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Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. Conférences

Une science religieuse, sortie du sein du protestantisme, et qui s'occupe du développement de la pensée chrétienne au siècle apostolique, a sans doute donné naissance à plus d'un ouvrage important. Mais les Conférences que j'offre au public n'ont pas la prétention d'appartenir à cette classe de t'-avaux. Nées du besoin de déterminer la nature de la mission spi- * rituelle de notre époque, d'en faire pressentir l'étendue et la beauté, et d'indiquer le moyen de la remplir, elles revêtent un caractère plus pratique et plus actuel. On conçoit que, si la vie leligieuse suit, de nos jours, la même direction qu'au premier siècle, comme il est aisé de s'en convaincre, rien n'importe plus que de bien connaître l'histoire de l'Eglise à la tète de laquelle les apôtres se trouvaient placés. Il est, dès lors, très naturel qu'on cherche à populariser les faits et les idées qui forment le fond de cette histoire : mais il ne faudrait pas que ce fût au prix . de la richesse ou de la profondeur qui les caractérise^^

La crise religieuse par laquelle nous passons offre -

2 ATANT-FROPOS.

un caractère trop sérieux pour me permellre de céder aux craintes que m'inspire la gravité du sujet. Un livre de bonne foi, écrit dans un esprit de charité, ne ri

saurait faire que du bien : à plus forte raison un £

ouvrage de conviction, que j'ai longtemps porté dans ^

mon cœur? Loin, d'ailleurs, d'embrasser le vaste fe

champ de la Théologie biblique, loin de suivre tous les contours de la pensée chrétienne au premier siècle, t

je vais l'envisager dans les principes dont elle tire I pi

sa substance : je m'attache au courant central de ce fj

beau fleuve, et je cherche moins à mesurer l'étendue n

de ses eaux, qu'à en sonder la profondeur. Au point où nous en sommes , c'est là , incontestablement , la \

chose essentielle. On passe volontiers près des bords où viennent mourir ces flots limpides, et l'on oublie que c'est au delà que le fleuve a son véritable cours. A moins de suivre jusqu'au bout l'exemple des chrétiens du premier siècle , nous ne saurions réellement acquérir une nouvelle mesure de vie, et surmonter, avec fruit, les diflicullés qui nous assiègent.

Une connaissance approfondie des textes sacrés est sans doute très nécessaire pour déterminer la nature de l'enseignement des apôtres, et tracer l'histoire intérieure des communautés dont ils étaient « les colonnes » (Gai. II, 9). Mais, dès qu'on veut appliquer les-.données de l'exégèse aux besoins spirituels de l'Église, il est impossible d'en rester là , le plus souvent du moins : c'est ce que, de tout temps, on paraît

ÀVÀirr-PROPOf. 3

avoir compris. Pour mettre, en effet, ces données en rapport, pour découvrir, au moyen des contraste» qu'elles forment, le principe dans l'enceinte duquel chacune d'elles trouve sa place, il faut un travail plus ou moins profond de la pensée : sinon , comme les faits l'attestent , l'exégèse court risque de ne fournir que des fragments épars de vérité, et d'être confisquée au profit du culte exclusif de la lettre. En présence des résultats divergents auxquels elle s'arrête, comment s'avancer sûrement vers le port, si le principe dans lequel la pensée et la vie chrétiennes peuvent réellement s'unir n'est pas votre étoile polaire ? Comment, sans se placer au centre, embrasser tous les points de la circonférence, et en saisir les vrais rapports? Par quelle autre voie arriver à cette harmonie intérieure, à cette unité spirituelle dont la possession répand autant de lumière dans l'esprit que de paix dans le cœur, qui agrandit progressivement l'horizon de la pensée et de la vie, et qui mettra l'Eglise en mesure de remporter ses plus beaux triomphes?

Et à quoi sert de l'oublier? Il n'est pas une proposition, pas une phrase qui ne porte ^ dans son sein, tout un système de philosophie. Quoi qu'il en soit, on ne saurait pas davantage parler au hasard que vivre à l'aventure : tout se tient, en définitive, dans les profondeurs de l'âme. Et quand la vie ou la peu- • sée d'un chrétien n'a pas sa source dans le principe

4 AVAMT-PROPOS.

cjui forme le cœur de l'Evangile , il faut bien qu'elle se meuve dans une région moins élevée : de sorte qu'aussi longtemps qu'elle n'enfonce pas ses racines dans le sol de ce principe, elle ne saurait s^en nourrir que d'une manière fort incomplète. Il est impossible d'échapper tout à fait à l'arbitraire, sans empiéter sur le terrain de la spéculation chrétienne. La langue même dont on se sert trahit la présence d'une philosophie, bonne ou mauvaise. Tous les ouvrages religieux, jusqu'à ceux qui s'en défendent le plus, payent tribut à un système : il n'est personne, au fait, qui ne se rende coupable de philosophie; et il serait tout aussi puéril de croire qu'on se. met à l'abri de la spéculation en nourrissant de la défiance contre elle, que de s'imaginer qu'on se soustrait à l'empire de la raison en lui déniant ses droits. Le tout est de savoir à quel point de vue on se place. Aussi , à moins d'avoir pénétré jusqu'au fond de l'Evangile , peut-on , sous plus d'un rapport, servir les intérêts d'une « fausse philosophie » (1 Tim. VI, 20), tout en croyant, de bonne foi, défendre ceux de Jésus-Christ. A ce compte, penser c'est agir déjà, et le devoir de « sonder ses voies » (Lament. III, 40) comprend celui d'examiner quel est le principe de sa pensée.

L'ÉGLISE NAIS&AUTË.

« Tous eeux qui croyaient se trouTaieni dani uu mémo ir Heu, et arttieDt to«tefr ékoêos eoniiniioes *. et, tendott « leurs possessions et leurs biens, ib en distribuaient la «valeur 4 tous, selon le- besoin de otoBcnn. Et, dmqM «jour, persévérant d'un commun accord dans le tempk^ « ns'prenafenllear noarriture avec joîcr ct'simpUcfté'dè « cœur,, louant Dieu et trouvant grftee devant tout ]p « peupt6 : et te Seigneur ajoutait, tous tes jours, à ri^ « glise oeux^ q\ij se sauvaient- » (Axn-«s II, i4-47.}^

(c Tous ceux qui avaient cru n'étaient qu'un cœur et c fu*un6 âme; et persenae ne disait que oe qi'It pm6 >- « dait lui appartint en particulier,, mais toutes. choses « étaient commune» entre eux-..; et une grande' griiié « reposait sur eux tous. Personne parmi eux n'-étail daiii «Pindfgence, parce que* tous ceux qui possédaient ddl « fonds de terres ou des- maisons les vendaient», et»^ «c- apportant Te prix, le mettaient aux pieds des apôtrèl; K etxm le 4iBtrib«aU A chacun SBlon-flesibesain». ^ - (Actes IV, 32-35.)

L'Eglise chrétienne, fondée h Jérusalem le jour do la première Pentecôte , eut pour berceau cette théocratie judaïque à laquelle les temps avaient fait suWr d'importantes métamorphoses. Bien que i. dans maintes occasions sans doute, Jésus eût déjà brisé le cadre resk treintdu mosaïsmey en substituait 9 telle prescriptiop légale des préceptes qui trahissaient la présence d/'uo

6 l'ÉGLUB NAISSANT!.

esprit nouveau (Malth. XII, 6-8; Marc II, 27, 28; III, 4; Jean IV, 20-24; V, 9-48); bien qu'il eût déposé, dans le cœur des siens, un principe de vie auparavant inconnu, qui devait rendre leurs aspirations toujours plus spirituelles , il n'avait pas moins pratiqué tous les rites prescrits par la loi , assisté aux fêtes solennelles, mangé l'agneau pascal avec les apôtres; en un mot, il n'en demeurait pas moins, à leurs yeux, le plus auguste représentant de la théocratie. Aussi n'avaient-ils vu, dans sa personne, que le Roi divin du peuple élu. Leurs espérances, limitées à l'étroit horizon du judaïsme , ne leur permettaient nullement de porter plus loin les regards; et, persuadés que leur mission n'avait pour objet que les Juifs, ils travaillaient avec ardeur au « rétablissement du royaume d'Israël. » C'est pourquoi , à part la foi en Jésus et la vie nouvelle dont leur cœur renfermait la source, ils ne se distinguaient en rien des enfants de la synagogue : ils n'avaient nullement l'intention de fonder un autre établissement religieux : le Temple devait comprendre l'Eglise. Aussi, longtemps après ce grand jour, continuaient-ils à considérer comme une souillure le simple contact d'un incirconcis, quelle que pût être sa vertu : et ils se croyaient si peu autorisés à porter l'Evangile aux païens, que Pierre dut recevoir une révélation expresse pour se rendre chez le pieux Corneille (Actes X, 19, 20; XI, 12). La nouvelle que ce dernier avait reçu l'Evangile

l'églisi naissante. T

(Act. XI, 1-3, 17) causa une grande émotion aux fidèles de Jérusalem : et ce ne fut qu'après de longs débats qu'ils se résolurent à voir des frères dans les païens baptisés, et à les dispenser des observances qu'ils tenaient toujours pour sacrées. Saint Paul lui-même, le champion de la liberté évangélique, demeura, comme les autres Juifs, fidèle aux « coutumes des pères. » La forme que l'Eglise naissante revêtit fut donc essentiellement juive. Non que les chrétiens de la communauté de Jérusalem ne possédassent une foi qui leur rendait faciles les plus grands sacrifices et les plus beaux dévouements. Mais, au lieu de les « affranchir » de l'empire de la loi , leur amour n'aspirait qu'à mieux les retenir sous sa tutelle : en devenant plus respectueuse , leur obéissance était devenue plus ponctuelle, plus minutieuse ou plus servile : de sorte que, malgré le secours extraordinaire de l'Esprit, les apôtres ne se crurent d'abord appelés qu'à faire refleurir la synagogue, et qu'ils ne se départirent jamais de l'exacte observance des cérémonies que Moïse avait instituées. Telle est l'idée que le livre des Actes nous donne de TEglise naissante.

Ce fait incontestable n'offre rien qui doive étonner. En pénétrant dans le cœur de l'homme, l'Esprit-Saint rencontre d'ordinaire des habitudes religieuses déjà formées, des souvenirs, des besoins déterminés; il entre en contact avec une nature morale qui porte le sceau, plus ou moins profond, de l'éducation

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l/iQUSR NAISSANTS. 9

itioDy qu'il s'écrie : « En yériié^ je reconnais que n'a point d'égard à l'apparence y^ mais: qu^en nation celui qui. le craint et qui pratique la juâui.est agréable » (X, 34, 35). Néanmoin&y ce B demeure l'apôtre spécial des luife (G«. 11,7, 8), indant son séjour à Ântioche, la crainte des cbrôr circoncis le pousse à <x se séparer » de ceux qui étaient pas , pour les c< contraindre à judaïser » II,; i 2, i 4). Au dixième chapitre du même livre, lisons ces paroles : « El touB les fidèles circoncis ccompagnaient Vierres étonnaient qv6 le don du -Esprit fût. aussi accordé aux gentils » (45). Mlant, a les apôtres et les frères de Judée apat que les gentils avaient regu la Parole de Dieu : pourquoi, au. retour de Pierra à Jénisalôm, les S' de la circoncision l'accusaient, disant : Tu es ,chez des incirconcisy et tu as mangé avec euxi» r3.)« La vie dont le Saint-Esprit avait mis. le germe leur cœur ne les disposait: nullement à se mour moins sévères, envers Pierre ; et cet apôtre ne Qt.à les (c apaiser » qu'en leur faisant voir qu'il lait pu, sans « résister à Dieu, » demeurer fidèle OL (XI, 1 7,. iS).. Malgré cela, a les apôtres et les ns,» de l'Eglise de Jérusalem, consultés sur la Ion de savoir si les indrnoncis devaient se sour 6: aux observances mosaïques, leur écrivent, à le d'une «grande dispute» (XV, 7), de s'abs- « de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang.

8 L^éCLISE NAISSANTE.

reçue, et dont le développement suit des lois qui lui sont propres. Les expériences diverses qu'avaient faites les apôtres, la puissance de leurs préjugés, les traits particuliers de leur caractère moral , leur tour d'esprit nsfttirel, tous les éléments de leur individualité devaient plus ou moins , au début , modifier Tinfluence que l'Esprit exerçait sur eux ; et ils ne se virent pas plus dispensés de subir la loi du progrès dans le domaine de la connaissance que dans celui de la foi. Aussi, tout en s'avançant sur la même roule, furent-ils loin de marcher tous d'un même pas. Plus leur vie spirituelle se dégageait des liens du judaïsme, el mieux sans doute ils pouvaient approfondir le « mystère de piété. » Néanmoins, iïs n'en acquirent pas tous une égale intelligence, ni n'en révélèrent, au même degré, les richesses. II ne nous sera que plus facile de déterminer, quant aux points essentiels, l'étendue de leur développement religieux, et d'en indiquer la direction.

Ainsi, les chrétiens du premier siècle considéraient d'abord l'Evangile comme le couronnement de l'édifice dont la loi formait là base. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir le livre des Actes. Une voix céleste invite Pierre à renoncer aux distinctions des viandes : l'apôtre répond : « Non, Seigneur, car jamais rien d'impur ou de souillé n'est entré dans ma bouche » (X, 1 4) : et ce n'est que lorsque le récit de Corneille lui fait comprendre la portée de cette

h'iQUSK NAISSANTE. 9

iûvitatioD, qu'il s'écrie : « En vérité, je reconnais que Dieu n'a point d'égard à l'apparence, maisr quîen toute nation celui' qui. le craint et qui. pratique la jjMtiœ lui.est agréable » (X,. 34, 35)* Néanmoin&y ce Pierre demeure l'apôtre spécial des luife (jâv. II, 7, 8), et, pendant son séjour à AntioGhe,la crainte des chrér tiens circoncis le pousse à « se séparer » de ceux ^i ne l'étaient pas, pour les « contraindre à judaïser * (Gai. II, 12, 14)w Au dixième chapitre du môme livrai, nou3 lisons ces paroles : « El touB les fidèles eircomis qui accompagnaient Vierres étonnaieni que le don du Saint-Esprit fût. aussi accordé aux gentils » (45). Cependant, « les apôtres et le& frères de Judée ap^ prirent que les gentils avaient reçu la Parole de Dieu : c'est pourquoi, au. retour de. Pierre, à Jénisalôm,.le6 fidèles de la circoncision l'accusaient, disant : Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec euxi» (^,1-3). La vie.dont le Saint-Esprit avait mis, le germe dans leur cœur ne les disposait; nullement à^ se monr trer moins sévères, envers. Pierre ; et cet apôtre nt parvint à les « apaiser. » qju'en leur feisant voir qp'fl n'aurait pu, sans à résister à Dieuy » demeurer fidèle à la loi (XI, 17, 1&).. Malgré cela, a les apôtres et las anciens » de l'Eglise de Jérusalem, consultés sur. la question de savoir si les inciroencis devaient se sour mettre aux observances mosaïqpes,. leur écrivent^.à la suite d'une « grande dispute » (XV, 7), de s'abstenir c de ce qmi a été sacrifié aux idoles, du sang.

8 l'église naissante.

reçue, et dont le développement suit des lois qui lui sont propres. Les expériences diverses qu'avaient faites les apôtres, la puissance de leurs préjugés, les traits particuliers de leur caractère moral , leur tour d'esprit naturel, tous les éléments de leur individualité devaient plus ou moins , au début , modifier l'influence que l'Esprit exerçait sur eux ; et ils ne se virent pas plus dispensés de subir la loi du progrès dans le domaine de la connaissance que dans celui de la foi. Aussi, tout en s'avançant sur la même route, furent-ils loin de marcher tous d'un même pas. Plus leur vie spirituelle se dégageait des liens du judaïsme, el mieux sans doute ils pouvaient approfondir le « mystère de piété. » Néanmoins, ils n'en acquirent pas tous une égale intelligence, ni n'en révélèrent, au même degré, les richesses. Il ne nous sera que plus facile de déterminer, quant aux points essentiels, l'étendue de leur développement religieux, et d'en indiquer la direction.

Ainsi, les chrétiens du premier siècle considéraient d'abord l'Evangile comme le couronnement de l'édifice dont la loi formait là base. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir le livre des Actes. Une voix céleste invite Pierre à renoncer aux distinctions des viandes : l'apôtre répond : « Non, Seigneur, car jamais rien d'impur ou de souillé n'est entré dans ma bouche » (X, 1 4) : et ce n'est que lorsque le récit de Corneille lui fait comprendre la portée de cette

l'bglisr naissante. 9

invitation, qu'il s'écrie : « En vérité, je reconnais que Dieu n'a point d'égard à l'apparence, mais: qufen toute nation celui qui; le crainU et qui. pratique la j]uiatice lui est agréable » (X,. 34, 35). Néanmoinscy ce Pierre demeure l'apôtre spécial des Iuife(Gw. 11,7, 8), et, pendant son séfourà ÂntioGhe,la crainte des chrôr tiens circoncis le pousse à a se. séparer » de ceux ^i ne l'étaient pas, pour les « contraindre à judaïser » (Gai. Il, 12, 1 4)w Au dixième chapitre du même livrai, nou3 lisons ces paroles : « El touB les fidèles eircoMi» qui accompagnaient Vierre.s étonnaient que le don du Saint-Esprit fût. aussi accordé aux gentils » (45). Cependant, « les apôtres et le& frères de Judée apprirent que les gentils avaient regu la Parole de Dieu : €'est pourquoi, au. retour de. Pierre, à Jérusalem, les fidèles de la circoncision l'accusaient, disant : Tu es entré chez des iDcirconds^ et tu as mangé avec euxi» (^,1-3). La viadont le Saint-Esprit avait mis. le germe dans leur cœur ne les disposait, nullement à. se monr trer moins sévères, envers. Pierre ; et cet apôtre m parvint, à les a apaiser » qu'en leur faisant voir q^i'H n'aurait pu, sans « résister à Dieu, » demeurer fidète à la loi (XI, 17,. !&).. Malgré cela, aies apôtres et les anciens.» de l'Eglise de Jérusalem, consultés sur la question de savoir si les inciroencis devaient se sour mettre aux observances mo^saïques,, leur écrivent, à la suite d'une « grande disj^le» (XV, 7), de s'abstenir c de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang.

8 l'église naissants.

reçue, et dont le développement suit des lois qui lui sont propres. Les expériences diverses qu'avaient faites les apôtres, la puissance de leurs préjugés, les traits particuliers de leur caractère moral , leur tour d'esprit n^tirel, tous les éléments de leur individualité devaient plus ou moins , au début ,. modifier Tinfluence que l'Esprit exerçait sur eux ; et ils ne se virent pas plus dispensés de subir la loi du progrès dans le domaine de la connaissance que dans celui de la foi. Aussi, tout en s'avançant sur la même rouie, furent-ils loin de marcher tous d'un même pas. Plus leur vie spirituelle se dégageait des liens du judaïsme, el mieux sans doute ils pouvaient approfondirle « mystère de piété. » Néanmoins, ils n'en acquirent pas tous une égale intelligence, ni n'en révélèrent, au même degré, les richesses. Il ne nous sera que plus facile de déterminer, quant aux points essentiels, l'étendue de leur développement religieux, et d'en indiquer la direction.

Ainsi, les chrétiens du premier siècle considéraient d'abord llEvangile comme le couronnement de l'édifice dont la loi formait là base. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir le livre des Actes. Une voix. céleste invite Pierre à renoncer aux distinctions des viandes : l'apôtre répond : « Non, Seigneur, car jamais rien d'impur ou. de souillé n'est entré dans ma bouche » (X, ii) : ei ce n'est que lorsque le récit de Corneille lui fait comprendre la portée de cette

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iBvvtatioi>9 qu'il s'écrie : « En vérité^ je reconnais que Dieu n'a point d'égard à l'apparence y mais: quîen toute nation celui quL le craint et qui. pratique la j^atice lui est agréable )> (X,, 34, 35). Néanmoinscy ce Pierre demeure l'apôtre spécial des Iuife(!S». ir,7j 8), et, pendant son séfour à Ântioche, la crainte des cbrôr tiens circoncis le pousse à « se séparer » de ceux q/ai ne l'étaient pas, pour les « contraindre à judaïser » (GaL II, 42, 1 4) j Au dixième chapitre du môme livre; nous lisons ces paroles : « El touB les fidèles circonds qui accompagnaient Vierve s étonnaieni que le don du Saint-Esprit fût. aussi accordé aux gentils » (45). Cependant, « les apôtres et les frères de Judée ap^ prirent que les gentils avaient reçu la Parole de Dieu : €'est pourquoi, au. retour de. Pierre, à Jérusalem, les fidèles de la circoncision l'accusaient, disant : Tu es entré chez des incirconcis, et tuas mangé avec euxi» ÇXI, 1-3). La vie dont le Saint-Esprit avait mis. le germe dans leur cœur ne les disposait: nuUemeni à se moiir trer moins sévèrea envers Pierre } et cet apôtre m parvint à les a apaiser » qu'en leur faisant voir qu'il n'aurait pu, sans « résister à Dieu, » demeurer fidèle à la loi (XI, i 7, 1&). Malgré cela, aies apôtres et les anciens.» de l'Eglise de Jérusalem, consultés sur. la question de savoir si les inciroencis devaient se sour mettre aux observances mosaïqpes, leur écrivent, à la suite d'une « grande disj^te » (XY, 7), de s'abstenir c de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang.

8 l'église naissante.

reçue, et dont le développement suit des loi&qui lui sont propres. Les expériences diverses qu'avaient faites les apôtres, la puissance de leurs préjugés,* les traits particuliers de leur caractère moral , leur tour d'esprit n^rel, tous les éléments de leur individualité devaient plus ou moins , au début , modifier Tinfluence que l'Esprit exerçait sur eux ; et ils ne se virent pas plus dispensés de subir la loi du progrès dans le domaine de la connaissance que dans celui de la foi. Aussi, tout en s'avançant sur la même roule, furent-ils loin de marcher tous d'un même pas. Plus leur vie spirituelle se dégageait des liens du judaïsme, el mieux sans doute ils pouvaient approfondir le « mystère de piété. » Néanmoins, ils n'en acquirent pas tous une égale intelligence, ni n'en révélèrent, au même degré, les richesses. Il ne nous sera que plus facile de déterminer, quant aux points essentiels, l'étendue de leur développement religieux, et d'en indiquer la direction.

Ainsi, les chrétiens du premier siècle considéraient d'abord l'Evangile comme le couronnement de Tédifice dont la loi formait là base. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir le livre des Actes. Une voix. céleste invite Pierre à renoncer aux distinctions des viandes : Tapôtre répond : « Non, Seigneur, car jamais rien d'impur ou de souillé n'est entré dans ma booche » (X, 1 4) : et ce n'est que lorsque le récit de Corneille lui fait comprendre la portée de cette

l/iQUSR NAISSANTE. 9

ifiyiiatioi>, qu'il s'écrie : « En vérité^ je reconnais que Dieu n'a point d'égard à l'a^yparence , mais: qu^en toute nation celui qui: le craintv et qui= pratique la jjyiat4ce lui est agréable » (X,, 34, 35). Néanmoinsry ce Pierre demeure l'apôtre spécial des luife (G». II, 7 , 8^, et, pendant son séjour à Ântioche, la crainte des cbrér tiens circoncis le pousse à « se séparer » de ceux qui ne l'étaient pas , pour les c< contraindre à judaïser p (Gai. Ily 12, i 4)w Au dixième chapitre du même livra;, nous lisons ces paroles : « El touB les fidèles circofufk qui accompagnaient VievTesëtonnaieni que le don du Saint-Esprit fût aussi accordé aux gentils » (45). Cependant, « les apôtres et les frères de Judée ap^ prirent que les gentils avaient regu la Parole de Dieu : c'est pourquoi, au. retour de Pierre, à Jérusalem,. les fidèles de la circoncision l'accusaient, disant : Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec eux)» (XI9 1 -3). La vie dont le Saint-Esprit avait mis le germe dans leur cœur ne les disposait nullement à se moor trer moins sévères, envers Pierre ; et cet apôtre m parvint, à les a apaiser. » qu'en leur feisaiit voir q^i'il n'aurait pu, sans « résister à Dieu, » demeurer fidèle à la loi (XI, 17, i8).. Malgré cela, a les apôtres et les anciens » de l'Eglise de Jérusalem, consultés sur. la question de savoir si les incirnoncis devaient se sour mettre aux observances mosaïques, leur écrivent, à la suite d'une « grande dispute» (XV, 7), de s'abstenir « de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang,

10 l'église IfAlSSAim.

des bêtes étouffées et de la fornication » (XV, 29), Ils pouvaient, cependant, se rappeler la déclaration de Jésus : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais ce qui en sort» (Matth. XV, i !)• Avaïent-ils oublié l'explication que le Maitre leur avait donnée de ces belles paroles? « Ne comprenezvous pas que ce qui entre dans la bouche descend au ventre, pour être rejeté dehors? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur , et c'est là ce qui souille l'homme » (Matth. XV, 16-18). Comment croire, après cela, que l'Evangile revêtît, primitivement, à leurs yeux, le caractère d'une religion nouvelle? Cest pourquoi, les anciens de la même Eglise, réunis chez Jacques, le lendemain de l'arrivée de Paul, apprennent à ce dernier que « les milliers de Juifs qui ont cru » sont « tous zélés pour la loi » : mais, continuentils, et ils ont été informés que tu enseignes aux Juifs répandus parmi les gentils de renoncer à Moïse, leur déclarant qu'ils ne devaient pas circoncire leurs enfants, ni vivre selon les ordonnances de la loi » (Actes XXI, 20, 21). Et, désirant qu'il se lavât publiquement de l'accusation de pousser ses compatriotes à sortir du judaïsme , ils l'engagent à « se purifier » avec quatre des leurs « qui avaient fait un vœu » (23, 24). Aussi saint Paul peut-il dire aux principaux Juifs de Rome qu'il n'a « rien commis contre les coutumes des pères» (XXVIII, 17). Il serait facile de multiplier les citations : celles que je viens de faire

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suffisent pour montrer que l'Eglise suivit, à l'origine, une direction judaïque. Et, comme le judaïsme se concentrait dans l'attente du Messie, l'Evangile légal rattachait la glorification de la théocratie au retour prochain de Jésus (Apoc. II, 25; III, U ; XXII, 10; Jacq. V, 8, etc.).

Au point de vue de l'autorité, le christianisme revêt essentiellement là signification d'une loi; et c'est avec cette loi, plus encore qu'avec Jésus, l'en considérât-on comme la source , que l'âme entre ainsi en contact. Mais, dans l'Eglise naissante, la forme, c'est-à-dire l'autorité, servait de cadre à une vie dont le développement devait porter les esprits bien au-dessus de ce point de vue. Au sein du découragement profond dans lequel le malheur des temps, joint au caractère charnel des espérances religieuses et au scolasticisme desséchant des doctrines, pouvait jeter les esprits, s'ouvrait une ère nouvelle. Le Messie, annoncé par tant de voix prophétiques, avait passé dans les rues de la cité sainte : le peuple, subjugué par l'autorité de sa parole, répétait ses discours : à sa voix, les aveugles avaient recouvré la vue ; et si le haut conseil de la nation l'avait jugé digne dé mort (Marc XIV, 64), une résurrection ' mystérieuse était venue manifester sa victoire sur le sépulcre. Ses disciples, « hommes sans lettres et du commun peuple » (Actes IV, 13), se montraient re-

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vêtus d'une vertu diviney possédaient une foi, déployaient une puissance extraordinaires (Actes IV, 33.), etanponçaieot la venue des grands jours qu'avaieut attendus les cœurs pieux. Sans parler des miracles quiils opéraient (Actes V, 12-16), ne les avait-on pas vus, le matin de la Pentecôte, inaugurer, par un prophétique enthousiasme (Actes II, 11, 17, 18), le règne du Messie ? et, ravis des perspectives soudaines qui s'offraient à leur esprit, transportés par ces visions intérieures a jusqu'au troisième ciel » (2 Cor. XII, 1-4), tomber dans de si saintes extases, qu'ils de^ valent, un moment, être pris pour des hommes ivres? (Actes II, 13, 15.) La grâce, le sàlut était offert au repentir sincère : Dieu venait enfin au secours de son peuple ; et sa présence se manifestait par l'action souveraine de son Esprit, qui, donnant à l'homme un cœur nouveau et lui inspirant une langue nouvelle, multipliait par milliers les disciples (Actes lY, 4 ; Y, 14; XXI, 20). Gomment, la reconnaissance et la joie n!auraient-elle3 pas fait éprouver aux premiers chrétiens le besoin d'une obéissance sans limites? Et n'est-ce pas cette obéissance qui, les enlevant à euimémes, faisait le charme secret dont leur vie était pénétrée? N'est-ce pas à cette obéissance qu'elle doit, avec sa saveur, son irrésistible attmit ? Et en quoi consistait leur obéissance? Dans le rejet absolu de» tout ce qui leur semblait contraire à la loi divine, dans un sincère dépouillement de leur volonté na-

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lurelle, dans un abandon touchant de leurs personnes à Dieu, dans une mort perpétuelle à euxmêmes, source d'une renaissance perpétuelle, dans une crucifixion complète de « Thomme de péché, » auquel venait se substituer un ôlre immortel et sublime (LucXrV, 33;Matth. XVI, 26; XIII, 46; Luc V, 11). C'est ainsi qu'ils apprenaient à ne plus exister pour eux-mêmes, et qu'ils transportaient en Dieu et dans le cœur les uns des autres le centre de leur vie. Quand tout s'apprêtait à renaître autour d'eux ; que, selon la parole de Tun de leurs prophètes, le ce désert » allait c( fleurir p sous leurs pas ; que les promesses divines relatives à la nation commençaient à s'accomplir , qu'avaient-ils affaire des petits intérêts qui les occupaient jadis? Ne formaient-ils pas le noyau d'une théocratie renouvelée ? N'étaient-ils pas un « nouveau peuple, » voué au service de Dieu, que dis-je? une famille sainte, dont les membres, étroitement unis à Jésus, l'étaient aussi les uns aux autres par le lien du même amour, des mêmes triomphes et du même bonheur? Pourqthin auraient-ils possédé quelque chose qui n'apparttut pas à tous, quand l'avenir leur appartenait également, et qu'un même esprit les animait ? Tout ne devait-il pas être commun aux enfants d'un même pardon, aux graciés d'un même Père, aux héritiers d'une même gloire, aux possesseurs d'un même «royaume?» C'est ainsi «qu'ils vendaient leurs fonds de terre et leurs maisons, et

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en distribuaient le prix à tous : » ainsi qu'ils a n'é* talent qu'un cœur et qu'une âme, » et ne laissaient aucun besoin sans satisfaction, et sans soulagement aucune souffrance. Et pourquoi? Parce que, puisant à pleines mains dans les trésors de Dieu, ils jouissaient d'une paix céleste. S'ils poussaient le dévouement jusqu'à se dépouiller de tout, c'est qu'ils se sentaient heureux; c'est qu'ils trouvaient, dans la communion du « Consolateur, » la plénitude de la vie; c'est qu'ils possédaient toutes choses en Christ, à commencer par eux-mêmes (1 Cor. 111, 21, 22), et que, pour la première fois, ils contemplaient, sous leur vrai jour, le présent et l'avenir. La joie dont ils étaient pénétrés leur rendait l'unité facile, et leur faisait trouver, dans le sentiment de leur faiblesse, une merveilleuse puissance. Riches des sacrifices qu'ils s'imposaient, et rois par le renoncement, ils devaient leur grandeur à leur félicité : rien ne leur coûtait pour faire nailre la repentance dans le cœur de leurs semblables. Ils font l'impression de croire qu'il est tout simple d'être sublime : la sainteté leur parait « leur service raisonnable» (Rom. XII, 1); et, de cette hauteur où l'Esprit les soutient, rien ne leur semble impossible comme de redevenir vulgaires. Offrandes vivantes, ils montent incessamment sur l'autel : chaque jour dépose sur leur route une croix nouvelle. Néanmoins personne n'apprit mieux à reconnaître qu'il n'est rien qu'on possède davantage que ce qu'on

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donne, et qu'aucun sacrifice fait pour Dieu ne demeure sans compensation (MarcX, 29, 30). Ces chrétiens étaient heureux en raison même de leur héroïsme. Ainsi l'Eglise naissante formait une famille, dont chaque membre, soutenant avec Jésus une relation personnelle, considérait ses frères comme d'autres lui-même. Sans doute, l'espoir de voir de nouveaux jours se lever pour le peuple élu, et le privilège de figurer parmi les premiers enfants d'une théocratie restaurée, étaient pour beaucoup dans le bonheur des premiers disciples. Comment la perspective de l'avenir glorieux que leurs pères rattachaient au règne du Messie n'aurait-elle pas rempli leur cœur de joie, et rendu leur foi plus ou moins enthousiaste? Cependant, comme le montre une lecture attentive du livre des Actes, de Tépître de Jacques, de la première de Pierre et même de l'Apocalypse, c'est le côté moral, héroïque du christianisme qui se réfléchit dans leur vie, et en constitue le fond : c'est là ce qui fait d'eux des chrétiens à tant d'égards exceptionnels; de sorte que, bien qu'ils n'eussent aucunement l'idée de se séparer de la synagogue, les formes du judaïsme demeuraient le simple cadre de leur foi. Aussi la communion spirituelle, dont, pour la première fois, le monde contemplait la beauté, rendant toujours plus fécond l'échange de leurs sentiments, les enrichissait toujours davantage de leurs expériences réciproques. C'est ainsi qu'ils se communiquaient leurs puissances

id L-i^GLISIS ITAISSAim.

morates, avec les vertus dont TEsprit déposait le gerïoe dans leur cœur; ainsi qu'ils menaient en commun, non-seulement leurs biens, mais encore leurs tristesses, leurs victoires, leurs tribulations, leurs espépgfBces, en un mot, tout Théritage de leur vie intérieure .

Il est facile de se rendre compta de l'impression que devait produire, sur les esprits droits, la vue d'une communauté semblable. La cité dans laqueUe elte s'élevait renfermait sans doute alors beaucoup d'àmes découragées, beaucoup de cœurs poursuivis par le sentiment d'un vide qui paralysait leurs forces, et^frappaitd' avance leurs efforts de stérilité. Pour devenir héroïques à leur tour, il ne manquait à de tels hommes quede vok satisfaite chez d'autres la soif qui les travaillait, etd'étre conduits, par l'exemple de leurs semblables, jusqu'à la « source de la vie. » Or l'Eglise naissante offrait à leurs yeux la réalisation inattendue de l'idéal de félicité qu'ils avaient entrevu comme un beau rêve. Attirés par un charme irrésistible, gagnés par la contagion du bonheur dont ils contemplaient les-fruits, retenus par une admiration que le respect avait inspirée, déjà subjugués avant de s'en être aperçus, ils s'arrêtaient sur ces plages heureuses , et venaient bientôt grossir les rangs de ces humbles chrétiens. C'est alors, qu'entourés d'une affection inconnue du monde, et soutenus par ceux de leurs nouveaux amis qui les avaient précédés dans la carrière,

L^BGLISE NAISSANTS. 17

ils goûtaient leâ joies fécondes dont la communion fraternelle est la source. Puisant dans le cœur de leurs frères des richesses morales nouvelles, et, pour ainsi dire, de nouvelles facultés, ils déployaient bientôt une vertu non moios étonnante. Ainsi l'union des âmes dans la foi en Jésus, et les bénédictions attachées à T usage de la prière commune, mettaient à la portée des plus simples les grâces spirituelles les plus hautes. Chacun jouissait des dons de tous : et, comme chacun donnait dans la mesure où il était susceptible de recevoir, l'unité s'accomplissait de plus en plus au fond des cœurs. Voilà comment la communion fraternelle opérait des miracles, transformait les difficultés en ressou|-ces et conquérait d'avance le monde àTEvangile. Voilà comment les premiers disciples, cessant de se rendre solidaires des souffrances dont le mal est la source, recueillaient du bonheur dans le cœur de Dieu pour enrichir la terre. Les destinées de l'univers , le monde nouveau qui allait naître , l'avenir tout entier était renfermé dans ce petit cercle de fidèles. Prémices d'une humanité nouvelle, ils éprouvaient que l'amour, plus puissant que la mort, rend le chrétien invincible. Quels obstacles pourraient arrêter les pas du fidèle dont l'âme n'en offre plus aucun à l'action du Saint- Esprit? Une Eglise que sa foi attache ainsi à l'invisible règne sur le domaine du temps. C'est à ce prix que le siècle apostolique posséda les saints qui

t9 l'bOLISK KAIflSAirrB.

vinrent remplir le monde du nom de Jésus-Christ. . Cette céleste union des cœurs, celle paix daas le renoncement, la grandeur morale de ces humbles dis* ciples devaient frapper jusqu'aux regards tes phis distraits. De tels faits attestaient trop clairement l'action divine pour ne pas exciter un étonnement ppo* fond. Quoi d'étrange, qu'à la vue du jour de gràee qui se levait sur la ville sainte, de ce soleil paisible 4ont les rayons venaient dissiper les ténèbres d'une tsriste nuit, et répandaient sur le monde une. chaleur si salutaire, on s'arrête saisi de surprise, et que^ l'âme déjà ouverte aux premières impressions de la £31, on s'écrie : « Voyea comme ils s'aiment? » C'est, en effet, dans ce port de salul que se retire le cœur qui, longtemps battu par la tempête, attendait une délivrance mystérieuse dont il avait le vague pressentiment, et qui ne pouvait, ni renoncer à chercher, ni se promettre d'arriver à la paix. C'est là que se réfugie l'âme solitaire que la vie a renvoyée à vide, et qui, non moins triste par soif de joie que pauvre par besoin de foi, n'avait plus qu'à se résigner au tourment d'une faim non satisfaite. C'est là que ceux même qui ont trempé dans le crime de la condamnation du Juste (Actes III, 14-17) se sentent appelés à la repentance, cherchés et prévenus par le pardon (Actes III, 19). C'est là qu'on voit la puissance du mal brisée, le découragement et la mort surmontés par la vie, toutes «les misères absorbées par toutes les

gloires^ tous les péchés rempiacéâ par toutes les vertus. C'est là que de grandes œuvres se préparent, que d'étonnants prodiges s*opèrent^ que rhomme parle une langue divine, habite uâ monde nouveau, et devient un nouvel homme. En présence de ces merveilles, comment ne pas se rendre? Comment réprimer le désir de se joindre à cette famille d'enfants de Christ ? Comment, du moins, ne pas se sentir ébranlé dans sa résistance à TEvangile? Quelles objections pouvaient tenir contre de semblables exemples? Comment, dans la bouche de tels hommes, la vérité n'au* rait^elle pas renversé tous les obstacles qu'on lui op* posait? Et l'Eglise ne peut^elle pas revendiquer une grande part de l'action que les apôtres exerçaient sur la foule ?

Si l'Eglise envisagea d'abord l'Evangile comme une religion d'autorité, rien de plus naturel que chaque chrétien suive une voie semblable. Il est, sans doute, peu de fidèles dont la vie spirituelle n'ait eu sa source dans la foi d'autorité ; et combien d'hommes dont les convictions n'en ont jamais franchi les limites? L'autorité est le berceau, la première patrie de tous les esprits. Chacun, avant de s'élever plus

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haut, grandit d'abord sous sa tutelle. Elle sert naturellement de base à toute éducation religieuse; et c*est sous sa conduite que la conscience humaine achève son noviciat. Aussi la voit-on toujours gouverner le monde en souveraine. Elle fait le fond du catholicisme, où, conséquente jusqu'à l'excès, elle courbe sous un joug funeste la conscience individuelle; et, dans le sein du protestantisme, elle occupe un terrain considérable, depuis la foi du premier âge et l'obéissance craintive dont nos temps nous offrent le type, jusqu'au culte exclusif delà lettre, qui forme le trait distinctif de la religion populaire. Il faut bien . le reconnaître : le christianisme d'autorité a sa place naturelle dans le développement de la vie chrétienne : il en constitue le point de départ. Cela suffit pour le rendre digne du plus grand respect : et quiconque a le bonheur « d'être né » à la liberté spirituelle doit montrer des égards sincères pour ceux aux yeux desquels l'Evangile revêt cette forme.

Les chrétiens qui voient dans l'Evangile une religion d'autorité n'en peuvent pas moins s'élever à l'héroïsme qui distinguait leurs frères de l'Eglise naissfiinte. La forme de leur vie spirituelle se réfléchit dans l'Ecriture, qui comprend toutes les formes que la foi peut revêtir, et répond à tous les besoins de rame croyante, à tous les degrés de son développement religieux. Mais les chrétiens qui vivent sous l'égide de l'autorité ne doivent jamais perdre de vue

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deux choses : la première^ c*est de ne pas faire de la nature particulière de leurs rapports avec Christ, ou de la forme sous laquelle le christianisme s'offre à eux, la forme exclusive ou normale de la vie spirituelle. Si grande que fût la piété des fidèles de Jérusalem, Paul et Jean, comme nous le verrons, n'ouvrirent pas moins à l'Eglise la voie du progrès, ou n'imprimèrent pas moins à sa marche une direction nouvelle. Si l'autorité est le point de départ naturel, sinon nécessaire, du développement de la vie chrétienne, quiconque se trouve à son école est aussi sérieusement appelé que les disciples du premier siècle à entrer dans une relation plus libre ou plus personnelle avec Jésus-Christ.

La seconde chose que les chrétiens que j'ai en vue ne doivent pas oublier, c'est qu!on ne saurait montrer moins dé respect pour la divinité de l'Evangile qu'en faisant, par déférence pour l'autorité, prédominer arbitrairement la lettre sur l'esprit, la forme sur le fond, les mots sur le principe, ou le détail sur l'ensemble. Personne n'ignore que les préjugés, les passions du parti religieux auquel on appartient, comme les passions, les préjugés de l'esprit de système, peuvent facilement se couvrir de quelque passage scripturaire, et, ainsi « déguisés en anges de lumière, » venir troubler le cours limpide de la vie chrétienne, te peu de connaissance des choses saintes ou de maturité spirituelle a souvent permis au vieil homme de se ca-

dier sous le manteiiu de l'Ecriture; et je ne sais rien qpi fasse plus de tort à la vérité que le formalisuie qui s'arme de son langage. Beaucoup dVreiu^ doivent Tempire qu'elles exercent à l'autCHÎté de quelque cita-» tion biblique : toutes les sectes chrétiennes se sont sœ^ oe^ivwiant appuyées sur l'Ecriture; et diacun sait qu'il ne pianque pas d'honunes qui défendent encore^ (^ son nom» jusqu'au crime de l'esclavage. Au lieu d'épeler l'Evangile à la manière des c enfants » (Hébr» Y9 1 3), le dirétien doit apprendre à le lire en « homBie bit 9 (Hébr. Y» 14), ou à se mettre^ par son moyen, sous l'influence directe de l'Esprit. C'est alors qq'îl comprendra combien facilement le Livre de vie pettt le mettre à l'abri des écueîls qui se trouvent à l'eBlrée ^^ port. C'est alors qu'il verra que, si l'fivas^le l'appelle à devenir suUime, il i^'entend pas le rendre «i^travagant, bizarre > #( ({u'il fie propose si peu de mutiler la natwe humaine, q^'il tend, aa eontraîrey à la marquer d'uae empreinte t^iâ^urs ^us divine* C'ofit alars qu'il sentira qae, le» de nous aqtorisw à laî»- ^r s'éteipdre, àjam uM inaction corruptrice, les la-ï lents qui nous scvat censés, l'Evangile vient incea^ inmment agrandir notre horizon isfiirituel; qu'il nous précipite, sur tans les points, vers la perfection, su& iM9er de no^ apprendre à vivra cenne des élran» gpps sur la terre (1 Pieite II, 11); et que. s'il Htpt ao> regards attachés sur le Bien qui est annoiv baaaté, ^oira, science, e^est pour nuwx aooa ntn

h'iotm haïssante. Stt

ga^er à devenir to«Ll ce que nouB pDutQ08 étrtd. Cci n*est pas en détruisant (jm'on ëlève^ qu'on 8a«ctifie. Le peu de respect de la nature ou de ia vie humaine^ les idées fantastiques de sainteté et les tristes exclu* âons qu'elles commandent peuvent très bieà s'allier à un esprit &rouche d'égo&me ou d'orgueil ; et le vimH homme trouve plus scm compte qu'on ne peise swk distinctions arbiti^aires dont un dogsuiisine intoIéfMl est la source*

Mais, iû graves que soient ces dangers, le cfarétiw peut les prévenir^ conskléràt-il TEvangile comme «ne sorte tle code : il lui suffit, pour cela, de maorcher sur les trûoes de la communauté de Jérusalem. Sans re*^ nencer à son judaïsme, elle apprit à reconnaître -deB frères ^laos les chrétiens d'origine païenne, et leur teadÂt, par-dessus les barrières qui l'en séparaient, la main d'association. Ainsi, l'union des preaiiers dischples vint progressivement enrichir le trésor des grâeei qu'ils possédaient ; et bien qu'engagés dans des Mutes^ diverses, ils n'en acoomplissaient pas moins en com«mun des œuvres qui comptent parmi 1^ {iftus beaux triomphes du premier siècle. Une union jsemblabte ne saurait s'opérer de nos jours entre Dés héritiers, de la même foi, à moins qu'ils n'aïqp&rent à vivn) de la môme vie que les membres de rEghse nais* santé. Le voulons-nous sincèrement ? Ces^ nous de^ mander si nws vouiras décidément former un peuple anusiféi. û nous sommes {H^ts à devenir, tout de

Si l'église naissante.

bon, les captifs de la grâce, et à nous consacrer sans réserve au semce de Jésus-Christ. C'est nous demander si nous voulons apprendre à mourir; si nous voulons nous dépouiller, sans restriction, de nousmêmes, afin de nous mouvoir en Dieu seul, et d'être capables de souffrir, à notre tour,- pour l'Eglise le reste des afflictions de son Epoux (Coloss. I, 24). Car nous n'avons pas le choix entre devenir syblimes, extraordinaires, sur les ruines de notre égoïsme , et demeurer les malheureux esclaves delà vanité. La sublimité, si naturelle à Jésus-Christ qu'il en fait l'attribut des siens, nous met seule en état d'échapper à l'élroilesse d'esprit ou de cœur sous Tinfluencè de la foi d'autorité, et aux sérieuses dissipations de la pensée dans l'atmosphère de la liberté spirituelle. La sublimité, qui forme le trait distinctif de l'Eglise naissante, -n'est pas moins notre drojt que notre devoir, nôtre héritage que le fruit céleste qui doit mûrir dans notre cœur. Il ne s'agit pas, sans doute,' comme à Jérusalem, d'instituer, sous lé nom d'Eglise, une famille religieuse qui ait « tout en commun ; » encore moins de vendre ce que nous pouvons posséder pour pourvoir aux besoins de DOS frères. Nous ne voyons nullement que les chrétiens du premier siècle aient suivi, sur ce point, l'exemple de la communauté de Jérusalem, ni qu'aucun apôtre ait engagé les Eglises à le suivre. Le meilleur moyen de donner n'est pas précisément de se dépouiller de tout; et l'on peut très bien tirer parti de ce qu'on

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a d*une manière plus profitable aux autres. Mais nous n'en sommes pas moins appelés à nous inspirer du même esprit que les premiers disciples ; à considérer comme une faveur tout ce que nous appelons nôtre ; à nous tenir honorés de pouvoir donner à nos semblables de nos revenus, de notre temps, de nôtre vie; et, brûlant du désir d'augmenter la part de leur bonheur que nous portons dans notre âme, à nous associer si bien à leur destinée que le feu de leurs épreuves consume les obstacles que rencontre, au dedans de nous, l'accroissement de l'enfant du ciel. Vouloir placer moins haut le but, c'est le ramener au niveau de la morale vulgaire. Et que sommesnous, avant que l'Esprit de Dieu nous affranchisse de la vulgarité dont notre âme porte le sceau, et nous délivre du culte honteux des petites divinités qui peuplent notre cœur ?

Qu'est-ce à dire, sinon que nous ne saurions aspirer à une félicité moins complète que les chrétiens du premier siècle? Il n'y a, il ne peut y avoir de paix réelle que dans un renoncement absolu â soi-même^ parce que Dieu ne saurait, à d'autre condition, remplir tout le cœur de lui seul. Tant que nous prétendons à quelque chose pour nous, si peu que ce soit en apparence, nous ne saurions nous élever à une joie parfaite. Vivre avec abandon en Dieu, se soumettre dans l'esprit de Jésus à ses frères, et, comme lui, s'anéantir soi-même (Phil. II, 7, 8), voilà le seul moyen d'être heureux.

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