LES ARAM>S HOMMES
Juba, PetreiuS; Metellus et enfiû Gaton, ouvrirent la voie, Caion lai doonant la consécration que donne Thomme rigide à.
tout ce qu'il fait.
Cent ans plus tard , le suicide sera uae des plaies de Rome, et dispensera les empereurs d'avoir des bourreaux.
Puis le suicide du corps amènera le suicide de Tâme.
La religion chrétienne, qui, par bonheur, nous dispense d'admirer le suicide de Ga* ton y avait ouvert un grand refuge contre le suicide.
U( AOn M CUAMaRE SS5
Les couvents.
Arrivé au degré suprême du malheur, un homme se faisait moine : c'était une manière de s'ouvrir les veines, de s'asphyxier, de se brûler la cervelle sans se tuer.
Qui dit que M. dé Rançé, en trouvant madame de Montbazon morte , si les couvents n'eussent point existé, ne se fût pas pendu ou jeté par la fenêtre, au lieu de se laisser glisser dans ce gouffre sublime qu'on appelle la Trappe?
Pline, qu'on appelle l'Ancien, quoiqu'il ne soit pas mort vieux — né l'an 23 de
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Jésus-Christ, à Vérone, il mourut Tari 79 dans l'éruption de Pomiféi, à l'âge de cinquante-six ans , par conséquent — Pline, qu'on appelle l'Ânci^, est un dea homnwe chez lesquels il faut étudier le suicsiile^ .fila du fatalisme.
« L'homme, dit Pline, animal misérable et orgueilleux , que l'odeur d'une lampe mal éteinte suffit pour détruire dans le sein de sa mère ; jeté nu sur la terre nue, comme layé par des gémissements et par les pleurs, les larmes sont un de ses priviléges. Le rire ne lui est pas donné avant quarante jours. Il ne sent la vie que par des supplices, et son seul crime est d*être né. Seul, entre fous les anînaaUx, il n*a
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d'autre instinct que celui de pleurer. Seul il connaît l'ambition, la superstition, Tinquiétude de la sépulture, la préoccupation de ce qui sera après hii. Nul animal dont la vie soit plus frôle, les désirs plus ardents, la peur plus eflforée , la rage plus furieuse; la plus petite de ses douleurs n'est point compensée par la plus grande de ses joies. Sa vie, si courte, est encore abrégée par le sommeil qui en dévore la moitié; par la nuit, qui, sans sommeil, est un supplice; par l'enfance, qui vit sans penser; par la vieillesse, qui ne vit que pour souffrir; par les craintes, les maladies, les infirmités ; et cette brièveté de la vie est cependant le plus grand don que la nature lui ait accordé. Et cependant l'homme, ainsi fait, voudrait vivre davan-
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lage ; une passion d'immortalité le tourmente; il croit à son âme, à une autre vie; il adore les mânes; il prend soin des restes de son semblable. Rêve d'enfant I S'il se survit à lui-même^ il n'y aura donc jamais de repos pour lui. Le plm grand bien de la vie, la mort,^ la mort prompte et impérieuse, nous serait donc ôté, ou plutôt elle tious deviendrait cruelle, puisqu'elle ue ferait que nous conduire à de nouvelles douleurs; privés du bonheur suprême, qui serait celui de ne pas naître, nous n'aurions pas la seule consolation qui puisse nous être donnée, celle de rentrer dans le néant. Non, l'homme rentre au lieu d'oè il est sorti : il est après la mort ce qu'il était avant de naître. »
Connaissez-vous rien de plus désespé-
EN kobë de CHiMajui: iS^
r^nt et penchâDt plus au suicide que cette effroyable morale du néant.
Qu'il y a loin de là à cette douce consolation de la religion chrétienne qui nous promet une autre vie I — qu'il y a loin de là à cette condamnation du suicide, résumée dans un vers de Shakespeare :
S«q1 crime MDf pardon, étant taot repentir.
Aussi, Pline ajoute-t-il :
« Le culte de la Mort était le plus invoqué de tous les Dieux. )»
En effet, ce culte devient universel.
Yl 19
290 LES aiUffDS HIHffMBS
Les suicides ont éteroeUement à la bouche les noms de Caton et de Bnitus, et
c'est à ces deux noms, comme à deux colonnes de marbre noir, qu'ils scellent les battants de la porte qui mène à Tabîme sans fond qu'a visité Virgile vingt ans avant eux, et que visitera Dante douze cents ans plus tard.
Il y avait dans la mort de Tanliquilé une volupté funeste qui faisait qu'on se précipitait avec ardeur hors d'une vie où le plaisir était sans passion et sans joie.
Aussi, voyez les empereurs, qui peuvent tout : — à quoi s'occupent-ils, à quelques exceptions près? A creuser sans c'ôsse Va-
ES BQW HE GHAMiBB S9I
bigied3 folie dépravée dans laquelle ils se plongeaient. En même temps qu'Héliogabale prépare le suicide de son corps, en faisant tresser un Jacet de soie pourpre pour s'étrangler, en faisant paver une cour en porphyre pour s'y briser la tête, en faisant creuser une érneraude pour renfermer du poison,, il tuait son âme en la vautrant dans la débauche et dans le sang.
Donc, si nous adoptons cette effroyable conclusion de Pline, et les Romains l'adoptaient, si la mort est le suprême bien, et la vie la suprême douleur, pourquoi vivre, puisqu'on peut sî facilem'^nt mourir? Aussi, selon Phne, le suicide est-il la consolation de Rome, et malheureux le$
!^92 uns GlUNDS UO]^IM£S
Dieux immortels, s'écrie-t-il, qui n'ont pas contre le malheur cette suprême ressource que possède r homme.
Il est vrai qu'à son tour Lucain Tappuie, ou plutôt qu'il s'appuie sur Lucain, Lucain qui nie la Providence, qui dit que tout est conduit par le hasard, et qui regarde la mort un si grand bien, qu'iliait de la mort la récompense des hommes vertueux.
Mors utinam pavidos vitœ suhdueere nolles, Sed virlMS te sola daret !
La mort qu'il glorifie, non parce qu'elle délivre la vie de Tétreinte terrestre du corps, mais parce qu'elle endort la partie
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intelligente de Thomme, non parce qu'elle conduit son ombre dans FÉlysée, mais parce qu'elle éteint la flamme de sa pensée dans Tapathique repos du lettré.
Et Sénèque, non moins désespérant que Pline et Lucain, avec son ex nihilo nihiL
« De rien , rien , dit-il ; tout rentre au néant dont tout est sorti. Vous me demandez où vont les choses créées, elles vont où vont les choses non crées : Vbi non nata jacent. »
Oh I que ce n'est point ainsi que pense le cygne de Mantoue, le doux Virgile, le poète précur«eur*
204 LES GRANDS ffOMStES
— Heureux, dit-il, qui a pu connaître la source des, choses et qui a foulé aux pieds les rumeurs de VAchéron avare I
Puis, quand il voit d^ loin les suicidés^ il les voit si cruellement punis^ qu'ili mudraient dans le ciel élevé subir encore la cruelle pauvreté et porter les durs travam de la terre.
Quam vellent œthere in alto
Nunc etpauperiem et duras perferre iaborest
Et de quels suicidés voulait parler Vi^ gile, si ce n'est de Caton et de Brutus?
Voyez quel immense pas l'athéisme a
fait entre Virgile et Lucain, c'est-à-dire'
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dans l'espacç d'un demi-siècle à peine; entre Virgile , qui , ayant entrevu la lumière éternelle , veut Gonna|tre la source des choses, estîncessamn^ent tourmenté par le bruit de cet Achéron avare qui roule sous ses pieds, qui impose aux suicidés de tels tourments qu'ils voudraient bien redescendre sur la terre, ^dussent-ils y reprendre leur fardeau de douleur ; et Lucain, qui fait du suicide la suprême vertu; qui, en souvenir sans doute du meurtre de Petreius par Juba, dans leur combat suprême, montre deux frénétiques qui se convient aux charmes d'un mutuel assassinat, et reçoivent des coups d'épée avec bonheur, les rendent avec reconnaissance.
Bt eum cui vuinera prima Debebai grato morims inUrficit ictu.
âl)6 LES OU. HOMMES EN ROBE U CHAMBRE
Aussi, CatoD suicidé lui iospire-t-il son plus beau vers :
CantaiUsvietrîxpItiemkMêênieiëCaUmi,
La cause victorieuse plut aux dieux^ mais la cause yaincue à Gaton.