‹ Les grands hommes de la FranceChapitre 5 sur 12 · I.A l'I'ROrSK · texte numérisé non relu

I.A l'I'ROrSK

nègres, mais ils sont d'une adresse surprenante pour toutes sortes de chasses.

Le Village de Loreto était alors le seul de la Californie sur la côte est de cette presqu'île, ce qui s'expliijue quand on sait combien cette côte est malsaine. La mer Vermeille dort là entre la province de Sonora au levant et la Californie au couchant. Du reste, le sol de cette contrée est fertile et rempli de mines abondantes.

La Californie septentrionale offre des éléments de richesse plus grands encore. La terre végétale, très-sablonneuse dans ces parages, emprunte une fertilité exceptionnelle à l'humidité de l'air, et le pays est trèspeu peuplé.

La réception faite à nos nationaux par les habitants de Monterey fut des plus cordiales. Quand les frégates mouillèrent dans la rade, elles furent saluées de sept coups de canon, qu'elles rendirent coup pour coup. Le commandant du fort accueillit d'une façon charmante les officiers des deux navires.

La Pérouse parle de cette station dans une lettre, datée du 14 septembre 1786, et adressée au ministre de la marine :

« Vous savez, Monsieur, dit-il, que Monterey n'est pas une colonie: c'est un simple poste d'une vingtaine d'Espagnols, que la piété du roi d'Espagne entretient, pour protéger les missions qui travaillent avec le plus grand succès à la conversion des sauvages, et on n'aura jamais à reprocher à ce nouveau système aucune des cruautés

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qui ont souillé le siècle de Christophe Colomb et le règne d'Isabelle et de Ferdinand. »

Dans une autre lettre, datée du même endroit, il résume ainsi les travaux achevés jusqu'alors par l'expédition :

« Monterey, le 19 septembre 1786.

« Nous avons, dans l'espace de quatorze mois, doublé le cap Horn et remonté à l'extrémité de l'Amérique jusqu'au mont Saint-Hélie; nous avons exploré cette côte avec le plus grand soin et sommes arrivés à ^lonterey le 15 septembre... Nous avons parcouru, sur le parallèle des îles Sandwich, cinq cents lieues de l'est à l'ouest... J'ai mouillé vingt-quatre heures seulement à l'île Mowée, et j'"ai passé par un canal nouveau que les Anglais n'avaient pas été à portée de visiter... Nous avions déjà passé un an sous voile et vu néanmoins, dans nos courtes relâches, des choses très-intéressantes et nouvelles. Vous apprendrez avec plaisir qu'il n'y a pas eu, jusqu'à présent, une seule goutte de sang indien répandue... »

On s'occupa d'abord de faire de l'eau et du bois. Quant aux botanistes de l'expédition, ils profitèrent du séjour qu'on fit sur cette côte pour enrichir leurs herbiers.

On était arrivé le 15, on repartit le 22 (septembre 1786).

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Moiilerey est le point extrême de cette côte d'Amérique que La Pérouse avait explorée depuis la pointe du mont Saint-Hélie, sur un espace de cinq à six cents lieues. Dans le cours de cette laborieuse campagne, il avait découvert un port qui avait écliappé au capitaine Gook; il avait aussi reconnu plusieurs terres que ce navigateur n'avait pu voir que très-imparfaitement pendant le peu de temps qu'il y avait passé. Vancouver a mis deux années entières àparcourir les mêmes parages.

Le second point important de l'expédition de La Pérouse, était la reconnaissance des mers du Japon, c'està-dire de la mer de ce nom et de la côte de la Tartarie orientale. En quittant Monterey, il songea à accomplir cette partie de sa tâche et fit route vers le sud-ouest pour gagner les Mariannes.

Pendant une dizaine de jours, on eut des pluies continuelles entremêlées de fréquents orages. L'humidité, entretenue dans les entre ponts par ces averses perpétuelles, fit craindre un moment que le scorbut ne vint à se déclarer à bord.

Le 4 novembre, par 24° 4' de latitude nord et 164° 2' de longitude, on prit connaissance d'une île, ou plutôt d'un rocher d'un kilomètre de longueur et de près de cent mètres d'élévation. Les bords en étaient taillés à pic, et La Pérouse, qui s'en approcha à quinze cents mètres environ, vit qu'il était impossible d'y débarquer. Il donna à cette île le nom de Necker.

Ce jour-là, vers une heure ou deux du matin, on aperçut des brisants à deux encablures de l'avant des frégaies.

Les deux capitaines venaient, sans le savoir, d'échapper à un danger imminent, et la moindre négligence dans les manœuvres à faire, pour s'éloigner de ces écueils, eût infailliblement causé la perte des deux frégates.

Ne voulant pas que d'autres navigateurs fussent exposés au même danger, le jour venu on s'approcha de recueil, et l'on aperçut un rocher fendu, de cent mètres de diamètre et de cinquante d'élévation. Entre l'îlot et les brisants du sud se trouvaient trois bancs de sable élevés à peine de quatre pieds au-dessus du niveau de la mer, et séparés entre eux par une eau verdâtre ayant tout au plus une brasse de profondeur. Ces brisants, que des rochers à fleur d'eau entouraient et où manquèrent d'échouer nos navigateurs, reçurent le nom de passe des Frégates françaises..

Le 14 décembre 1786, on eut connaissance des îles Mariannes, et bientôt après on vit l'Assomption. Rien ne peut peindre l'horrible et désolant aspect de cette terre, sorte de rocher volcanique.

On jeta l'ancre à peu de distance de ce point, et deux canots, montés par MM. de Langle et Boutin, se rendirent à terre. La mer brisait de tous côtés eu avant de la rive, et il fallut se jeter à l'eau pour atteindre la côte.

L'île était plus eiïrayante encore, en réalité, qu'elle ne paraissait l'être du bord. Ce n'était, vu de près, que des ravins formés par la lave et des précipices sans nombre. La lave avait tout envahi, jusqu'à une lisière de quatre-vingts mètres de la mer, qui seule avait été épargnée. Quoiqu'il n'y eût pas de fumée visible, l'odeur

du soufre répandue dans l'atmosphère prouvait évidemment que le volcan n'était pas éteint ; aucun vestige de créature humaine ne se montrait d'ailleurs sur cette terre désolée.

Les frégates remirent à la voile par une très-grosse mer ; et le 28 décembre on eut connaissance des lies Bachi, après avoir passé à une lieue des deux rochers qui se trouvent plus au nord. La Pérouse en détermina la position et poursuivit ensuite sa route vers la Chine. Le premier janvier, il trouva fond par soixante brasses. Le lendemain, on rencontra un très-grand nombre de bateaux pêcheurs tenant la mer par un très-mauvais temps.

Le 2 janvier 1787, on prit connaissance de la Pierre- Blanche, puis on mouilla le soir au nord de l'Ile Ling- Ting, et le 3, les navires entrèrent dans la rade de Macao. La Pérouse envoya à terre le lieutenant Boutin, pour prévenir le gouverneur de son arrivée et du désir qu'il avait de séjourner dans la rade pour y faire reposer ses équipages. D. Bernardo-Alexis de Lemos, gouverneur de Macao, reçut notre officier de la manière la plus affable, et se mit, pour tout ce qui dépendait de lui, au service de l'expédition. Il envoya un pilote maure pour conduire les équipages au mouillage du Typa, et le lendemain, .ayant appareillé à la pointe du jour, les frégates jetèrent l'ancre devant la ville même.

Elles se trouvèrent amarrées côte à côte avec la flûte

française le Maréchal de Cnstries, qui était chargée de

naviguer sur les côtes de l'est pour y protéger notre

commerce.

La Pérouse descendit à terre avec la capitaine de Langle, et alla demander au gouverneur l'autorisation de dresser une tente sur le rivage pour installer un observatoire. D. Bernardo de Lemos consentit à tout ce que nos ofDciers lui demandèrent, et, de plus, il leur ouvrit sa maison et les accueillit comme des amis. Sa femme, jeune portugaise de Lisbonne, parlant seule la langue française, lui servait d'interprète.

La Pérouse ne trouva pas à Macao les ressources nécessaires pour faire réparer les avaries de ses bâtiments, et dut songer à gagner Manille. Il quitta, après un mois de séjour^ Tembouchure du Tigre, emmenant avec lui trois gardes de marine de la flûte le Maréchal de Castries, et six matelots chinois embarqués sur chaque frégate, afin de remplacer ceux qu'on avait eii la douleur de perdre au port des Français. Le 15 février, il eut connaissance de l'île de Luçon, mais les courants l'empêchèrent d'en approcher et il dut relâcher dans le port de Marivelle, où il fit sa provision de bois.

Le 25, ayant repris la mer, on fit route par la passe sud, et le 28 février 1787, on jeta l'ancre dans le port de Cavité, situé non loin de Manille, chef-lieu des Philippines.

A peine venait-on de mouiller, qu'un officier, envoyé par le commandant de la place, vint pri^^ les Français de ne pas communiquer avec la terre avant l'arrivée des ordres du gouverneur général, auquel il devait envoyer communication du motif de la relâche des frégates.

La Pérouse répondit qu'il désirait ravitailler ses équipages afin de continuer promptement son voyage. On

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