CHAPITRE SEIZIEME
Pompée se remit à la poursuite de Mithridate.
n bat quarante mille Albanais, leur tue neuf^ille hommes, leur fait dix mille prifionniersy et entre dans la Colchide*
22 LES OllANDS HOmiES
Il apprend que derrière lui les Albanais se réforment, il revient alors sur ses pas, repasse le Cyrnus, les trouve rangés en bataille sur les bords du fleuve Àbas, au nombre de soixante mille hommes de pied et de douze mille chevaux, force leurs palissades, tue d'un coup de lance le frère de leur roi, qui venait de le blesser d'un coup de javelot; chasse comme une poussière toute cette multitude devant lui, se dirige vers la mer Caspienne à travers THircanie; mais quand il n'est plus qu'à trois journées, forcé de rétrograder à cau^e de la ghnde qtmiiti'té- de* âerïTeuts qu'il rencontre, et qui semblent; CCfiùttit les dragons (fVoîcho^ eï <îes Bfesf»éVidbs, gdwîerdë^pays'faïrtïieûï, if h^rë^ë éétiih la petite Af méilie, rëfivoîô à leurs {)8fflents"
toutes les femmes de Mithridate tombées entre ses mains, reçoit de Slratonice, sa favorite, les clés du château où le roi de Ponf a renfermé toutes ses richesses; fait la dîme de Rome, la part du triomphe, et lui laissé le reste ; remet au^ questeurs, pour le trésor public, une table, un trône et un fit d'or massif; trouve dans lechâteau de Cenon les papiers de Mithridate, s'assure, par leur inspection, que le roi de Pont a assassiné plusieurs personnes, et entre autres son fils Ariarathe et celui de taîdis, qui avait remporté sur lui le prix de la course des chevaux; redescend vers la ville d^Âmisus, et prend enfîrt la résolutîbn de reconquérir la Syrie et de pénétrer à travers FArabie jusqu'à ïa mer Rouge. S'il réussissait, il aurait donné, au nord
2i LES GRANDS HOMM£S
et à Test, la mer d'Hyrcanie pour borne à ses conquêtes, et au sud et à Touest, la mer Rouge, la mer extérieure et la mer Atlantique, ce qu'aucun conquérant n'avait fait avant lui.
En conséquence, il laisse Mithridate derrière lui, marche au sud, reçoit la soumission du roi de l'Arabie Pélrée, marche sur sa capitale, et, un matin, qu'il s'exerce à faire manœuvrer son cheval hors de la ligne de son camp, voit accourir un courrier qui, en signe d'heureuse nouvelle, a la pointe de-sa javeline entourée de lauriers. Pompée lit des lettres qui lui apprennent que Mithridate s'est empoisonné et que son fils Pharnace a pris, au nom du peuple romain, possession des États de son père.
£N BOBE D£ CHAMBBË i5
C'était, en effet, une bonne nouvelle, d'autant meilleure, qu'elle était inattendue.
11 lève aussitôt son camp , abandonne SQn projet de pénétrer jusqu'à la mer Rouge, traverse les provinces qui le séparent de la Galatie, rentre à Àmisus, y trouve les présents que lui envoie Pharnace, et, parmi ces présents, les plus précieux, les corps morts de plusieurs princes du sang royal, faisant cortège à celui de MitHridate.
C'était la première fois qu'un fils envoyait au vainqueur, en signe de soumission, le cadavre de son père;
Pompée fut, sinon plus pieux, du moins
plus superstitieux; il refusa de recevoir le cadavre et Te renvoya à Sinope.
Seulement il admira la rictfcesse de ses vêtements et la beauté de ses arm^s.
I^harnace reçut le corps que lui renvoyait Pompée, mais le baudrier et le diadème manquaient.
Ler bftûrff ?eir avait été volé par un ciBi*-^ tà^iri Publias^ et le diadème ^r \xn nommé Caïus.
11 dénonça ce vel à Pompée^ qui les^ fit punir tou& les deux- '•
Puis alors, Pompée revient â Rome ; passe à Mythilène ; déclare la ville libre, assiste au combat des poètes, (ait dessiner le plan
EN ROBE DE CIIAMBIŒ i7
du Ibéâfre pour etï hèlîf un pareil à Rome; passe à Rhodes, s-y arrête pour écouler les sophistes, leur doïirre^ à chatuA an talent, fait présent à Athènes de cinquante talents applicables à la réparation de monuménts, ef met enfin te pie^rf en Italie, où il apprend que sa femme Mucia est la maîtresse de César.
Cette nouvelle ne l'arrête que le temps de faire dresser un acte de divorce, qui le précède à Rome.
Rome était en grand tumulte, non point à cause des amours ée C&sat' avec Mtoéia, mais parce qu'on avait dit que Pompée altaSt rentrer dansla^vaie aVeC ^ïï ôrhïée, et s^ômparer du pouvoir souverain.
28 LES GIUNDS HOMMES
C'était Grassus surtout qui avait répandu ce bruit et qui lui donnait de la consistance en sortant de Rome avec ses enfants et ses trésors.
Pompée apprit en province la terreur qu'il inspirait.
11 réunit à l'instant même ses soldats près de lui, les remercia de leurs services et les pria de se disperser dans leurs foyers respectifs, tout en n'oubliant pas de se réunir de nouveau à Rome pour le jour du triomphe. '
Les soldats lui obéirent.
Mais alors il arriva une chose merveil^ leuse, c'est que ce ne fut plus son armée,
ttiais les villes entières qui lui firent escorte, de sorte qu'il entra à Rome' avec de plus grandes forces civiles, si Ton peut dire ceci, que les forces militaires qu'il avait ramenées, et qu'il eût pu faire, par la province, tout ce qu'il eût voulu faire à Rome.
La loi ne permettait pas au vainqueur d'entrer dans Rome avant le triomphe.
Mais comme on était sur le point de réélire les consuls, et que lui. Pompée, favorisait l'élection de Pison,il envoya prier le sénat de différer cette élection, afin qu'ayant triomphé, il pût entrer dans Rome et solliciter en personne.
Mais Caton s'opposa à ce qu'on lui ac-
.50 ^E^ 9>iAM>!» y.9pffs
cordât cette iaymv, ef, sçi .denia^cje f iji r^e^ jetée.
Peut-être Pompée eut-il quelque rancune au cœur qu'on repoussât ainsi son premier désir, après les' immenses services qu'il venait de rendre à la république.
Wea-seulemeirt il di&simula Wmpressien reçue, mais, professant hautement la plus grande ad«ii ration pour <îaton , il M fit demander sa double allianee, en im étonnant pour femme une de ses fiiles et en donnant l'autre à son fils.
Mais Caton vit sans dpgilte ^? J'bWRewr que lui faisait Pompée un moyen employé par lui de le corrompre et de s'assurer son
appui, et il refusa^ au grand regret de sa femme et de sa sœur, qui ne lui pardonnaient pas de refuser une pareiUe alliance.
Pompée, ne pouvant entrer dans la ville, attira les tribus hors des murailles, et publiquement répandit For à foison dans rintérêt de son protégé,
La chose cette fois se fit si ouvertement, qu'il y eut scandale; jugez de ce qu'elle devait être après les élections de César.
Alors, au milieu du blâme que les citoyens répandirent sur Pompée, Caton triompha.
— Voilà, dit-il, à safeoMne.et à sa fîUe, -voilà la honte que l'alliance de Pompée nous eût fait partager.
Enfin le jour du triomphe arriva.
Ou plutôt les jours du triomphe arrivèrent, car cette fois il dura quarante-huit heures, il resta hors de Rome tant de magnificences, qu'elles eussent Suffi à un second triomphe.
Le char du vainqueur était précédé de grands écriteaux qui portaient les noms des nations conquises.
C'étaient le Pont, l'Arménie, la Cappadoce, la Paphlagonie, la Médie, la Colchide, ribérie, l'Albanie, la Syrie, la Cilicie, la Mésopotamie, la Phénicie, la Palestine, la Judée, l'Arabie et la destruction des pirates sur terre et sur mer.
£N HOBS DS CHAMBRE 33
On lisait sur ces écriteaux que Pompée, dans ces divers royaumes, avait pris mille forteresses, neuf cents villes et huit cents
vaisseaux.
On lisait que les revenus publies, qui montaienl, avant Pompée, à cinquante millions de drachmes, avaient été portés par lui à quatre-vingt-cinq millions.
Enfin, qu*il avait versé dans le trésor public, tant en argent monnayé qu'en meubles d'or et d'argent, vingt mille talents, outre oé qu'il avait donné à ses soldats, dont les moins récompensés avaient reçu quinze cents drachmes.
Les prisonniers conduits à lu suitç du
triomphe étaient :
UU WANM
ri -^
Le fils de Tigrase, roi d'Arménie, avec sa femme et sa fille ;
Zozime, femme du vieux Tigrane ;
Aristobule, roi des Juifs ;
EafiD, la sϔir de Mithridate, avec cinq de ses enfanta
Mais ce qui n'était arrivé à aucun Romain avant Pompée, c'est qu'après avoir triomphé dans ses deux triomphes deis deux premières parties du monde, ii triom^ phait de la troisième dans celui-ci*
De sorte que, comme l'Amérique était encore inconnue, il semblait avoir, par ses trois triomphes^ subjugué l'Europe, l'Afrique et l'Asie. ' .
C'est-à-dire la terre entière.
Voilà dans quelles conditions de popularité et de force Pompée se retrouvait en face de Gésar, et allait entreprendre de lutter contre lui.