CHAPITRE VINGT-SIXIEME
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D'abord^ un grand trouble sur la place publique*
ClodiuS; acquitté après une accusation qui entraînait l'exil s'il eût été condamné^ était bien plus fort qu'auparavant) du mo* ment où il restait impuni.
Son absolution fut un triomphe.
Vingt-cinq juges avaient tenu bon, et, au risque de ce qui pouvait leur en arriver, avaient condamné.
— Mais trente-un, dit Qcéron, avaient craint davantage la faim que la honte, — et avaient absous.
Ainsi, le mouvement conservateur im-
primé par le consulat de Cicéron et par la conjuration de Catilina, découverte et étouffée, était complètement arrêté par l'acquittement de Clodius, et le parti démagogique représenté par Pompée, infidèle [à Taristocratie, par César fidèle au peuple,|par Crassus fidèle à César, reprenait complètement le dessus.
ÂÎDsi, la Rome fortunée d'être née sous le consulat de Cicéron, — ô fortunatam natam me consule Romam, — cette Rome en était revenue au point où Catilina Tavait pousséç, lorsque, rencontrant Cicéron sur son chemin, Catilina avait été forcé d'abandonner la partie.
Le souvenir de ce premier triomphe exalta Cicéron et lui donna un courage qu'il n'avait pas toujours.
Le sénat étant réuni le jour des Ides de
mai, et son tour étant venu de parler :
— Pères conscrits, dit-il, pour une blessure reçue, vous ne devez ni lânher prise ni abandonner la place; il ne faut ni nier les coups ni s'exagérer les blessures ; il y
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aurait stupidité à s'endorriiir, mais il y aurait lâcheté à s'effrayer. Déjà nous avons vu acquitter Catulus deux fois, déjà Catilina deux fois ; or, ce n'est qu'un de plus lâché par ces juges vendus sur la Repubhque.
Puis, se tournant vers Clodius, qui, comme sénateur, assistait à la séance et riait dédaigneusement de cette sortie de Cicéron.
— Tu te trompes, Clodius, s'écria-t-il, si tu as cru que tes juges t'avaient renvoyé libre. Erreur ! ils t'ont donné Rome pour prison ; ils ont voulu, non pas te sauvegarder comme citoyen, mais t'ôter la liberlj de l'exil. Courage, pères conscrits, soutenez votre dignité; les gens de bien
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sont toujours unis dans l'amour de la République.
— Alors, homme de bien que tu es, lui cria Clodius, fais-nous le plaisir de nous dire ce que tu as été faire à Baïa.
Baïa, on se le rappelle, était le lupanar
de l'Italie. Un homme qui allait à Baïa pouvait être soupçonné, une femme qui allaita Baïa était perdue.
On disait que Cicéron était allé à Baïa pour y voir la sœur de Clodius.
— Baïa ? répond Cicéron ; d'abord , je n'ai point été à Baïa; puis, y eussé-je été, est*ce que Baïa est un lieu interdit aux
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hommes, et ne peut-on aller prendre les eaux à Baïa ?
— Bon, répondit Clodius, est-ce que les
paysans d'Arpinum ont quelque chose de commun avec ces eaux, quelles qu'elles soient.
— Demande donc à ton grand patron, répliqua Cicéron , s'il n'eût pas été bien heureux, lui, de prendre les eaux d'Arpinum.
Le grand patron, c'est César; mais à quoi étaient bonnes les eaux d'Arpinum?
c'est ce que nous ignorons.
Ge passage est obscur, et nous ne sachions pas qu'aucun commentateur Tait jamais expliqué.
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Mais il était blessant, à ce qu'il parait, car Qodius s'emporte :
— Pères conscrits y s'écrie-t-il, jusqu'à quand souffrirons -nous ce roi parmi nous?
Ce à quoi Gicéron répond par un calembourg que nous allons essayer de vous faire comprendre.
— Roi se dit rex en latin. La sœur de Glodius a épousé Marcius Rex; Marcius Rex est énormément riche; Giodius est Tamant de sa sœur; par Finfluence de sa sœur il espérait être porté sur le testameni du beau-frère, et sur ce point son espérance avait été déçue.
t4i US Gaurw ooiOiE»
— Roi 9 roi, pépond CioéFOD; ak! ta lui en veux à Bex de t^avoîr oobMé dma sob testament, toi qui d'avance avais mangé la moitié de la sucoë&sicHi.
— Est-ce sm* la succession de toapèrçi toi, repart Clodius, que tu as payé la maison que lu as achetée à Crassqs?
Effectivement', Cicéron venait d'acheter à Crassus une maison, nioyennant trois milUons cinq cent mille sesterces.
Voyez sa lettre à Sextius, proquesteur.
« En me félicitant, il y a qudque temps, d'avoir acheté la maison de Crassus, vous m'avez décidé, car c'est seuleuient après avoir reçu votre compliment que je l'ai
achetée trois oujUioos cioq c^t inîUe i^sterces ; aussi je me vois maintenaat criblé de dettes, au point que je cherche à entrer dans quelque conspiration, si Ton daigne
— Achetée, riposte Cicéron, quand Clodius parle d^achèter : — Il est question de juges, il me semble, et non de maisons.
— Je conçois que tu en veuilles aux juges? tu leur as affirmé que j'étais à Rome le jour des mystères de la bonne Déesse, et ils n'ont pas voulu croire à ta parole,
— Tu te trompes, Clodiuaj vingt-ciaq, au contraire, y ont cru. C'est à la tienne que trente^t-un n'ont pas voulu croire, puMqu'ils se sont i«it payer d'avance.
LES aRÀNDS HOMMES
A cette réponse, les huées firent taire Clodius.
Tout cela était peu parlementaire, comme on dirait de nos jours, mais nous en avons vu et entendu bien d'autres.
A partir de ce moment, c'était, on le comprend bien, une guerre déclarée entre Gcéron et Clodius. ^
Ob va voir cette guerre pousser Qcéron dans l'exil, et Godius à la mort.
Maintenant, quelle était, pour Clodius, la grande affaire?
Se venger de toutes ces insultes de Cicéron , dont les mots , répétés du sénat au
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Champ-de-Mars, le marquaieDt comitie un fer rouge.
Qcéron avait la maladie des gens d' prit ; il ne pouvait pas tenir son esprit coi et couvert, il fallait que ce diable d'esprit se fit jour, même aux dépens de ses ai;nis,
de ses parents, de ses alliés.
— Qui a attaché mon gendre à ^^ette épée? disait-il en voyant le mari de sa fille porter au côté un glaive presque aussi long que lui.
Le fils de Sylla avait de mauvaises affaires ; il vendait tous ses biens ; il en faisait afficher la liste<
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— J'aime mîeui !es affiches du fiîs que celles du père, disait Cicéron.
Son confrère Vatinius avait des écrouelles : un jour qu'il avait plaidé et que Cicéron avait écouté son plaidoyer :
— Que pensez-vous de Vatinius ? lui demanda-t-on.
— . Je le trouve trop enflé^ répondit Cicéron.
César propose le partage de la Campa-^ nie : grande émotion parmi les sénateurs.
— Je ne souffrirai point ce partage tant que je serai en Vie, dit Lucîus Gellîus, qui avait quatre-vingts ans.
— César attendra , dit Cicéron, Gellius ne demande pas un long délai.
— Tu as perdu, par ton témoignage, plus de citoyens que tu n'en as sauvé par ton éloquence, lui disait Metellus Nepos.
*- C'«9t passible, répondît Cicéron ; cela prouve que j'ai plus d'honciôteté que de talent.
— Je t'accablerai d'injures , lui disait un jeune homme accusé d'avoir empoisonné son père dans de la pâtisserie.
— Soit, répondit Cicéron, j'aime mieux recevoir de toi des injures que des gâ- ^eaux.
11 avait cité, comme témoift dans un