L EGLISE NAISSANTE
Admirable vertu deTamour, qui nous fait vivre à proportion que nous mourons mieux à nous-mêmes. Ré-* pétons-Ie : il ne nous est possible d'être heureus: qu'à condition de devenir sublimes; c'est dans notre héroïsme que se trouve la mesure de notre félicité, et l'amour est la source de l'un conune de l'autre ; V^-" mour, qui, arrachant au mal sa victime, transforme en un affranchi de l'Esprit le misérablei serf de la passion, et rend accessibles au pécheur les sentimeote extraordinaires dont Jésus-Christ était animé (Phil. II, 5); qui, s'enrichissant à mesure qu'il se dépouille, se nourrissant de ses sacrifices, découvre, chaque jour, des régions inexplorées, des devoirs délicats auparavant inaperçus; qui épie les occasions, les prévient, les fait naître, aspire à l'impossible, et change 4e plu;^ hujmble disciple eu martyr.
Celait vrai, dira-t-on; mais à quelle fin desexhor* tations semblables? Au point de vue d'un certain nombre de chrétiens, elles se conçoivent sans doute. Mais, au point de vue général de l'Eglise, se couçoivent-elles également bien ? Au point de vue surtout de la société contemporaine, qui, tout w renonçant le Christ, ne renonce pas à son nom, ont-^eUes la moindre valeur? Gonnuent se le dissimuler ? Loin de conserver un reste de confiance dan^ l'wtique verm
L*iùLlSÈ KlAlBSAKTB. Vf
de FEvatigile, notre génération a pu se croire appelée à oél^rer ses funérailles, et les hoaimages qu'elle lui adresse et qui respirent moins de respect peut-être que la franche confession de son incrédulité, n'«n sent, dans sa bouche, que l'éloge funèbre* Booubms l'un de ses poètes, hélas ! les plus fidèles :
« b Christ! je ïie suis pas de ceux que la prière Dans tes temples muets amène à pas tremblants ; ^Je ne BUIS pasdeoeux qai yoqU toa Calvaire, En se frappaqt le cœur, baiser (es pieds sangl^t3; Et je reste debout sous tes sacrés portiques, Qaand ton imaple fidèle, niHtonr des noirs.aroeaux, Se conrbe en murmuraol sous le v^ai des cantique^ Comme au souffle du Nord un peuple de roseaux. Je ne crois pas, 6 Cbrist ! à ta parole saititè ; le soH yeiiti trop «atd dans an inonde trop vieai. D'un siècle i»ns Q^oir b^ un siècle SAn$ crainte; Les comètes du nôtre ont dépeuplé les çieUx.
maintenant Te bavard promène au sefn des ombres Be leurs iltustons les nwnde^ réveillée ; L'«^pnt de<k t^ws passés, errant mr leurs. (lécoiBbrç3, Jçtte au gouffre étemel tes anges mutilés.
L«s tlous thi Ool^otha te seutlenneM à p€^ ', SoHis toi (JlWhi tombeau, le sol s'est ^rebé ? T^l gloire est morte^ 6 Cbrist! et sur nos croix d'ébène, l'on cadavre céleste en poussière est tombé 1
Néus emniies aussi vfeuiL qu'au {dir de ta nafssanfè, ^pu$.*9(teq^s ai|t^t ;, ueus avons plu^ perdu^ Piu^ Hvide et plus froid, dans spn cercueil immense, fotxt fa seconde fois, Lazare tfst étendu. iMi dote est Te Samnmr four eBep^uTrir'Oot totobeer»
28 l'église naissante.
Si ces vers, beaux de leur deuil pompeux, ont pu se répéter aux applaudissements de la foule, comment croire que la Vérité^ait encore assez de prise sur le cœur humain pour remporter des triomphes pareils à ceux par lesquels le premier siècle vint changer la face du monde ?
Considérons d'abord, avec quelque attention, le phénomèrae spirituel le plus fâcheux, sinon peut-être le plus fréquent, que nos temps nous offrent.
La soif fiévreuse de jouissçinces qui travaille notre génération et son culte avoué de la matière ont fait, de notre siècle, le siècle du découragement. Quiconque ne peut s'abaisser sans honte à son niveau, porter sans répugnance sa livrée, ou se faire sans scrupule à son image; quiconque écoute les voix divines qui murmurent au fond de son cœur, et en respecte religieusement les besoins, s'expose à tomber tôt ou tard dans un isolement funeste, qui use lés forces vives de l'âme, et travaille à la dépraver. Passant ainsi peu à peu de l'irritation au dégoût, du dégoût à l'ennui, et de l'ennui à une indifférence corruptrice, un tel homme cède bientôt au regret de n'avoir pas suivi la route où passe la foule, de n'avoir pas su accepter le monde tel qu'il s'offrait à lui , et tremper, comme d'autres, ses lèvres dans la coupe qu'il lui présentait. Un désenchanlement plus amer que celui qui suit l'e^tpérience s'empare insensiblement de lui ; et, l'âme toujours plus altérée, il essaye de presser la vie dans ses