fait couper la tête à ses deux fils?

Il est vrai que Posidonius le Philosophe dit, qu'outre ses deux fils mis à mort par lui, BrutuB en avait un troisième, tpop jeune pour «voir pris p«rt à la cMispirA^

tiQRï i9l>qfiQ(ieH PeluM^ qui, surviv^ipt 4

Ceux qui niaient cette filiation disaient que Brutus , au contraire , était de race plébéienne, fils d'un Brutus, simple inten- 409^ de maison, dont la fanùUe n'était miyéQ que depuis peu de temps aux honneurs de la République.

rapportait son ori^P© è Ofl iServiliuff Abal», qui, voyant Spurius Melius aspirer à la tyrannie et fomenter des troubles parmi ses concitoyens, prit un poignard sous son bras et se rendit au Forum.

Là, s'étant assuré que ce qu'on lui avait

dit était vrai , il s'approcha de Spurius y sous prétexte, de lui communiquer une affaire importante, et comme celui-ci s'in-clihait pour Técouter, il le frappa d'un coup si ferme, que Spurius était tombé raide mort.

Ceci s'était passé il y avait trois cent quatre-vingts ans à peu près, Tan 438 avant Jésus-Christ.

Cette partie de la généalogie de Brutus était généralement admise.

Le jeune homme était d'un caractère doux et grave ; il avait étudié la philosophie en Grèce, avait lu et. comparé tous les philosophes, et s'était arrêté, comme modèle, à Platon.

£N UOB£ D£ CHAMBRE S7

11 tenait en haute estime Ântiochus l'Âs^ calonite, chef de l'ancienne académie, et il avait pris pour ami et pour commensal Ariston, son frère.

Brutus, comme tous les jeunes gen& distingués de cette époque, parlait également la langue latine et la langue grecque.

11 avait une certaine éloquence, et avait plaidé avec succès.

Lorsque Caton ^ut l'idée de se servir de lui pour sauvegarder du pillage les trésors de Ptolémée, i! était en Pamphylie, où il se remettait d'ijfte maladie grave.

La mission lui répugùa d'abord.

C'était iine insulte que son oncle faisait

à Caiïidîus de lui donner pour inspecteur tiïi jeune homme de vingt-deux ans ; Cépendant, comme il avait une grande vénération pour Caton, il obéît.

Brutus fît lui-même le catalogué des ol)jefs, et Caton arriva pour la vente.

Toute la vaisselle d'or et d'argent, tous les tableaux précieux, toutes les pierreries^ toutes les étoffes de pourpre, furent mises à prix par Caton.

11 y a plus : oomme Caton avait voida qu'ils montas^nt à leur valeur Fé^^ £1 avait enchéri lui-même jusqu'à ce qu'ils montassent à leur estimation.

Lé ptïlt âé }d tenté et Ué somtttéè rè-

Caeiflies dans le trésor s'élevèrent à près de sept mille talents, quarante millions de notre monnaie.

Catôh avait pris toutes sortes de ppécatitions pour que ces sommes arrivassent à Rome sans accident.

Craignant un naufrage, il avait fait faife des caisses contenant chacune deux talents cinq cents drachmes, environ douze mille francs ; puis, à chaque caisse, il avait fait attacher une longue corde aiî bout de laquelle il avait noué un morceau de liège, afin qu'en cas de sinistre, les caisses tombant à Feau, les lièges flottassent et indiquassent l'endroit où seraient les caisses.

H avait, en outre, inscrit sur deux re-

gislres tout ce qu'il avait reçu et dépensé pendant son gouvernement.

Il avait remis un de ces deux registres à l'un de ses affranchis, Philargyrus; il avait gardé l'autre avec lui.

Mais malgré ces précautions, le hasard les fit disparaître tous les deux.

Phylargyrus, qui s'était embarqué à Cenchrées, fit gaufrage, et perdit le registre avec tous les ballots mis sous sa garde.

Quant à celui que Caton avait gardé, il le conserva intact jusqu'à Corcyre ; seulement, à Corcyre, ayant fait dresser des tentes sur la place publique, et les p.ater-

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lots ayant allumé de grands feux, la flamme se communiqua aux tentes, et le registre fut consumé dans Tincendie.

Et comme un ami s'affligeait de cet accident :

— Je n'avais pas rédigé ces comptes pour prouver ma fidélité, dit-il, mais pour donner aux autres l'exemple d'une sévère exactitude.

Lorsque l'on apprit à Rome son arrivée, toute la population se porta au-devant de lui le long du fleuve.

A voir cette flotte, — car Caton , parti avec un seul navire, ramenait une flotte, •T^ à voir cette flotte remontant le Tibre,

et le peuple la suivant, on eût dit un triomphe.

Peut-être eût-il' été modeste à Calon de s'^affêtér justement là où il rencontrait les consuls et les préteurs ; mais il ne crut pas devoir faire ainsi. Il continua de. voguer sur la galère royale de Ptolémée, galère à six rangs de rarôes, et ne s'arrêta que lorsqu'il eut mis sa flotte à Fabri dans Farsenal.

Si partisan que nous soyons de Caton, nous ne pouvons pas dissimuler à nos lecleurs que cette preuve inattendue d'orgueil, donnée par l'illustre stoïcien, fit d'abord un assez mauvais effet à Rome.

Mais qoftfid m Vit pâSser ft im^ets le

ES ftOHË DE CHAMBRE 41

Fofum les sommes immenses d- or et d'afgent qu'il avait rapportées, contre toutes les habitudes proconsulaires, l'admiration pour le désintéressement fit oublier la mauvaise humeur qu'avait inspirée Forgueil.

Att tme, lèsl hdUttéttrâ hé ftireni p6iilf épargnés à Gaton.

i^ét s'OiBietAJAèt, lui dêcètm U ptéture eUtHùrâitihîte, «yec le privilège d'fiéK sister aux jeux, vêtu d'une robe brodée de pourpre.. ^ .

Mais Gaton, qui sans doute avait fait un retour sur lui-même, refusa tous ces honneurs et demanda seulement au sénat la liberté de Nicias, intendant du feu roi

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