‹ LES GRANDS HOMMES EN ROBE DE CHAMBRE CESARChapitre 20 sur 25 · CHAPITRE l'iNGT-GINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'iNGT-GINQUIEME

Ce que Ton faisait dans les (fêtes de la éomm BÉesêB est difficiie à savoir.

tétait absolament défendu ^ux hommes d'y pèoôtrer, et les femmes avaient tou^

LES GHAxNDS HOMMES

intérêt, selon toute probabilité, à garder

le secret.

Les lins prétendent qu'on s'y livrait à des danses obscènes, les autres à des phallagogies imitées de celles de Thèbes et de Memphis.

Enfin Juvénal s'explique plus claire-

ment.

Mais, on le sait, Juvénal comme Boileau détestait les femmes.

Le lecteur une fois prévenu du peu de croyance que mérite Juvénal, répétons ce qu'il dit : n

i:n robe de chambre '215

Nota BooaB sécréta deœ, qaùni tibia lombos Incitât, et corna parller vinoqoe ferantur Attonitasy crinemqae rotant, olulantqa e Prîapi Msnadea. 0 (joantos tanc illis menlibas ardor (iOncobitos ! qo» vox saliente libidine! qaantai . llle mer! vetArla per crora madentia torrens ! Lenonam anclUas posita Lanfella corona.

ProTOcat, et tollit pendentis pramia coxa. Ipaa medollinaB Hrielom crissantis adorât. PalœaiD inter dominas virtos natalibns «qoat. Nil ibi per ladom minalabltor; omnia fient Ad Temin, quibos incendi jàm frlgidas s?o Laomedontiades et nesloris hemia possit.

Tune prurigo mone impatiens, tane femina simples.

Et toto pariter repetitus clamor ab antro : Jam fasest, admitte viros. Donnitat adalterf 111a jabet sampto jnvenem properare cacallo. SI nihil est, sertis incarritar : abstuleris spem Sertornm, veniet condoctas aqaaria : hic si Qoaeritur, et desanl homines, mora nulla per ipsam, Qno minus imposito clanem submittat asello.

}f4 Itf CWàNM HOAfMW

Faites-vous expliquer cela, mes belles lectrices, par vos maris ou vos confesseurs. Je ne me charge pas^ moi, de vous le traduire mot à mot.

Eh bien, on célébrait donc chez Césçr, ou plutôt cbe; Pompeîa,. femme de César, les mystèrift de cMte bmmB AAnw^ quand tout h «mp, le brtrit se répandît qn\in homme déguisé en femme avait été surpris au milieu des matrones.

Ce fut un immense scandale.

Voulez-vous savoir comment Gcéron rend çiompte de la cbosa à son aoû^iUUeus dans sa leltrt^eo date an 25î«vîfr 603?

« A propos, iî y a ici an^^flaine dflMre,

Eltf K^BE I}£ CKiMUKir 215

et je crains bien que ïa chdse li'aîïîe plus loin qu'eue n'en a l'air au premier ab'ofd. J6 peiïse que tu n'ignores pas qu'un bomme s*es( glissé, déguisé en femme, dans là fflaisdn dé CéSàr, et cela âu momem même ofr Ton offrait un sacrifice pour le peuple. Sî bîên (îue les vestales ont dû recomnidtteer k sacrifice, ^ que Cor- Bificius a déféré ce aaerilége au sériai. Cornificiiif^ ^nfeMdt-tii Men? ne va pas croire qu'aucun des nôtres ait pris l'initiative. Renvoi du sénat aux pontifes, déclaration des pontifes qu'il y avait sacrilège, et par conséquent lieu à poursuivre. Là-dessus, et en vertu du sénatus-consulte, les consuls publient un réquisitoire, et... et César répudïe sa femme, t Voilà donc la nouvelle qrfi occupait

216 LES GRANDS HOl^S

Rome vers le cocQmencemëht de janvier, soixante ans kpeu près avant Jésus-Christ, elle fit grand lovuiu comme on comprend bien, et pendant quelques jours fut l'objet de toutes les conversations , de toutes les chuchotteries y de ^us les cancans, comme nous dirions' aujourd'hui.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Cicéron, le plus grand cancanier de son temps, écrive la nouvelle à Atticus.

Mais c'est curieux, cependant, convenezen, de retrouver ce gigantesque bavardage qui agitait le Forum, le Champ-do-Mars , la via Regia, dans une lettre intime, écrite il y a tantôt deux mille ans.

Maintenant, cet homme surpris chez César, c'était Glodius.

Nous avons déjà dit quelques mots de cet illustre libertin, qui, dans une époque où vivaient César et Catilina, mérita le titre de roi des débauchés.

Nous avons déjà dit qu'il appartenait à la branche Pulcher, de la noble famille Claudia.

Nous*avons dit encore que Pukher veut dire beau.

Il avait été envoyé d'abord, on se le rappelle, contre les gladiateurs. Florus dit que ce fut Glodius Glaber, mais Tite-li ve dit Qôdus Pulcher, et nous nous rangeons à l'avis de Tite-Live .

Son expédition n'avait pas été heureuse;

SI8 LB GRANM HOXHES ^

puis, servant sous Lucullus^ son beaufrère, il avait fait révolter les légions de Luciillns en faveur de Pompée.

Qui avait pu porter Godius à se déclarer pour Pompée, en opposition avec son beati-frèrè ?

L'ambition? bon! c'était chose trop simple.

Voîei ee que l'oo répétait^ iioils alUons dire tout ba$^ mais noua nous rêfironoQS, $9Ut haut, voici ce que Ym répétait tout liauik de Ckdiuâ à Rome.

On répétait qu'il avait été l'amant de ses trois ^œms.

EN ROBS DE CHAMftIÏE 210

De Terentia, qui avait épousé Marcius Rex, n'oubliez pas. ce nom de Ihx^ Cicéron va y faire allusion tout à Fheure.

De Oaudiai^ mariée è Metellus Celeç, et qua Fou noDomait qitK^drantaria^ pafce qu'un de ses amants, lui ayant, promis ça échange de ses faveurs une bourse pleine cftyr, !ttï avait envoyé une bourse pleine de qttadrantSy c'est-à-dire de la plus petite monnaie de cuivre.

' Enfin de la pLas jeunQ^ ,qui avait époQsé LoGiiUus; OfP» ooi^iïie toalgré le mariage et l'inceste, on prétendait que cette HaisoD durait toujours, LucuUus avait eu une explication avec Clodîus; a la suite de cette expGcatîon, Clodîus avait trahi Lucullus.

2l0 LES GKANDS HOMMES

Ce n'est pas toujours propre quand on

regarde au fond des choses, mais au moins c'est presque toujours clair.

Disons en passant qu'il restait une quatrième sœur, non mariée, dont Cicéron était amoureux, et Terentia, femme de Gcéron, jalouse,

Maintenaifl, comment avait été pris Glodius?

Voici ce que l'on racontait à ce sujet.

Amoureux de Pompeia, il était entré chez elle sous un déguisement de musicienne.

Trè& jeune encore, ayant à peine de la barbe, il espérait n'être pas reconnu; mais

perdu dans les immenses corridors de la maison, il avait été rencontré par une suivante d'Âurelia, mère de César.

Alors il avait voulu fuir ; mais son mouvement par trop masculin avait trahi son sexe. Aura, c'était le nom de la* servante, Favait interrogé ; force avait été de répondre; la voix avait confirmé les soupçons déjà donnés par la brusquerie du mouvement; la servante avait appelé, les dames romames étaient accourues ; sachant de. quoi il était question, elles avaient fermé les pprtes; alors elles s étaient mises à chercher comme cherchent des femmes curieuses; enfin, elles avaient trouvé Clodius dans la chambre d'une jeune esclave qui était sa maîtresse.

Voilà l(Hi6 les déiaiU cpM €îeérci& m pouvait donner à AUîcuâi attendu qu'ils oa furent connus q[ae peu à peu ^e^P «a Sur at è

mesure que Ton instruisait le procès.

Or, quant à Ce procès, c'est par Cic^ron qu'il faut l'entendre raconter.

Cicéroft y déposa.

. Oicôron avfttt été atitapefois très fié »wc Ckrdius ; celui-ci favait servi avec beaucoup de tèle dans la conspiration die Catffina ; il 0 «'était rangé parmi ses gardes, et s'était élancé au premier rang de ces cAievaliers qui avaieni; voulu tuer€ésar.

Mais voici ce qui arrivait, juste au moment du procès.

Cliûérûii était ûmoureux de cette sœur de Clodius qui n'était point mariée encore.

Eile demeurait à quelques pas seul^nent de rilhistre orateur.

Quelques bruits d'une liaison entre Qaudia et son mari viennent âTerentia, femme absolue et jalouse^ qui avait une puissance entière sur son époux.

On lui avait dit que, fatigué de cette puissance, Cicéron voulait la répudier et prendre pour femme la sœur de Clodius.

Cicéron avait fait un voyafçe à Baïa, et Ton prétendait que c'était pour y voir tranquillemeot su maîtresse.

LES OBANDS HOMMB

Or, que disait Qodius pour sa justification?

n disait qu'au moment môma où rou prétendait qu'il avait été surpris dans la maison de César, il était à cent lieues de Rome.

Il voulait, comme on dit de nos jours, invoquer un alibi.

Or, Terentia, qui haïssait lajsœur, haïssait naturellement le frère.

Elle avait vu, la veille du jour où Clodius avait été surpris chez (Pompéia, elle avait vu Clodius entrer chez son mari.

Si Oodius était entré chez son mari la

£N ROBE DE GHilMBUE 225

veille des fêtes, il n'était pas à cent lieues de Rome le jour où ces fêtes avaient eu lieu.

Elle déclara à Cicéron que, s'il ne parlait pas, elle parlerait, elle.

Cicéron avait eu déjà force désagréments avec sa femme à cause de la sœur. 11 résolut, pour avoir la paix dans son ménage, de sacrifier le frère.

Il se présenta don(i comme témoin.

Cicéron, tout cancanier qu'il soit, ne dit pas tout cela, comme on le comprend bien, dans ses lettres à Atticus.

Mais Plutarque, qui naissait douze ans Il t.)

après les événements que nous racontons, c'est-à-dire quarante-huit ans avant Jésus- Christ, Plutarque, qui est presque aussi cancanier que Cicéron, les raconte, lui.

Cicéron, à son grand regret peut-être, s'était donc porté comme témoin contre Clodius, mais enfin il s'était porté.

Si le scandale de révéneraent avait été grand, le scandale du procès fut bien autre chose encore.

Plusieurs des premiers citoyens de Rome accusaient Clodius.

Les uns de parjure, les autres de friponnerie.

Luculius produisit des servantes qui déposèrent que Clodius avait eu commerce avec sa sœur, c'est-à-dire avec sa femme à lui, Luculius.

Clodius niait toujours le fait principal ; disait qu'il était à cent lieues de ;Home le jourdes fêtes de la bonne Déesse.

Quand Cicéron , se levant, vint lui donner un démenti et déclarer que, la veille de l'événement, il était venu chez lui, Cicéron, pour l'entretenir dejquelque affaire.

La déposition fut accablante.

Clodius ne s'y attendait pas : de la part d'un ami, delà part d'un homme qui courtisait sa sœur, le procédé était en effet quelque peu brutal.

228 LRS GRANDS HOMMES

Au reste, c'est Cicéron qu'il faut entendre raconter le procès ; il y met toute Ja baine d'un homme qui n'a pas la conscience bien nette.

Voici comment il parle des juges.

Notez bien que les juges sont des sénateurs .

« Jamais tripot ne réunit papeil monde : sénateurs souillés, chevaliers en guenilles^ tribuns gardiens du trésor couverts de dettes, décousus d'argent, et, au milieu de tout cela, quelques honnêtes gens que la récusation n'avait pu atteindre, siégeant l'œil morne, le deuil dans l'âme, la rpugeur au front. »

EN ROBJi: DE CU4MBR£ 229

El cependant, l'aspect de Tauguste assemblée était on ne peut plus défavorable à l'accusé.

Personne qui ne crût Glodius condamné d'avance.

Au moment où Cicéron acheva sa déposition, les amis de Glodius, indignés de ce qu'ils appelaient une trahison, éclatèrent en menaces.

Mais alors les sénateurs se levèrent, enveloppèrent Cicéron et montrèrent leur gorge du doigt, en signe qu'ils le défendraient au péril de leur vie.

Mais, à ces hommes qui montraient du

doigt Uur gorge, Crassus montra du doigt sa bourse.

€ 0 muse, s'écrie Cicéron, dites maintenant comment éclata ce grand incendie!

Vous connaissez le Chauve, mon cher Atlicus — le Chauve^ c'est Crassus — vous connaissez le Chauve, héritier des Nannius, mon panégyriste, qui fit autrefois en mon honneur un discours dont je vous ai dit un mot? Eh bien, voilà l'homme qui a tout conduit en deux jours, au moyen d'un seul esclave, vil esclave sorti d'une troupe de gladiateurs, il a promis, cautionné, donné bien plus, infamie ! il a donné l'appoint de son argent en belles filles et en jeunes garçons.»

Je gaze, notez bien.

EN BOBE D£ CHAMBUE 251

« Etiam nocles mulierum atque adolescentularum nubilùm intraduclionern non uUis judicibus pro mercedis cumulo fecerunt. »

Faites-vous encore expliquer cela, mes belles lectrices.

Sachez seulement que les juges, qui ne s'étaient laissé corrompre qu'à prix d'argent, furent réputés pour juges honnêtes.

Aussi, comme ils demandaient une garde pour s'en retoui*ner chez eux :

— Eh! leur cria Catulus, craignez- vous donc que l'on vous vole l'argent que vous avez reçu?

César, appelé pour témoigner contre

25l LES GR. HOMMES KN ROBE DE CHAMBRE

Qodius avait répondu qu'il n'avait rien à déposer.

— Mais, lui avait crié Cicéron, tu as ré- ^ pudié ta femme, cependant.

— J'ai répudié ina femme, répondit César, non point parce que je la croyais coupable, mais parce que la femme de César ne doit pas même être soupçonnée I

Il va sans dire que Glodius fut acquitté.

Voyons quelles furent les suites de cet acquittement.

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