CHAPITRE QiJiNZIEBfË
Nous espérons que le lecteur, qui nous suit dans cette étude, apprécie de plus en plus le caractère de ces deux hommes, de sorte que, lorsque rivaux ils se trouveront em fooe ï^a de l'autre^ leurs actes suffiront
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et n'auront plus besoin de commentaires.
Au reste, si Pompée hésita d'accepter le commandement, l'hésitation ne fut pas longue.
Il rassembla ses vaisseaux, rappela ses gens de guerre, manda près de lui les rois et les princes compris dans l'étendue de son gouvernement, entra en Asie et débuta, comme d'habitude, par bouleverser tout ce qu'avait fait son prédécesseur.
Et, qu'on ne l'oublie pas, ce prédécesseur était LucuUus, c'est-à-dire un des hommes les plus considérables de la République.
Lucullus entendit bientôt dire que Pom-
EN ROBE DE CHABIBRE îi
pée ne laissait rien subsister de ce qu'il avait fait, qu'il reiùetlait les peines, enlevait les récompenses, disant et prouvant enfin que Lucullus n'était plus rien, et que lui seul était tout.
Lucullus n'était pas homme à boire ainsi cette liqueur que Ton appelle le mépris.
Il fit par des amis communs porter ses plaintes à Pompée, et il fut convenu que les deux généraux auraient une conférence et que cette conférence aurait lieu en Galatie.
Ils s'avancèrent donc au-devant l'un de l'autre, les licteurs portant les faisceaux, et> comme c'étaient dhs vainqueurs d«
6 LBS GBAND£ OOlillES
Tune et de Vautt^ part, les feisceaiik étaient entourés de feranches de lauri^.
Or, il arriva ceci.
C'est que Lu^cuUus arrivant d'un pays fertile, et Pompée, tout au contraire, d'un pays aride et sans arbres, les lauriers des licteurs de Lucullus étaient frais et verdoyants, tandis que ceux des licteurs de Pompée étaient jaunes et desséchés.
Ce que voyant les licteurs de Lucullus, ils donnèrent aux licteurs de Pompée la moitié de leurs lauriers fraîchement cueillis.
A lA Vue dfe fe€ttè toàrtôîsîè, îqucîcïuêsj-
«tos soiirtlrent.
tS ftOBE Di: CHÂlteM! 7
— Bon ! dirent-ils, voilà entîore une fois Pompée qtii se couronne des lauriers qtf il B^a pas cueillis.
L'entrevue, qui fut d'abord courtoise tet pleine de eonvenance, dégénéra bientôt çD UQe discussion ejt la discussion en dispute.
Pompée reprocha son avarice à Lucullus.
LucuDiïs reprocha son ambition K Pompée.
Celui-d^ oubliant les ctomplimeats quH . venait de faire à son rival, décria bientôt ses victoires.
~ Belles Victoires ! disait Pompée, que
celles remportées sur les armées de deux rois qui , voyant que Tor ne sert de rien, ont recours enfin à Tépée et au bouclier : Lucullus a vaincu Tor, il me laisse à combattre le fer.
— Cette fois encore, disait Lucullus de son côté, rhabile et prudent Pompée agit selon ses habitudes ; il arrive lorsqu'il ne reste plus qu'un fantôme à vaincre ; il fait dans la guerre de Mithridate ce qu'il a fait dans celle de Lepidus, de Sertorius, de Spartacus, dont il s'est attribué les défaites, quoique ces défaites fussent l'ouvrage de Metellus, de Catulus et de Grassus.
Est-ce que Pompée ne serait, à tout prendre, qu'un oiseau lâche, une espèce de vautour qui serait accoutumé. à se ^eter
sur les corps qu'il n'a pas tués, une manière d'hyène et de loup déchirant à belles dents des restes de guerre?
Privé de tout commandement, n'ayant plus que dix-huit cents hommes qui consentissent à lui obéir, LucuUus revint à Rome.
Quant à Pompée, il se mit à la poursuite de Milhridate.
Il faut suivre, dans Plutarque, cette longue et rude campagne où la ruse lutte constamment contre la force, où Mithridate, enfermé dans des murailles que Pompée bâtit autour de lui, tue les malades et tous les hommes inutiles, et disparaît sans qu'on sache quels oiseaux ont prêté
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leurs ailos à ses soldats pour qu'ils s'envolent pîar*dessus les murs.
Alors Pompée le poursuit.
Il r.atteint près de TEuphrate, au moment où Mithridate rêve que, naviguant sur le Pont-Euxin par un vent favorable, et apercevant déjà le Bosphore, tout à €oup soa oAvjire se brise sous ses {Âajb, et ne lui laisse qu'une esparre pow se soutor nir sur les flots.
Il en est là de son rêv^ quand ses géné-^ raux entrent dai)@ ^ tente tout effarés et lui crient :
— Les Romains I
Alors il fout se résoudre è combattre.
£n bom: m: chambre ( I
On court aux arBaes, on se range en bataille.
Mais tout est conti^e le malheureux roi du Pont.
Lefi soldats de Pompée ont la lune der-*nère ié dm; Hteii résiilte que feurs ombres ^nandissbnt dëmémrément.
Les soldats de Mithridate prennent cette ombre qui s'avance vers eux pour les premiers liangs des Romains ; ils lancent leurs flèches et leurs javelots, qui frapptnt le Vide.
Pompée s'aperçoit de l'erreur des Bar*bareSy et les fait charger en poussant de grtnés cri6 : cenx-^i n'osent pas même
Tattendre; il leur tue ou leur noie dix mille hommes, et s'empare de leur camp.
Où est Mithridate?
Dès le commencement du combat, Mithridate , avec huit cents esclaves lancés au galop, s'est fait jour à travers l'armée romaine : il est vrai qu'arrivés de l'autre côté, ses huit cents cavaUers sont réduits à trois.
Deux de ces trois survivants sont; l'un Mithridate lui-même, Hypsycratia, une de ses maîtresses , si brave , si vaillante , si courageuse, que le roi l'appelle, non plus Hypsicratia, mais Hypsicrate.
Ce jour*-là , vêtue d'un costuixie persan^
EN ROBE DE CHAMBRE \7i
montant un cheval perse, combattant avec des armes persanes, elle ne quitta pas une seconde le roi, qu'elle défendait de son côté, tandis que celui-ci la défendait luimême.
Au bout de trois jours de cpurses à travers le pays, trois jours pendant lesquels la vaillante amazone servit le roi, veilla sur son sommeil, pansa son cheval; — au bout de trois jours, tandis que Mithridate dormait, on arriva à la forteresse d'Inova, où étaient ses trésors et ses effets les plus précieux.
On était sauvé 1
Momentanément, du moins.
14 tM& Q^VLkiiÙh U€EM]f£»
Mais Mithridate comprefiftit que^ c'était la dernière balte avâol à'ànPHsr à k tombe.
Il fit ses suprêmes largesses^ partageaQt entre ceux qui lui étaient restés fidèles :
L'argent d'abord,
Les vêtiments ensuite^
Enfin, le poison.
Chacun le quitta riche comme un Sa^ tfape, sûr de sa vie si Fon vivait, sûr de sa mort si Ton voulait mourir.
Puis il partit pour TArménie.
Il comptait sur son allié Tigrane.
Tigrane, non-seulement lui refusa Ten-
EH aCXpJi; liE CHAMBRE 15
trée dç ses États, mais mit sa tête à prix à cent taleuit^.
Mithridate remonta rEuphrate^ le passa à s« som^ce, et s'eafonça dans la Cckbide.
Pendant ce temps, Pompée entrait en Arménie.
Pendant que Tigrane fermait ses États à Mithridate, son fils les ouvrait aux Romains.
Pompée et lui recevaient les villes qui se soumettaient, lorsque le vieux Tigrane, que LucuUus venait de battre, apprenant la mésintelligence qui régnait entre les deux généraux, eut espoir dans ce qu'on lui avait dit du caractère facile de Pom-
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pée^ et apparut un matin, avec ses parents et ses amis, en vue du camp romain.
Mais, à rentrée de ce camp, il rencontra deux licteurs de Pompée qui lui ordonnèrent dç descendre de cheval et de continuer sa route a pied.
Nul roi ennemi n'était jamais entré à cheval dans le camp des Romains.
Tigrane fit plus.
En signe de soumission, il 6ta son épée et la donna aux licteurs.
Puis, quand il fut devant Pompée, il détacha son diadème qu'il mit à ses pieds.
Mais Pompée le prévint.
Il pril Tigrane par la main, le conduisit dans sa tente et le fit asseoir à sa droite^ tandis que son fils s'asseyait à sa gauche.
— Tigrane, lui dit-il alors, c'est à LucuUus que vous devez les pertes que vous avez faites jusqu'à présent; c'est lui qui vous a enlevé la Syrie, la Phénicie, la Galatie et la Sophène.
Je vous laisse, moi, tout ce que vous aviez lorsque je suis entré dans vos Etats, à la condition que vous payerez aux Romainç six mille talents, pour réparer le tort que vous leur avez fait.
Votre fils gouvernera le royaume de Sophène.
Il ' 2
18 LES am. HOMMES EN HOBE DE CHAMBRE
Tigrane, eochanté, promit i chaque soldat une demi-mine^ dix mines à chaque
centurion, et un talept à .chaque tribun.
Mais son fils, qui avait cru recevoir l'héritage de son père, qu'il avait trahi, fut moins enchanté du partage, et aux envoyés qui venaient de la part de Pompée Tiaviter à souper, il répondit :
— Grand merci à votre général des honneurs qu'il me fait ; mais je oonnois quelqu'un qui me traitera mieux que lui.
Dix minutes après , le jeunç T|grane était arrêté, chargé de chaînes, et réservé pour le triomphe.