‹ Les grands hommes de la France [microforme]Chapitre 29 sur 43 · LOUIS RIEL · texte numérisé non relu

LOUIS RIEL

Dans un article publié en 1882 dans la Revue politique et liltéraire, M. P. Gaffarel a dit : Le Français partout où il passe laisse sa forte empreinte de charmeur et d’amour. Il ne colonise pas, mais, là où il a tenté de coloniser, on se souvient.

Sans doute, l'histoire coloniale se compose surtout de déceptions et d’avortements.. Mais, sommes-nous responsables des fautes inexplicables denos gouvernants et ne sont-ce pas des Français qui ont fondé et développé les colonies devenues si prospères en d’autres mains ? Sien 1763, Louis XV abandonna honteusement le Canada, il n’en est pas moins vrai que quinze cent mille Canadiens, ayant conservé la langue et les habitudes françaises, nous dirions volontiersle culte de la France, vivent aujourd’hui dans cette région, et que tous ils descendent des colons envoyés jadis.

Un voyageur anglais, Isaac Weeds, qui a publié le récit d’une excursion faite au Canada a dit : « La na-

ture semble avoir implanté dans le cœur des Français et Indiens une affection réciproque; ils s’associent dans leurs travaux, et vivent sur le pied le plus amical. C’est à cette cause plus qu’à toute autre cause qu’on doit attribuer le prodigieux ascendant que ies Français ont eu sur les Indiens tant qu’ils ont été maitres du Canada C’est une chose étonnante et bien digne de remarque que, malgré les présents considérables distribués chaque année aux Indiens du haut Canada par les agents anglais de nation, malgré le respect religieux que ceux-ci ne cessent d’avoir pour leurs mages et leurs droits naturels, un Indien qui cherche l’hospitalité préfère, même aujourd’hui, la chaumière d’un pauvre fermier français à la maison d’un riche propriétaire anglais. »

Aussi, malgré tous leurs efforts, les Anglais sont-ils toujours en pays conquis.

« .…L'Angleterre, dit aussi M, Désiré Charnay, s'est efforcée de. faire disparaitre l'élément français au Canada ; la lutte fut longue, violente, acharnée ; tout fut vain, elle s’y était pris trop tard; la poignée de normands était devenue nation, l'élément français triompha... Je disais que les Canadiens étaient restés françrais, ils ont conservé un tel amour pour leur ancienne patrie que, lorsque en 1856, une corvette de guerre française vint jeter l'ancre devant Québec, le bruit - s’en répandit immédiatement dans tout le bas Canada; il y eut comme une émigration en masse vers le port de Québec; les travaux des champs furent abandonnés tout le monde se porta vers l’ancienne capitale pour voit les harins français : « Nos gens ont-ils pris Qué-

bec ? disaient-ils. » Parole étrange, naïve, toute patriotique et qui montre à quel point la fibre nationale vibre encore dans le cœur de nos vieux concitoyens.…

M. de Bonnechose raconte que, vers la fin de 1870, dans l'assemblée des artisans de Montréal, un Canadien terminait ainsi son discours d'ouverture des classes du soir :

« Et si quelqu'un veut savoir maintenant jusqu’à quel point nous sommes français, je lui dirai: Allez dans les villes, allez dans les campagnes, adressez-vous au plus humble d’entre nous, et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fixe l’attention du monde ; annoncez-lui que la France a été vaincue ; puis mettez la main sur sa poitrine et dites-moi ce qui peut faire battre son cœur aussi fort, si ce n’est l’amour de la patrie,

« C’est que, comme le dit encore M. de Bonnechose, l’image de la France reste longtemps assise au foyer de ses enfants exilés, puisque à quinze cents lieues de nos côtes, après un siècle écoulé, l'Angleterre compte encore un million de sujets dont elle n’a pu faire des Anglais. »

Or, à l'heure actuelle, le pays qui s’est appelé la Nouvelle France est encore plus français qu’on ne le croit. De temps à autre, il nous arrive d’outre-mer des nouvelles qui nous surprennent : on s'est soulevé, on s’est battu, une révolte inattendue est venue rappeler aux dominateurs que le pays des lacs peut être asservi mais qu’il n’est pas dompté. Ces jours derniers encore où apprenait que Gabriel Dumont, qui fut lieutenant

de Louis Riel dans la dernière révolte des métis du Canada, était actuellement à Montana ; qu'il y soulevait les tribus indiennes contre les Anglais. On assurait même qu'il se trouvait à la tête de plus de cinq mille hommes et l’on s’attendait à un soulèvement prochain.

Ainsi la dernière insurrection est à peine étouffée, le cadavre de son chef n’est pas encore refroidi, que déjà le pays se réveille et se soulève.

M. Eugène Forgues, dans un article substantiel sur Louis Riel et l’insurrection des métis canadiens publié dans la Revue Britannique, a résumé les faits du dernier soulèvement d’après les journaux et Revues anglais

Il nous apprend que le chef de la dernière insurrection, Louis Riel, avait dès 1869, levé une première fois l’étendard de la révolte. Or cette révolte n’était autre chose qu’une manifestation du conflit permanent qui va s’accentuant de plus en plus entre les hommes d'origines différentes, Comme aux jours de Ja bataille des plaines Abraham, il y a antagonisme de nationalités. Un tiers de la population est français ; il vit à côté des Anglais sans se fondre avec eux. Les métis, croisement des blancs avec les Indiens, tiennent des deux origines. Dans les dernières insurrections, ce sont les métis fiançais qui se sont soulevés, les métis anglais ont hésité puis sont restés neutres. Or le langage, le caractère de la population sont français ; le statut réel, les lois qui règlent la distribution des biens et la propriété foncière sont fondés sur l’ancien droit français. Tout cela, M. Forgues l’exposc nettement. La Consti-

tution du Canada (acte d’union) du 29 mars 1867 a eu pour but de fondre en un corps de loi unique les statuts particuliers qui régissaient les différentes colonies anglaises, sous le nom de Dominmon of Canada.

En 1868, le parlement canadien voulut acquérir des terres, et l’année suivante, il envoya des arpenteurs sans se préoccuper de traiter d’abord avec les Indiens et les settlers ou premiers occupants; ceux-ci, possesseurs effectifs mais sans titres écrits, étaient installés au nombre de plus de douze mille autour du fort Garry. La moitié étaient métis ou sangs mêlés d’origine française. Ceux-ci en majorité demandaient la confirmation de leurs possessions et la délivrance de titres réguliers comme premiers occupants ayant défriché et réclamaient en outre, comme descendants des Indiens, une compensation égale à celle qu’on accordait à ceux-ci. Au fond et quelque soit les griefs invoqués c’est l’hostilité des deux races qui explique le conflit.

Quand les arpenteurs anglais arrivèrent, les métis français au nombre de trois ou quatre cents prirent prirent les armes conduits par un des leurs nommé Louis Riel. Ce Louis Riel était un homme d’une certaine valeur. Il avait reçu de l’instruction et s’était destiné à Eglise. [ parlait la langue française, était fort apprécié par ses compatriotes qui écoutaient ses conseils et suivaient ses avis. Il avait alors quarante ans. Petit de taille, un peu gros, mais homme d'énergie, il avait certains travers qui ne lui nuisaient pas dans son milieu. Un peu vain, affectant une recherche d’élégance, il avait en même temps une religiosité quelque

peu mystique et peut-être exagérée. Son esprit manquait d'équilibre.

Il commença par s’emparer du fort Garry, établit un gouvernement provisoire et publia une déclaration des droits où les revendications des métis étaient formulées et où ils étaient reconnus comme propriétaires du sol.

La nouvelle surprit le gouvernement. Le colonel Wo)lseley fut immédiatement envoyé pour réprimer le mouvement. Il entra dans le fort Garry sans coup férir, l'ayant trouvé abandonné. Le gouvernement se hâta de faire droit aux réclamations par le Mani toba act rendu en 1870. Il accorda aux métis. comme descendants des Indiens deux cent quarante ares par tête. Riel fut exilé pour cinq ans avec les principaux chefs du mouvement sans qu’on eut tenu compte d’une amnistie qui aurait, parait-il, été promise. Il se retira aux Etats-Unis et se fit naturaliser citoyen de Montana.

C'était là un premier avertissement. Le gouvernement ne tarda pas à l'oublier. En 1885, les mêmes faitsse reproduisirent, provoqués par les mêmes causes, Les Indiens adressaient depuis plus de dix ans des réclamations incessantes pour obtenir qu’on régularisät leur situation, le gouvernement central ne s'en préoccupait point. Dès 1884, une certaine agitation s'était manifestée. Les blancs demandaientla confirmation de leurs possessions qui seule pouvait leur permettre de les aliéner et les métis réclamaient comme en 1869 des terres garanties.

Riel, dont le temps d’exil était expiré depuis longtemps, repartit, appelé par les métis. Une pétition, couverte de signatures, fut envoyée au gouvernement

dès le commencement de l'hiver 1884-85. Mais les choses trainèrent en longueur et, quand enfin le pouvoir central se décida à céder aux réclamations, il était trop tard. Le 22 mars 1885, on apprit que l'insurrection avait éclaté. Riel, comme en 1869, avait installé un gouvernement provisoire et publié une déclaration des droits.

Cette fois encore on fut surpris. Le général Middleton fut expédié en toute hâte le 23 mars sur le théâtre de l'insurrection. Il apprit le 28 que les Peaux-Rouges se joignaient aux révoltés. Le colonel Irwine fut envoyé avec des renforts.

Une première rencontre eut lieu près de Duck-lake et le major Crozier,craignant d’être cerné, se retira sur le fort Carleton, abandonnant vingt-quatre hommes tués ou blessés. Irwine arriva le même jour; mais se voyant menacé, il battit en retraite après avoir incendié le fort. J ne s'arrêta qu’à Prince-Albert où il resta jusqu’à Ja fin de la guerre sans oser reprendre l'offensive,

De nouveaux renforts furent envoyés à Middleton. Il se mit en route le 2 avril et arriva au fort Qu’appelle où il s'arrêta quatre jours, puis il reprit sa route et arriva le 147 à Clarke’s Cossing, gué sur la Saskatchewan. Riel était campé de l’autre côté du fleuve avec six cents hommes dont deux cents Indiens mal armés. Il occupait avec Daniel Dumont, son lieutenant, une position qu’ils avaient fortifiée. Le 18 avril, les avant-gardes échangèrent quelques coups de feu. Le 24, il y eut engagement dans lequel, après avoir altaqué l’avantgarde anglaise, les métis furent repoussés. Mais les Anglais à leur tour, malgré les plus grands efforts, mal--

gré plusieurs assauts réitérés et le feu de leur artillerie ne purent enlever les retranchements de Fist-Creek. Ils durent battre en retraite, laissant sur le terrain soixante hommes tués ou blessés parmi lesquels se trouvaient les deux aides de camp du commandant en chef. Middleton lui-même avait eu sa coiffure percée d’une balle. Les Anglais allèrent camper en arrière. Ils demeurèrent l’arme au pied toute la. journée du lendemain.

Le 26 on apprit que les métis avaient abandonné leur position. Middleton fit reconnaître le pays et attendit de nouveaux renforts en armes eten artillerie. Le 7 mai le bateau à vapeur Northcote, ayant amené des hommes et des nouveaux canons, on s’achemina sur Batoche, quartier général des métis. Le Northcote ouvrit le feu et la colonne attaqua presque aussitôt. L’artillerie fit rage. Les Angiais parvinrent même à établir une batterie sur la place de l'Eglise, mais les Indiens enlevèrent leurs canons et ils eurent toutes les peines du monde à les reprendre. Le soir Middleton dut reculer et faire évacuer les blessés.

Le lendemain et les jours suivants la lutte continua.

Enfin le 12 mai, après quatre jours d’une lutte acharnée, Middleton pénétra dans Batoche. Le lendemain Riel se rendit. Dumont s'était évadé. Les Anglais avaient perdu soixante hommes, les métis le triple. Le 26, les Peaux-Rouges firent leur soumission. Le gouvernement avait mis quatre mille cinq cents hommes en ligne contre sept cent cinquante combattants dont deux cents’sauvages et, malgré la supériorité du nombre, malgré l'artillerie formidable dont il disposait, il

avait mis plus de deux mois à vaincre la résistance des métis. Il avait subi le sanglant échec de Fish-Creck et s'était trouvé tenu en échec devant sAIeIRE, durant plusieurs jours.

Si les métis avaient eu les moindres Solinue de l’art de la guerre, Middleton, par sa maladresse et par ses manœuvres jiujustifiables, aurait été certainement vaincu.

Riel fut traduit en juillet devant une haute cour de justice siégeant à Régina. Devant ce tribunal, il soutint hautement la légitimité de la révolte des métis ; ses amis l’engagèrent vainement à plaider la folie. Il sy refusa. L'arrêt rendu contre lui portait qu’il devait être pendu le 16 octobre. Ce jugement fut confirmé par la cour suprême d'Ottawa. Dès lors il n’y avait plus qu’un recours en grâce qui pouvait le sauver. Il fut adressé au Gouverneur général du Canada sir Macdonald.

Riel, condamné, on hésita à faire exécuter la sentence. Il avait dû d’abord être pendu le 16 octobre, on remit ensuite l’exécution au 26. L'opinion publique était en effet très surexcitée. On avait organisé des réunions un peu partout ; leur nombre, l’ardeur que les orateurs mettaient à défendre la cause du condamné, tout dénotait un mouvement d'opinion considérable. On avait ouvert des souscriptions pour payer des avocats et faire rédiger des consultations en sa faveur. Le procès fait à Riel était partout présenté comme une iniquité flagrante. On se basait pour le défendre sur ce fait que le jury qui l’avait condamné

ne contenait pas un membre de langue française,

tandis que son secrétaire, l'anglais Jackson, avait été acquitté sous prétexte de folie. Dans l’assemblée de Farnham notamment, on déclara que c'était là « un acte de partialité révoltante et un défi lancé non seulement à nos compatriotes métis du Nord-Ouest, mais encore et tout particulièrement aux populations de langue française du Canida tout entier; défi dont il faudra faire rendre un compte rigoureux à nos gouvernants. »

Les journaux firent une campagne en faveur du condamné. La Patrie, journal édité à Montréal, publia notamment la note suivante : Ce qu’on poursuit par la mort de Riel, ce n’est pas la répression d’une violation de la loi; c’est une politique de terreur et d’anéantissement des métis dans le Nord-Ouest. On veut en finir avec ces gens qui nesont pas Anglais et qui seraient capables de rêver, du côté du Pacifique, une petite province de Québec. Des Canadiens dans le Nord-Ouest, il n’en faut pas ! Et si quelqu’un avait envie de croire le contraire, le gibet de Riel se chargera de lui apprendre de quel côté est le droit du plus fort. Reste à savoir si les Canadiens de la province de Québec seront disposés à assister tranquillement à l'exécution de leur race en la personne de Riel! Ce n’est pas seulement une question de justice et d'humanité, c’est une question nationale, »

Tous ces articles, ces réunions et cette agitation faisaient hésiter le gouvernement canadien. Le 23 octobre, le Cabinet se réunit à Ottawa pour examiner s’il ne conviendrait pas de nommer une commission en vue de faire une enquête sur l’état mental de L, Riel.

C’eût été là une solution qui aurait permis de ne pas donner suite au jugement. On nomma en effet une commission composée de trois méd2cins : un Canadien Anglais, un Canadien Français et un Américain des États-Unis. Le résultat fut négatif.

On espérait encore que le gouvernement anglais n’oserait pas exécuter la sentence rendue contre Riel. Cette espérance fut déçue. Le 22 novembre, à huit heures du soir, un messager spécial arriva à Regina. Il était porteur de l’ordre d’exécution. Une heure après le shérif nommé Chapleau se rendit dans la cellule du prisonnier et lui donna lecture de l’ordre. Riel écouta la lecture de la sentence et ne manifesta aucune émotion. Il était très calme et il remercia le shérif des égards qu’il lui avait témoignés. [l exprima en mème temps le désir que son corps fût enterré dans le cimetière de Saint-Boniface à Winnipeg. Il dormit toute la nuit suivante d’un profond sommeil. Les précautions les plus minutieuses avaient éié prises pour la garde des casernes, où le condamné était enfermé. L'entrée en avait été absolument interdite. Le 16 au point du jour il fut conduit au supplice. Il portait un surtout de laine, un pantalon gris, une chemise de laine et des mocassins. Son calme ne se démentit pas un instant et il se dirigea de lui même vers l’exécuteur des hautes œuvres. Son intention première avait été de faire un discours, mais au moment de monter sur l'échafaud, il y renonça sur les instances du père André qui l’accompagnait. Il est mort sans faiblesse et presque sans confusion. Une vingtaine de spectateurs tout au plus assistaient à l'exécution. Le coroner, après

que la mort eut été constatée, prit possession du corps et rendit le verdict d'usage.

Des dépêches postérieures du Times annoncèrent que la nouvelle de l'exécution de Riel causa une certaine agitation parmi les Français de Québec et de Montréal. En réalité l’agitation fut grande, les affaires furent suspendues partout, le drapeau tricolore fut hissé à mimât en signe de deuil public. Cinq cents étudiants français parcoururent la ville portant le drapeau national et chantant la marseillaise. Un meeting eut lieu au champ de mars et on y brûla en effigie sir John Macdonald, le Gouverneur général du Canada, aux pieds de la statue de la reine Victoria. La police ayant voulu intervenir, le peuple se mutina et échangea quelques coups de feu avec elle. Il y eut plusieurs blessés.

Une souscription nationale fut ouverte pour venir en aide à la veuve et aux orphelins de Riel. M. H. Beaugrand, chevalier de la Légion d'Honneur et maire de Montréal, s’inscrivit en tête de la liste sur laquelle figuraient également les noms de MM. S. Rivard, ancien maire ; Cloran, rédacteur du Post ; Grenier, président de la Banque du peuple; Massen, directeur de la Banque des marchands; G.-W. Parent, Leclaire, Dupuis, etc.

Notre confrère des Débats M. de Molinari a eu l’occasion dans son récent voyage au Canada de visiter la famille de Riel qui habite la paroisse de Saint-Vital à quelques milles de Ouinipeg.

Cette famille si durement éprouvée se compose de la mère du condamné, de sa femme et de ses deux enfants.

Tous demeurent dans la même habitation, une modeste maison en bois, isolée au milieu de défrichements.

On nous reçoit dans une chambre à coucher simplement crépie à la chaux, qui est la pièce principale du logis. |

Elle est garnie de trois grands lits à la tête desquels sont suspendus comme des hamiacs des berceaux que les mères balancent pendant la nuit au moyen d’un cordon.

Une armoire, quelques chaises en bois, des portraits de Riel et de Mf Taché, des images de piété, voilà tout le mobilier et la décoration de ce pauvre intérieur.

On ne peut pas reprocher du moins à Riel d’avoir enrichi sa famille.

La mère du prophète est absente ; on la dit très intelligente et d’une grande piété ; sa femme, petite, maigre, timide, a de beaux yeux noirs, éclairant une physionomie touchante et triste ; elle est vêtue de deuil : ses deux enfants, âgés de six à huit ans, ont les yeux de leur mère ; l’ainé a l’air intelligent ct résolu ; le frère de Rielet sa sœur sont de beaux et vigoureux spécimens de la race métisse. C’est un monde de bonnes et simples gens. Ils ne font entendre aucune récrimination, aucune plainte el nous remercient en des termes émus de notre visite. Nous les quittons le cœur serré, en souhaitant que l'événement ne vienne point justifier la profonde;inquiétude à jaquelle est visiblement en proie cette pauvre famille du condamné de Régina.

Riel, Gil Blas du 19 nov. 1885 (paru le mercredi 18.)

M. Joseph Tassé, député au Parlement Canadien et rédacteur en chef du journal la Minerve a exposé dans une lettre insérée dans son journal les rapports actuels de son pays avec l’Angleterre. L'intervention de celle-ci, dit-il, se fait de plus en plus rare et le Canada côtoie son indépendance : « Autrefois, nous avons eu beaucoup à nous plaindre de l'Angleterre. Notre pays était un peu administré comme l'Irlande, c’est-à-dire fort mal. Un beau jour, nos paysans, las d’un régime vexatoire, trouèrent de balles l’Union Jack (le drapeau anglais). Mais ce temps n’est plus. Le même oripeau, ils l'ont vaillamment soutenu depuis. Aux jours de fêtes, ils l’arborent à côté des couleurs françaises.

Du lien colonial, nous en avons tous les avantages, le protectorat anglais notamment, après en avoir supprimé à peu près tous les inconvénients. Nous pouvons ainsi grandir aux côtés du géant Américain sans crainte d’être étouffés par lui. Cette crainte pourrait n’être pas puérile pour qui sait le sort de la Louisiane. « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer, »

Ce lien peut être rompu d’un cemmun accord le jour où nous le voudrons. Véritable mariage libre. C’est du moins ce que nous a insinué naguère le gouvernement Gladstone. IL est possible que l’on ne se presse pas de renouveler cette invitation,

Baouez. — Claue Baduelli oratio funebris in funere Floretæ Sarresiæ habita.… Oraison funèbre de Florète de Sarrat, épouse de Jean de Montcalm..., prononcée à ses obsèques par Claude Baduel. Quelques épitaphes de la même. Nouvelle traduction par V. F.S. J. A.T.C. D. M. Montpellier. A. Ricard, 1829, in-8’ (réimpression à 50 exempl, de l'édition de Lyon. Étienne Lolet, 1542).

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