‹ les grands hommes en robe chambre cesarChapitre 26 sur 26 · CHAPITRE TRBNTB-HOITIÈHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRBNTB-HOITIÈHI

XXXYIU

Ainsi, sous les empereurs, le suicide est devenu lè grand reuiède à tous les maux, la panacée universelle de* toutes les douleurs ; c'est la consolation du pauvre ; c'est la vengeance du proscrit lassé de sa captivité; c'est la fdîle deî*ôme de sa prison.

C'est loui, jusqu'au remède à la satiété du riche.

L'homme du peuple n'a plus de pain ; que fait-il? demandez-le à Horace : il s'enveloppe la tète de son manteau déchiré, et, du haut du pont Fabricius, se jette dans le Tibre.

Le gladiateur ne trouve pas la mort du cirque assez prompte; que fait-il? demandez-le à Sénèque : il passe sa tète entre les jantes du chariot qui le conduit^ et la roue y en tournant, lui brisé la colonne vertébrale.

Puis, la mort volontaire est parfois de

Topposltion au gouvernement

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On envie, on glorifie, on admire ceux qui font fraude de leurs corps à Tibère ou à Néron.

Crémonius Cordus, accusé sous Tibère, se laisse mourir de faim, et il y a joie publique de voir les loups dévorants refermer à vide leurs mâchoires entre lesquelles ils croyaient le bréyer.

Pétrone, invité par Néron à mourir, s'étend dans le bain, se fait ouvrir les veines, cause avec ses amis, se rappelle un beau vase murrbin dont héritera Néron s'il n'y met bon ordre : il: se fait bander les bras et les pieds, fait apporter le vase, le fait briser devant lui, et, se faisant enlever les

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bandages, ii»euri tool Jcuyem dki «rtte petite vengeance.

Il n'y a pas jusqu'à l'homme blasé qui ne cherche dans la mort un adoucîsaement à ses dégoûts : Fastidmè tnori, dit Sénèque.

C'est Sénèque surtout qtr^tt ftmt êtttàiéi* sur ce sujet; il ne tarit pas ; on dirait que lui ftussi, un jour, U épuiseraJes âpras voluptés du suicide.

Rotee a le spleen ; ce dieu fêtai qoi

plane au-dessus de Londres -^ Lcmdres n'a pas de couvents depuis Henri VIII — cé éîeu fatftl qm plane au'^ssus de îxmàreA

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couché sur ud lit ée brouiikrd^ a des autels à Rome.

« Il y a, dit Sénèquoi une étrange ma&iâ de néant, une fantaisie de la joaort^ une inclination folie vers le suicide ; les lâches n'y échappent pas et en sont atteints comme les braves : les uns se tuent par mépris, les autres par lassitude de la vie ; d'autres sont purement et simplement ennuyés de faire toujours la même chose et de recommencer aujourd'hui la vie d'hier et demain la vie d'aujourd'hui.

» Et, en effet, ne faut-il pas une fin à cette monotone existence :

5Ôi IJES GKANDS IIOMM|»

» Se réveiller, se rendormir, avoir froid^ avoir chaud ; rien n'est fini ; le même

cercle tourne sans, cesse et revient toujours. La nuit succède au jour, Fêté amène l'automne, l'hiver le printemps ; toujours c'est la même chose; tout passe pour revenir : rien de nouveau sous le soleil. »

Enfin beaucoup meurent ou plutôt se tuent, non parce que la vie leur est dure, mais parce que la vie leur est superflue :

Quitus non vivere durum, $ed superfluum.

Le suicide est tellement devenu un accident de la vie, un accident prévu, un accident ordinaire, qu'on le discute, qu'on le raisonne, qu'on le conseille.

EH mifM ï» CHAWIAK 50^

U pas^o 1^ Vtt»prit d'uA bomoie l'idée dô. S9 tuer, seulenu^t iJ. n'y est pas tout à fait décidé efxcofe. U ass^ecnble ses amis, ill«ftCQBSuUe9 iL ya à la majorité des voix«

La i9^)ont4 de;^ voix est {)our la sui<

Impossible qu'on en arrive à ce degré d'immoralités

Exampld

(Cet exemple, c'est toujours Sénèque qui nous le fournit).

S06 us GHAN1>S H0WME9

« TuIIius Marcellinus, attaqué d'une maladie longue et ^uloureui^, mais non incurable, eut l'idée de se donner la mort ; en conséquence, il rassembla quelques amis. Les uns, lâches et timides, lui donn aient le conseil qu'ils se fussent donné à eux-mêmes; d'autres, en vrais flatteurs, celui qu'ils supposaient que désirait Marceliinus. Mais, continue Sénèque, un stoïcien, notre ami, homme supérieur, homme courageux, lui parla tout autrement :

» — Ne te trouble pas, Mart^ettîniis^ lui dit-il, comme s'il s'agissait d'une question importante; vivre est-il donc un si grand bien ? les esclaves et les animaux vivent aussi. La grande affaire, c^est de

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mourir avec sagesse et avec courage. N'y a*t«il pas assez longtemps que tu vis? La nourriture; le sommeil .et le plaisir des sens, n'est-ce pas toujours la même chose?

On peut vouloir mourir non-seulement par raùan, par courage, par lassitude, par soulSfrance, mais encore par ennui. »

Lecteurs, chrétiens, que dites-vous de cet homme supérieur, de cetiiomme courageux, de cet ami de TuUius Marcellinus?

Attendez, ce n'est pas le tout, et le philosophe ne s'en tient pas là.

i(()8 LÉS ORANDB HOMMES

f( Les esclaves hésitmt à servir ]b àèsh sein de leur maître- Il leur rend le owir rage, il les pousse, il Us excite.

» ^ Bon, dit41, que eraignçzwviMis?

rien n'ést à onândre. pour l0s osdavis quand la mort de leur maître est volon^ taire ; mais, je vous en préviens, il y a un crime égal à donner la mort à son maître ou^ Tempêcher de se la donner. *

Vous croyez que Sénèque nous cite là un exemple isolé ?

Point.

EN non Dfi GUAMBU SOd

La tante de Libon conseille à soa fils dô »è tuer ; id mèi^e de M&s6iliD6 le consolé à sa ûlle; Àtticus annonce m tooîi à Si& famille; le rhéteur Albutius "ilus harangue le peuple et lui expose les motifs qui le déterminent a mettre fin à se vi^j Cooceïus Nervas se tue malgré Tibère; ïhraséas donne un exemple admiré par Tacite.

«t II est certain, dit Mooliesquieu, que les ^oin{Ae& sofit dorenua b^qîds libres et mQifi9 Dqurfkgou)^ depuis qu'ils m savent plus, par la puissance du suicid^^i éch^p^ per à toute autre puissance. »

11 0|t vrai que y daas M» livre de la

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Grandeur et de la Décadence des Romains, Montesquieu semble regretter les combats de gladiateurs.

Voyez plutôt :

« Depuis rétablissement du 'christianisme, les combats devinrent rares. Constantin défendit d'en donner. Ils furent complétement abolis par Honorius ; comme il paraît eiicôte, par Théodoret et Othon le Frisingue.

» Les Romains ne retinrent de leurs anciens spectacles que ce qui pouvait

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affaiblir le cooragé et servir d'attrait à la volupté. >

Et cependant^ tous ces philosophes étaient des disciples des écoles grecques ; et les Grecs défendaient le suicide.

€ Pythagore, dit Cicéron — de Senec-iute, -^ nous défend de quitter notre poste sans l'ordre du général, c'est-à-dire de Dieu. »

Et ifQXf^ verrons plvs tard que le pauvre

Cicéron, qui, pendant toute sa vie, n'avait

%H LB6 êliANAS HOMMES

cependant pais brillé par le courage, a'en est pas plus mal mort.

Platon^ dan^ ce PA^don. que lisait Caton avaiït 4© se tuer, . eist de l'ayi? de ï^thagore.

Brutu^, Brutus lui-même^ Brutus qui se

tuera, juge longteinps la mort de Caton

comme indigne de Lui, comme irrévérente envers les Dieux.

Et cependant, la bataille de Philippes )perdttë; il suivie l'èxeiuplë fatal <Sàiiài par Caton après h batMIlô de Tbaj^. '*

Ainsi) tout ce sang qui coule et qui va inonder Rome pendant trois siècles, tout ce sang sort des entrailles de Caton.

Et maintenant, admire Caton qui voudra !

rM DK LA TROISliMK PARTlK.

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