‹ Les grands hommes de la FranceChapitre 4 sur 12 · I.A PKKOrSK · texte numérisé non relu

I.A PKKOrSK

cesse armés les uns contre les autres, et, quand ils ne sont pas en lutte, ils passent leur temps au jeu, la seule passion de ces êtres dégradés.

Les Français ne descendaient à terre qu'avec leurs armes, et, grâce à cette précaution, ils n'avaient rien à redouter, car les insulaires de cette contrée craignaient tant les fusils, qu'une dizaine d'hommes armés suffisait pour en imposer à tout un village.

Ceux-ci se composent de trois ou quatre appentis de bois de vingt-cinq pieds de long sur quinze à vingt de large, couverts de planches ou d'écorces d'arbres, mais du côté du "vent seulement. Dix-huit à vingt personnes logent sous chacun de ces hangars, les femmes et les enfants d'un côté et les hommes de l'autre. Chaque cabane constitue une peuplade ayant sa pirogue et son chef. L'été, ils errent dans les différentes baies, et l'hiver ils s'enfoncent dans l'intérieur du pays pour chasser. Les chiens sont les seuls animaux qu'ils respectent ; il y en a toujours plusieurs dans chaque cabane. Ces animaux, qui ressemblent aux chiens de berger de Buffon,sont très-sauvages,mais ils n'aboient pas el ne font entendre qu'une sorte de sifilement. Les hommes ont les cartilages du nez et des oreilles percés et ils y attachent des ornements. Leurs dents sont limées jusqu'aux gencives ; une simple peau est jetée sur leurs épaules et le reste du corps est nu à l'exception de la tête qu'ils couvrent d'un léger chapeau de paille.

Peu de femmes se tatouent, mais elles ont un visage qui les rend effroyables. Toutes ont la lèvre inférieure fendue au ras des gencives dans tonte la longueur de la

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bouche ; elles portent une espèce d'écuelle de bois à laquelle cette lèvre fendue sert de bourrelet en dehors, ce qui fait que la partie inférieure de la bouche est saillante de deux à trois pouces. Les femmes mariées ont seules droit à l'écuelle; les jeunes filles n'ont qu'une aiguille passée dans la lèvre inférieure.

Les hommes filent le poil de différents animaux et font avec cette laine des tissus pareils à des tapisseries : ils savent forger le fer, façonner le cuivre et tressent avec habileté des chapeaux et des paniers en jonc. Ils sculptent même d'une manière passable des figures d'hommes et d'animaux.

Pour compléter le tableau de ce peuple, il faut dire encore qu'il est anthropophage.

La Pérouse quitta, le 20 juillet 1796, ces bords si funestes à son expédition pour continuer d'explorer les côtes américaines. Il était pressé par le temps, ses vaisseaux marchaient mal et les vivres devenaient rares. Pendant quatre jours la brume et les pluies ne discontiiiuèrent pas.

Le 4 août, les brouillards s'étant dissipés, on put reconnaître l'entrée de Cross-Sound, où finissent les montagnes couvertes de neige.

Quoique élevées de quinze à dix-huit cents mètres, les terres, qui sur ce point bordent la mer, sont couvertes d'arbres.

La Pérouse releva la pointe ouest de Cross-Sound, laissant le mont Beau-Temps et le mont Crillon au nord-ouest. Cette dernière montagne est aussi élevée que le mont Beau-Temps, elle est située au nord de

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Cross-Sound et le mont Beau-Temps est au nord de la baie des Français. Ces deux élévations servent de point de repaire pour reconnaître l'entrée du port qu'elles avoisinent.

Le 5, on releva un cap au sud de Gross-Sound et le même jour on fit la découverte de la baie des îles de Gook.

On reconnut ensuite, qu'au sud du cap Angano, la côte de l'Amérique est bordée, sur un espace de plus de dix lieues, d'îles nombreuses, et que le continent est très-loin derrière ces îles.

Le 19 au soir, on eut connaissance d'un cap qui terminait la côte d'Amérique. L'horizon était très-clair et l'on voyait au delà quatre ou cinq petits îlots auquels on donna le nom d'îles Kérouart. La pointe qu'on avait dépassée fut appelée cap Hector.

L'expédition était alors arrivée à l'extrémité de cette côte qu'elle venait de longer sur un espace de plus de deux cents lieues. L'exploration minutieuse qu'on en avait faite démontra que les terres prises par Gook, pour le continent américain lui-même, n'étaient en réalité qu'une chaîne d'îles, coupées par des canaux, entre lesquels les eaux s'échappent avec violence. Gette conjecture très-importante a été vérifiée depuis par Dixon et Vancouver. Mais La Pérouse a eu l'honneur de constater le premier ce fait capital.

Arrivés à ce point de leur route, les navires furent dirigés vers le nord pour explorer le revers des terres qu'ils venaient de prolonger à Test. Ils louvoyèrent à

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une lieue des ilôts de Kérouart et du cap Hector ; mai fi bientôt la violence de certains courants qu'ils eurent à traverser, les obligea de s'éloigner de la côte.

Le 24, on reconnut un groupe d'îles plates que l'on nomma îles Sartines, et le 25 on continua de courir à l'est vers l'entrée de Nootka.

Une brume épaisse ayant entièrement caché la terre, La Pérouse dirigea sa route vers la pointe des brisants, à quinze lieues au sud de Nootka ; il voulait prendre connaissance de la partie de la côte compiise entre le cap Fattery et la pointe des brisants que le capitaine Cook n'avait pas explorés.

Le 5 septembre 1786, on se trouvait par 42° 58' 56" de latitude nord, et 129*' 5' 20" de longitude au travers des neuf îles ou rochers qui furent nommés îles Necker; ayant continué à prolonger la terre à trois lieues de distance, on n'apercevait que le sommet des montagnes parce que le ciel est beaucoup moins pur dans cette partie de l'Amérique que dans les hautes latitudes. Cependant, le 13, on entrevit la terre trés-embrumée et l'on s'en approcha de fort près dans la journée. Le lendemain on eut connaissance du fort espagnol de Monterey, dont la baie est formée par la pointe du Nouvel-An au nord, par celle des Cyprès au sud. Ce port a huit lieues d'ouverture dans cette direction et six d'enfoncement dans l'est. Les terres du nord et du sud sont très-élpvées et toute couvertes d'arbres, celles de l'est au contraire sont basses et sablonneuses.

Les naturels de Monterey sont petits et faibles de complexion. ils ont un teint fort semblable à celui des

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