LA MISSION DE L EGLI5B ACTUSLLI
même qu'une existence imparfaite : et, n'ofiGrant aucune physionomie distincte, elle ne saurait constituer une personne spirituelle. Mais lorsque la transformation que les temps rappellent à subir Taura mise en état de se concentrer en un corps véritable, an lieu de dépendre dans un si haut degré du pasteur, c'est au contraire le pasteur qu'on verra dépendre d'elle. Aussi deviendra-t-elle, en vertu de sa conminnion avec son Chef, le centre visible de la vie religieuse ; et ses membres pourront-ils d'autant mieux former, chacun, un centre dans ce centre qu'ils seront plus intimement unis avec Jésus-Christ. Ainsi des rapports nouveaux s'établissent entre les chrétiens, qui, se connaissant de plus près, puisent dans leurs expériences communes de nouvelles luiùières, se communiquent progressivement les grâces qu'ils ont reçues, et vivent, chacun, dans le cœur et de la vie -de tous. Or que ne peuvent pas, pour le salut de rame humaine, les membres d'une telle Eglise, et une Eglise qui se compose de tels membres? Il y a plus. Chacune des communautés qui font partie du corps de cette Eglise possède une individualité religieuse distincte, vit de sa vie propre, poursuit le cours de son développement qu'aucun obstacle extérieur n^arrête, et revêt une forme eu rapport avec la nature de ses besoins. Aussi les lumières dont son expérience chrétienne est la source viennent-elles incessamment agrandir l'horizon religieux des autres communautés,
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qui la font participer, en retour, à l'héritage spirituel dont elles sont en possession. Cet échange fécond d'aspirations et de sentiments, permettant à la vie religieuse de se répandre jusqu'aux extrémités du corps de l'Eglise, unit toujours mieux entre elles, au profit de leur indépendance réciproque, les communautés qui le composent. Ainsi se forme une riche unité, qui, sortie du libre développement de la vie chrétienne, qu'elle rend toujours plus organique, dirige toujours mieux les regards vers le centre de la vérité. Ainsi prend naissance, au sein de la société, un grand courant religieux, qui, gagnant peu à peu les cœurs droits^ prépare graduellement la conquête du monde à Jésus-Christ, et fait concourir les obstacles comme les moyens, les ennemis comme les amis aux progrès de cette œuvre diviue. Ainsi , Tunion volontaire des chrétiens multipliant leurs ressources et centuplant leurs forces, le monde pourra de nouveau se couvrir d'Eglises qui répondent aux vrais besoins de l'homme, et mettent leur prosélytisme avant tout dans leurs œuvres. Ainsi, l'indépendance spirituelle des membres du corps de Christ respectée, aucun d'entre eux ne sera plus annulé, aucun effort inutile, aucune vie, aucun travail perdus, aucune aspiration stérile, aucune voix découragée, aucun soupir repoussé. — Or si quelques-uns de ces beaux résultats semblent vouloir se produire malgré les formes actuelles de l'iastitulion religieuse, de quoi, sinon dç
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l'établissement de l'Eglise de ramour, est-oo le plus en droit de les attendre? Ne sont-ils pas les fruits naturels de l'œuvre que doit accomplir cette Eglise? Quelle autre pourrait, au même titre, imprimer à une telle œuvre son caractère d'universalité? Quelle autre verrait-on devenir, dans un si haut degré, le missionnaire du monde ?
Enfin, c'est dans l'Eglise de l'amour que la pemée religieuse revêt son véritable caractère, et trouve sa place définitive. Puisant dans les luîtes et les expériences de cette Eglise la plénitude et la richesse dont elle est trop souvent dépourvue, la science théologiqne s'unit par plus de points à la vie chrétienne; de sorte que, loin de se faire, conmie on a pu le voir^ rédproquement obstacle, elles se pénètrent et se fortifient l'une l'autre. Ainsi la théologie, faisant désormais partie intime de l'Eglise,, peut toujours plus sârement en diriger la marche. La soif de réalité, le dégoût des formes scolastiques qui se manifestent dans ce domaine tendent à donner à la science religieuse nn caractère plus pratique, plus spéculatif et moins dogmatique, plus humain et moins artificiel, plus simple et plus spiritualiste. L'antincmiie, qu'on a singulièrement exagérée, entre la pensée et la foi se transforme et s'^Èsk» graduellement au sein de Tmiité dont rameur est la source. L'écrit se trouvant en contact avec la vérité, rame a aussi plus de part an développ^sieiit de la théologie, et son coDconrs vient agrandir d'autant
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le domainederintelligence: la science chrétienne fait tout à la fois plus sentir et mieux penser ; et, plusféoonde à mesure qu'elle secoue davantage le joug du formalisme, elle met fin au règne du rationalisme, qui n^en est , dans le meilleur cas, que l'écorce stérile, et absorbe le littiralisme, qui se condamne systématiquement à déchirer la vérité. Aussi ne saurait-elle atteindre le but, s'adresser à Tàme comme à l'esprit, s'imposer à la conscience en vertu de son évidence intrinsèque, être toute la vérité pour l'homme, à moins de s'asseoir sur le principe de Tamour, d'en reconnaître la méthode, et d'aspirer à se remplir de la substance de l'Evangile, plutôt qu'à se parer de passages scripturaires indistinctement empruntés à toutes les directions comprises dans la Bible. C'est ainsi que l'Eglise pourra léguer au monde la science dont saint Jean déposa le germe dans le sol du siècle apostolique. C'est ainsi que la théologie reproduira fidèlement le point de vue de cet apôtre, qu'elle sera la science définitive, et que, la vérité humaine et la vérité évangélique se recouvrant de plus en plus, l'Eglise se trouvera, de tout point, dans les conditions de l'unité. C'est encore ainsi que la science religieuse redeviendra conquérante, et que, mtssionnaire de l'esprit humain, elle en retrouvera la langue ignorée ou perdue : et comme elle en réfléchira le fond, tout esprit sincère pourra se reconnattre en elle, et subir, en quelque mesure, l'action de
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la vérité. Or Tévangile de Jean, renfermanC les prémisses d'one telle science, est comsie on gage, foami par le Saint-Esprit, de son accomplissement dans l'Eglise. Et n'est-ce pas la tâche qne s'impose, de nos jours, la pensée chrétienne ? N'est-ce pas vers ce point qoe gravite son développement natm^l ? Tous les antres chemins ayant été parcoarus, et venant se perdre dans cette voie royale, la théologie n'ea est plus an vagae pressentiment de la direction qn'eUe doit suivre. Non-seulement elle se forme, du but auquel il loi faut tendre, une idée toujours phis précise ; mais elle feiit, pour l'atteindre, des efforts persévérants, sinon également heureux. L'Eglise a seule les moyens de fonder Tunité s{Mrituelle : la science qui en est l'expression d(Ht sortir des travaux combinés d'esprits vraiment formés à Fécole de l'Evangile. Et du point où nous sommes paireiitts, il est facile de se convaincre que le principe de l'amour, éclairant le fond de k personnalité chrétienne, conduisant la pensée ji£squ'à sa racine, offre seul une base assez large pour pcxrter Tédifice de la science de l'avenir.
Quelle puissance ne déploierait pas, pour la paix de rhumanité, l'Eglise qui marcherait à la lumière d'voÈe telle science, et dont le Saint-Esprit aurait tran^ormé les pasteurs en apôtres et les fidèles <m missionnaires? Ce grand, cet étemel mirade, mamfestant, comme aux premiers jounç de l'ère dnétienBe^
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le ciel aux regards de rhomme, suffirait pour élever notre siècle à la hauteur de celui des Paul et de celui des Luther. Et de quoi serait-il besoin, pour gaguer les cœurs droits, que du simple mot de Philippe à Nathanaël : «Viens et vois?» (Jean 1, 46.) Pourquoi donc, loin de nous, remplir d'un saint courage, une telle perspective ne semble-t-elle propre qu'à nous mieux asservir à notre misère ? Pourquoi, quandDieu nous offre le moyen de convertir tant de douleurs en chants de reconnaissance, de répandre, dans la nuit du monde, une si éclatante lumière, d'initier un si grand nombre d'àmes à une vie si sublime, pourquoi, appauvris et subjugués par une injuste défiance, consumerionsnous nos forces à creuser des sources taries ? — L'œuvre est difficile, direz-vous. Età supposer qu'il en fût ainsi, la nature de nos besoins religieux, l'état présent de l'Eglise en rendraient-ils la réalisation moins nécessaire ? Est-ce lorsque notre témoignage peut le mieux servir les intérêts de la vérité qu'on nous verrait prendre le parti de nous taire, et choisirions-nous, pour nous retirer du combat, le moment du plus grand péril ? Nous ne serions donc devenus chrétiens que pour couvrir de la croix notre égoïste béatitude, l'oubli criminel de nos frères, et du Dieu qui ne nous a pa& oubliés? Ah! voyons-nous que Jésus-Christ ait tant hésité à se faire la viclime de notre infortune, et que la difficulté de l'œuvre de notre délivrance lui ait fourni le moindre prétexte pour se dispenser de l'accomplir ?
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Et comment aurions-nous le courage de nous réclamer de son nom y tant que son sacrifice ne fait pas naître en nous le besoin de devenir, à notre tour, les martyrs de la vérité? — Mais non, la fondation de FEglise de Tamour n'est pas une œuvre aussi difficile que notre paresse spirituelle aimerait à nous le persuader. Elle l'est incontestablement moins que ne l'était celle de l'Eglise apostolique ou de l'Eglise du seizième siècle, et pas beaucoup plus que ne l'a été, parmi nous, la formation de certaines sectes, dont les progrès ne laissent pas que d'être significatifs. Si nous savions reconnattre, dans une telle œuvre, la mission que Dieu confère à notre fidélité, l'apostolat donl il nous investit, nous verrions bientôt s'évanouir les obstacles qui peuvent s'opposer à son développement. Elle est, d'ailleurs, dans un rapport si étroit avec notre histoire religieuse, que l'appui d'an certain nombre de chrétiens convaincus suffirait pour en assurer k triomphe : un peu de levain fait fermenter toute b pâte.
Eglise de Jésus-Christ, dont la jeunesse fut marquée du sceau brûlant du martyre, enfant solitaire de la prière qui, né au pied d'une croix, vins grandir sur les bûchers, retourne aux lieux où fut ton berceau pour y retrouver ta couronne. On a pu croire ta force à jamais brisée ; et tes ennemis, témoins de la faiblesse de ta foi, et devenus puissants par suite de ton impuissance, célèbrent ta ruine prochaine. Tu as sans doute
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les moyens de confondre leurs espérances, et de te venger d'eux en faisant servir à leur salut la honte qui les attend. Mais,avant de marchera laconquêtedes cœurs qui te sont promis , retire-toi sur a la montagne » pour puiser, dans le sein de ton Dieu, une jeunesse nouvelle. Fille du pardon, sainte Crucifiée, le moment est venu d'embrasser, comme aux jours de ta gloire, avec crainte et reconnaissance, Tauguste mission que ton Epoux t'a confiée, afin qu'après l'avoir fidèlement remplie, tu puisses, de nouveau, être « exaltée x> devant les hommes. Que l'Esprit des anciens jours, l'Esprit d'amour et de lumière soit ton conseil et ton guide ; qu'il te communique sa douceur et sa persévérance; qu'il te rende la foi et les œuvres de ta jeunesse ; et qu'en te convertissant, chaque jour, à Tamour dont tu es aimée, il te fournisse le moyen 4'y convertir la terre entière ! Amen.
Notre temps se préoccupe, à bon droit, de la question , fort complexe , de l'organisation de l'Eglise. Si cette question est de nature trop particulière pour figurer dans le corps de cet ouvrage , son importance et son actualité ne sauraient sans doute me permettre de la passer sous silence : ce serait, d'ailleurs, m'exposer au reproche d'être incomplet. Je crois donc faire une chose utile en lui consacrant, les pages suivantes, bien que je ne puisse guère ici qu'esquisser les contours du sujet.
Avant la venue de Christ, l'histoire n'ofifre, au lieu d'Eglise, que des nations religieuses. D'un autre côté, la société chrétienne ne saurait atteindre son but, à moins de réaliser, dans sa plénitude, « la communion des saints. » Voilà pourquoi', loin d'être réellement constitilée , l'Eglise poursuit encore , de nos jours , l'œuvre de son organisation. De métamorphose en métamorphose , elle tend mieux à revêtir sa forme
* Cet Appendice a spécialement rapport à la sixième Gonférence.
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normale ou définitive. Aussi ne sauraitron déterminer sûrement celle qui répond au caractère de nos besoins religieux, sans bien connaître les graqdes transformations que la société chrétienne a subies.
Observons, d'abord, que l'organisation intérieure de l'Eglise du premier siècle est dans le rapport le plus étroit avec la nature de son développement religieux : comment cette Eglise aurait-elle pu se mouvoir dans des formes d'un caractère opposé à l'esprit qui l'animait? La première période de son histoire nous numtre les Apôtres fidèles aux observances légales, et constituant, par la position qu'ils occupaient, le centre naturel de l'Eglise. C'est à eux qu'est commis l'office de la prédication de l'Evangile (Actes VI, 1-4): . on dépose à leurs pieds le prix des possessions vendues pour l'entretien des fidèles (Actes IV, 34, 35): Pierre paraît à la tête des Douze, et l'influence qu'il exerce assure la prépondérance à soti avis dans les conseils de l'Eglise (Actes XV, 7-12) : à sa parole, Ananias et Saphira expient, par une mort soudaine, un mensonge concerté (Actes V, 1-10). La direction de l'Eglise appartient donc à l'apostolat d'autorité, à l'apostolat de droit divin : la communauté religieuse repose sur le fondement de l'obéissance légale^ — La seconde période du développement de l'Eglise apostolique nous offre, au contraire , des communautés affranchies du joug de la loi , et gouvernées non plus seulement par des apôtres, mais par des chrétiens
qualifiés pour annoncer l'Evangile. Au lieu de revêtir le caractère exclusif qui le distingue d'abord , l'apo* stolat se transforme insensiblement par l'activité de saint Paul, d'ailleurs appelé au ministère d'une autre façon que les Douze : chaque jour accroît Timportance relative de la communauté. Dépendants d'elle sous certains rapports, ses directeurs se trouvent davantage mêlés aux membres du troupeau, et remplacent bientôt ce collège d'ordre divin dont les décisions s'imposaient à la communauté : la liberté spirituelle pénètre dans le gouvernement de l'Eglise comme dans la vie religieuse : le pasteur doit plutôt à son caractère personnel l'empire qu'il exerce sur les esprits : il pratique la persuasion au lieu de dominer sur les consciences. Loin de s'armer d'autorité comme Pierre aux premiers jours de l'Eglise, Paul recourt davantage à l'argumentation ; et, s'efforçant de convaincre les esprits ou de gagner les cœurs, il imprime à sa parole un cachet plus individuel. — Enfin, en vertu du principe central ou de la tendance générale de sa théologie, Jean confond désormais l'apôtre avec les membres de la communauté, ou fait du pasteur un fidèle et du fidèle un pasteur. L'apôtre de la charité répète, sous toutes les formes, à ses frères : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres » (1 Jean, III, H ; IV, 7, H, 12, 20, 21, etc.), et établit, au moyen de cet amour, l'unité la plus complète entre celui qui jenseigne et ceux qui
IVJt APPETiniCR.
f*ônt ensôigiiés. (^est do colle sorlo que le pasteur s*idenlifio avec le liwipeau ; quo chaque fidèle peut spiriUiolloiuonl former le centre de la communauté dont il est membre; et que s*oi^anise cette républlcpio lies aMisciences dans laquelle tous exercent sur chacvm et chacun sur tous une action constante et dia>cle, et où rcH*hango spontané des pensées, ia fusion dos esprits et le mélange des âmes deviennent la forme naturelle de la vie de TEglise.
Plus TEglise s'éloignait du premier siècle, plus elle gagnait de terrain sur la société contemporaine, ei plus on la vit glisser sur la pente da cathoUeisme» dans lequel elle se fixa peu à peu r c'est ainsi qu*eUo vint se concentrer plus tard dans le pn>teslantisme. On sait assez qu'à chacun de ces systèmes wnt^spond une forme ecclésiastique différente. Le jvriiK'ipe cte l'autorité, qui sert de base à Timtituiim catkoliqm. doit progressivement neutra* liser rindividib par la communauté, la commnnaQté par TEglise. T Eglise par la hiérarchie el celle -d par le saiut-siége. Au poial de vue cathotiqœ^ TEglee c'est le clergé, qui absorbe ou remplace l'Eglise, c*esl-à-dire le corps des croyants. Ici donc, il ne peut être question que du clere:é : de fini, TE^jise u^existe pas encore; et une telle forme religieuse, utile peut-èli'e dans les temps ou la société chrétienne avait besoin^ pour se constituer, d'aune forte tutelle « n*a plus aucun rapport avec Tetai présent
de la conscience humaine. Le fait général que nos temps accusent le mieux, et qui demeure le résultat le moins équivoque de l'histoire moderne, c'est le dégagement progressif de l'individualité du sein des groupes qui l'absorbaient jadis. La formation de l'individualité spirituelle, moyen et condition de la conmiunion des âmes, se présente comme le terme naturel du lent et sombre pèlennage qu'accomplit l'humanité. Or, loin d'offrir un sûr asile à l'individualité chrétienne, Tinstitution catholique doit au caractère qu'elle revêt de la considérer forcément comme sa plus dangereuse ennemie : de sorte que rhistoire humaine^ suivant désorno^ais une direction contraire au catholicisme, se verra contrainte à le renverser comme un obstacle impuissant.
En transportant l'autorité, du chef visible de l'institution catholique à l'Ecriture sainte, V Eglise protestcmU fit un grand pas vers l'affranchissement de la * conscience religieuse, désormais à l'abri de l'arbitraire qui s'attache à toute fausse position. Les symboles écrits, les ordonnances ecclésiastiques, fixant la forme officielle du développement de la vie religieuse, devaient imprimer à cette Eglise le caractère d'un établissement national. Mais, régie par une constitution de nature plus ou moins abstraite, elle cessa bientôt de présenter un corps assez compacte pour se défendre par l'organisation du clergé, comme l'Eglise catholique : et, d'autre part, ouverte, en
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quelque sorte, à tout veuant, elle ne saurait revêtir une physionomie assez individuelle, faire naitre des convictions assez indépendantes, être assez libre dans ses mouvements pour exercer sur les esprits une action forte et étendue. D'où il résulte que, si TEglise catholique pèse trop lourdement sur les consciences pour se transformer sans secousse, TEglise protestante peut très facilement être envahie par l'Etat, auquel , sous sa forme nationale , elle appartient désormais.
L'Eglise protestante, d'ailleurs, considérée en général, renferme dans certaines limites l'activité spirituelle de ses membres. Loin de les appeler, selon que les temps l'exigent, à la participation de son gouvernement, elle se trouve encore, à quelques égards, sous la dépendance du clergé. Plus humaine que celle de Rome, elle ne saurait, en vertu de son caractère national, conduire naturellement le chrétien jusqu'à l'indépendance religieuse : le pasteur reste trop pas-' teur, le troupeau trop troupeau. Manquant d'une vie spirituelle qui lui soit propre, celui-ci demeure passif jusque dans les actions les plus touchantes et les plus intimes du culte religieux: l'Eglise s'arme toujours d'autorité dans ses rapports avec le croyant. En un mot, l'unité spirituelle n'est nullement en voie de se former, ainsi qu'on aimerait à le croire.
Il y a plus. L'institution protestante, revêtant généralement le caractère d'un établissement national,
APPEMDICB. 24-5
devait, de quelque façon, servir de soutien à TElat, et devenait son instrument , en croyant s'en faire un associé. Plusieurs causes concoururent à rendre son alliance avec l'Etat aus^i naturelle que, dans certains cgis, salutaire. Néanmoins, l'Eglise, ainsi incarnée dans la nation, se trouvait en devoir de gouverner tous les esprits, et de faire, autant qu'il se pouvait, la société à son image. Force lui était, en vertu de son caractère, d'exercer une surveillance plus ou moins »tyrannique, ou de constituer, dans l'Etat, une conscience religieuse officielle. Mais, que les convie* tiens d'une partie de ses membres fassent prévaloîr une théologie qui ait assez de couleur pour ne plu^ être du goût de tous, une lutte ardente éclate bientôt dans son sein, et condamne à une opposition stértle même les esprits indifférents. De là naissent, à son grand préjudice, les compromis les plus fâcheux. L'Eglise , intérieurement déchirée , et devant néanmoins tenir le peuple sous sa tutelle, lui communique bientôt la fièvre qui la travaille : la lutte qu'elle soutient, agitant de plus en plus l'Etat, et se compliquant ainsi d'éléments étrangers, revêt le caractère le plus grave. Un élat de choses semblable comprend tous les germes d'une révolution; et Ton se rappelle tel cas où la révolution en est sortie avec une grande violence. Qu'une Eglise nationale, dans laquelle se développe une vie chrétienne conséquente, veuille prendre aa sérieux son caractère offi-
ciel, et 00 la verra, tôt ou tard, faire naître une crise dont les suites peuvent très facilement boaleverser le corps social. Il n'est d'atttre moyen efficace de prévenir un tel malheur que la séparation sincère de l'Eglise et de l'Etat.
La nécessité; je dis plus, l'urgence de cette séparation ressort, d'ailleurs, d'un autre ordre de faits. L'indépendance dont la science humaine est, sous plus d'un rapport, redevable au protestantisme a rendu toujours plus facile le développement du droit na- . turel, qui recherche les meilleurs moyens de donner satisfaction aux besoins terrestres de rhomme. En poursuivant la solution de ce diflScile problème, le droit naturel s'est non-seulement soustrait à toute influence religieuse ; mais il a puissamment concouru à. soustraire la société à la tutelle des Eglises nationales, qui n'en cherchaient pas moins à la retenir sous leur aiitorité. Les institutions et les lois, subissant peu à peu son influence et se pénétrant de son esprit, contribuaient à agrandir la distance qui séparait la nation de l'Eglise. L'Etat devint toujours plus étranger à l'institution religieuse, qui se vit toujours davantage isolée au sein de la société. Cet isolement, rendant de plus en plus manifeste l'impuissance des Eglises nationales, devait naturellement augmenter la sourde inquiétude des esprits. Se trouvant ainsi, malgré les efforts de leurs plus fermes soutiens, de moins en moins en état de satisfaire les besoins que leur passé
a fait naître 9 ces Eglises sont désormaÎB exposées à tomber sous le poids d'une vieillesse précoce, à moins qu'elles ne se rajeunissent au prix d'une sincère transformation. On conçoit donc que l'Etat moderne suive une direction opposée à la marche des Eglises nationales, qui cachent, sous l'apparente harmonie des intérêts temporels et spirituels, la division la plus funeste. Les temps nous obligeront à reconnaître tôt ou tard que le vrai moyen d'unir l'Eglise et l'Etat consiste à les séparer. Leur union matérielle, les séparant de fait autant que leur séparation les unit, demeure la plus dangereuse fiction.
Le droit naturel, faisant ainsi de plus en plus abstraction de la sphère rehgieuse, en dehors de laquelle il se développe, se meut de plus en plus à la surface de la vie humaine, et revêt même un caractère hostile à l'Eglise. L'Etat, qui le représente en quelque sorte, se montre, dès lors, toujours plus exclusif relativement à l'institution religieuse; si bien que la division morale qui règne entr^ elle et lui doit nécessairement finir par un divorce éclatant. A demi abandonnée de la société, et se trouvant, d'ailleurs, sous la main de l'Etat, l'Eglise se voit de plus en plus forcée de se mettre à son service, je veux dire d'en subir la loi. Ainsi, par la nature des services qu'il leur rend, l'Etat mine peu à peu l'existence des Eglises nationales, qui doivent, en s'affaissant, tomber tôt ou tard en sMMiissance. L'opposition in-
3i8 APPENDICE.
térieure qui se manifeste entre la religion et le droit naturel y dépouillant toujours davantage celui-ci de son caractère moral , le porte à envahir la société, et à chercher les moyens de la gouverner à sa guise. Ainsi prend naissance le socialisme, qui, remplaçant l'Eglise par l'Etat, a sa source lointaine dans la séparation «ptVftticIte de la sphère politique et de la sphère religieuse, fruit naturel de leur union matérielle, c'est-à-dire dans l'existence des religions nationales ou des Eglises d'Etat.
La situation que nous venons de décrire en quelques mots, et dans laquelle nous nous trouvons, marque donc l'heure où peut et doit s'accomplir la • transformation générale de l'institution religieuse. Une telle transformation suppose, avons-nous vu, la séparation matérielle de l'Eglise et de l'Etat. Mais, à moins de rester stérile ou de devenir le rempart de l'étroitesse dogmatique, cette séparation doit s'opérer en vertu d'un principe, sinon servir de moyen au développement d'un principe. Il faut, d'ailleurs, que ce principe soit de nature à répondre aux aspirations religieuses qui caractérisent nos temps : en d'autres termes , comme je l'ai montré dans le cours de cet ouvrage^ un tel principe ne peut être que celui de l'amour « selon l'Esprit. » Le principe reHgieux, ainsi rendu à ses conditions véritables, pourra désormais faire couler une vie nouvelle dans le corps social, exercer une influenceAlBJours plus directe sur les
APPENDÏCB. ^ 24&
institutions établies , et unir spirituellement VEg\ke et TEtat, les chrétiens et la nation.
Mais, pour mieux mettre en évidence la vérité de \
ce qui précède, essayons de répondre successivement à deux questions. •
Première question. Quelle est la situation actuelle de la société, sous le rapport de sa constitution intérieur e?
Rappelons d'abord que, sur le fondement et sous la protection du catholicisme, s'est formée une société plus ou moins hiérarchique, gouvernée par la noblesse, qui en occupait le sommet. Sous l'influence du protestantisme, cette classe sociale vit s'élever, en face d'elle, la bourgeoisie moderne, qui, enrichie par le développement de la science et de l'industrie, dont elle fut le 5)rincipal organe, partagea avec sa rivale le gouvernement de la société, partout où elle ne l'enleva pas de ses mains. Le corps social ainsi formé sous l'égide de l'Eglise catholique et de l'Eglise protestante demeure évidemment incomplet, et renferme, on le conçoit, les éléments d'une lutte sourde et terrible. Aussi quels efforts n'a-t-on pas faits pour organiser, sous nos yeux, une troisième classe sociale opposée aux deux précédentes ? Mais ne poiivant, à l'exemple de ses aînées, s'enraciner dans le sol d'un principe religieux, cette classe ne reposait que sur une base politique, et se voyait, dès lors condamnée à une existence atârile : c'est pourquoi, bien
etTa, pour ainsi parler^ dispersée en individualités ja* louses. La grâce divine, — ô sublime miséricorde! — nous a fourni les moyens de retrouver Tunité perdue, ou plutôt de nous élever à une unité plus haute, à une unité consciente et personnelle, à l'unité, non plus de nature, mais de volonté, non plus substantielle, mais libre, en d'autres termes, à l'union dans l'amour. Aussi l'histoire humaine n'atteindra- 1- elle le but que lui marque un doigt invisible, que lorsque l'humanité redeviendra wnc, j'entends que lorsqu'elle aspirera à former une famille , ou que TEglise et TEtat pourront véritablement se fondre l'un dans l'autre. Une telle restauration de l'unité, étant religieuse de sa nature, ne saurait s'accomplir que par le moyen du principe religieux. C'est pourquoi chaque religion doit donner naissance à une société dont l'unité réelle a pour mesure le degré de spiritualité du principe qui en forme le centre, et dont la caducité est en raison du manque de spiritualité de ce principe. Telle est la source dont provient la part de vérité et de mensonge que renfermera , jusqu'à sa dernière transformation, la société humaine. Il résulte de là qu'il n'y a que le principe de l'amour qui puisse instituer la société de l'avenir, je veux diro changer , progressivement , les membres des Eglises chrétiennes en membres d'une véritable famille ; que ce n'est que par la vertu de ce principe que les fictions qui frappent nos regards tomberont,
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Tune après Taotre, sans secousse, à la gloire de la vérilé ; en un mot, qae ce n'est que par l^avéuement de l'Eglise qui repose sur ce principe que peut s'accomplir la régénération du monde. Et comme les fi^Qi'ces qui ont fait fleurir les institutions de nos pères se sont insensiblement taries, que la société se troaye dans un état effrayant de désoi^anisation, et que les forces opposées qui la sollicitent, n'ayant plus de contre-poids suflfisant, semblent, par intervalles, roaloir la faire voler en éclats, U est certain que l'heure est venue de travailler, avec courage, à la fondatkm de TEglise de l'amour. Ainsi Ton verra s'établir pea à peu une vivante solidarité des destinées qui poussera les esprits à marcher vers nn but conunim, et fera concourir toutes les conquêtes des âges à Vacbèvement du corps social.
Seconde question. Quelle est la situation actuelle de TEglise , sous le rapport de sa constitution intirieur e?
Les deux EgUses de Tautorité et de la foi ne sauraient, conune nous Tavons établi, satisfaire pleinement nos besoins religieux; témoin, entre mille faits, les aspirations fort diverses à une régénération de TEglise qui se manifestent dans leur sein, et les sectes nombreuses dont ces aspirations sont le principe- D'un autre côté, il est évident, qu'à partir de 1 Eglise de l'autorité jusqu'à celle de la foi, la conscience individuelle se dégage et s affranchit de plus
en plus : si bien, qu'en se plaçant au point de vue religieux, il est facile de reconnaître que Thistoire humaine a pour objet la création progressive de l'individualité spirituelle, moyen de l'accomplissement du « corps de Christ. » C'est pourquoi il est nécessajiâ' que l'individualité puise sa sève et plonge ses racines dans le sein du principe religieux; sinon, elle ne saurait s'épanouir aux rayons d'un ciel pur. Or, les Eglises de Taulorité et de la foi, sous leur forme actuelle, ne peuvent guère lui offrir la nourriture qu'il lui faut : non-seulement parce qu'elles se repoussent en vertu même du principe qui leur sert de base , et se montrent d'autant incomplètes; mais, tout d'abord^, parce qu'elles conservent, surtout l'Eglise de l'autorité, trop d'éléments judaïques pour revêtir un caractère assez spirituel. Il suit de là que l'individualité religieuse , ne trouvant de point d'appui suffisant dans aucune de ces deux Eglises, ne repose sur rien d'autre que sur elle-même, qu'elle dégénère fréquemment en individualisme , et rend possibles les plus graves écarts. Sans doute, l'incontestable progrès de l'individualité religieuse qui s'opère sous nos yeux doit, en définitive, servir les intérêts du christia-. nisme, dans lequel il a sa source, et qui est, par excellence, la religion de la conscience, la conscience elle-même prise dans toute son intensité, tdvrte sa profondeur. Mais comme, faute de pouvoir tièer sa subsistance de l'Eglise, l'individualité la tire tout na-
rinslitulion religieuse un caracfèffe universel, et enlever ainsi aux dissidences leur véritable raison d'être.
Cela étant, sur quel point la situation présente nous appelle-t-elle à diriger, spécialement, notre attention?
Avant tout, sur les conditions du déploiement normal de Vindividualité dans la sphère de la science religieuse, dans le domaine de l'organisation de l'Eglise, et sur le terrain de la vie chrétienne.
Dans la sphère de la science religieuse. La théologie, issue de la vie et des besoins de l'Eglise, dont elle est, sous certains rapports , l'expression la plus complète, a une histoire au même titre que cette Eglise : et il est bien évident qu'elle ne saurait se trouver dans les conditions d'un développement salutaire tant qu'elle n'aspire pas a devenir toujours plus profonde ou à suivre une direction toujours plus évangélique. Force lui est, dès lors, pour s'avancer dans la voie du progrès, d'épuiser les conséquences scientifiques que renferme le principe de l'amour « selon l'Esprit. » Nous l'avons vu, comprendre c'est vivre, c'est s'enrichir, c'est être ; concevoir c'est créer. En poursuivant ce grand but, la théologie revêt un caractère plus personnel et plus humain, se montre de nouveau féconde, et, par la richesse de ses aspirations, s'élève fort au-dessus du stérile intellectualisme qui est peut-être son plifc grand écueil. C'est
alDsi qu'elle dewent la science universelle^ et que^ non moins diverse quant à la forme qu'identique pour le fond à elle-même , elle peut conduire l'Eglise dans les voies de l'avenir.
Mais, pour fonder une telle science, il est, sans doute, indispensable de respirer l'atmosphère d'une liberté sérieuse, et de renoncer au parti pris. Si l'on se bornait à opposer, à un nouveau progrès de la théologie, l'obstacle des traditions officielles ou, si l'on veut, une fin de non-recevoir, commeoit pourrait-elle s'élever à la dignité qui lui convient? Que serait-elle, sinon le jeu, plus ou moins séneux, de formules convenues, un rempart factice élevé contre la vérité, pour ne pas dire, comme on l'a prétendu, la plus mal faite de toutes les sciences ?
Une seconde condition du renouvellement de la théologie, c'est que l'Eglise puisse, quand elle le trouve bon, en faire les applications convenables; qu'à cet effet, elle s'affranchisse de plus en plus de tout autre dépendance que de celle de la vérité; et qu'elle s'assure les moyens de changer graduellement les formes de son existence, sans se voir, d'aucune façon, entravée par son caractère officiel.
Dans le domaine de la constitution de VEgUse. En empruntant son organisation au principe de l'amour, chsujue paroisse aspire à former une personne religieuse distincte. Il .faut, sous ce rapport, qu'elle posséda la ÎJfcerté de se développer selon la
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nature de ses besoins spirituels ; qu'elle ait la faculté de se donner une constitution qui soit en harmonie avec le caractère général de la vie qui lui est propre; et, qu'à travers les luttes qu'elle doit soutenir, elle puisse s'élever progressivement à Tindépendance religieuse, je veux dire, monter du rang de simple paroisse à. celui d'une véritable Eglise.
Ce n'est pas assez cependant, et l'on ne^urait vouloir instituer autant d'Eglises qu'il y a d^ oommuaautés. L'individualité spirituelle des paroisses, qui doit être scrupuleusement respectée, a pour conséquence, non de diviser, mais d'unir; de sorte que les Eglises * locales servent naturellement de moyen à la fondation de V Eglise. 11 faut donc que, de cette diversité, naisse une unité vivante, organique, basée sur la liberté. C'est pourquoi, en aspirant à devenir l'Eglise, chaque conmiunauté particulière aspire à s'unir plus étroitement avec lesautres, et à former, par cette union, « le corps de Jésus-Christc » Ainsi chaque paroisse, transformée en un membre aclif de ce corps, ap^iartient spirituellement aux autres, et les fait d'autant mieux entrer dans le courant de sa vie qu'elle jouit davantage des lumières dont leurs expériences les ont mises en possession. C'est de cetta sorte que l'Eglise, sans cesser d'être un lieu de mission, réalise progressivement c< la communion des saints, » qu elle a, dans la liberté dont elle jouit, la mesure de son unité, et
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qu'elle joint , à h forme la plos flesiUe, la physéo-
nomie la mieox caractérisée.
Enfin, sur le terrain de ia ree dunA m m . C*esl en êonqoéranl nne foi p^sonnelle qoe le fidèle peat mettre, dans le fonds religion de la paraiBse, ce qne son âme a de pins intime; comme c'esl an moyen et son individnalité que la paroisse •ridiil le trésor ^ ritnel de l'Eglise. A ce prix, le chrétien fiadt, eo renfilé, partie inlé|pnte de la paioissey comme cdle-d de rinsûntion religiense. Voila pourquoi chaam doit concourir, sdon ses fortes, à raffirandûssement graduel de la conscience chrétienne de tout autre autorité que de cdle de Jésn&<lmsl. En se plaçanl à ce point de vue, on conœrra focilement combien iîn* po*ie qneTerfmfr pasioraif soit appropriée, avec inti^ ligence, an dérdoppement spirituel des dirers membres de la communauté; de quels ménagements, dans la direction des consciences, le ministre de Christ esl appelé à foire usage ; combien délicate et mesurée doit être Taction qn'Q exerce ; que de respect, qoe d^amour il lui fout montrer dans le gonTememenl lies âmes. Il a pour misaon de former peu à pea VmditidmmKÈé sfiritmtlk du fidèle, ou de lui apprendre à foire de Christ son pasteur, de TEsprit-Saint son $nide, de la prièn son culte, de Texemce de la vie chr^ienne sa profession de foi. C^est ainsi qu'il se tuontre le véritable frère de ses paroisaens : la préiIk^IKhi, prenant tOQ}onrs mieux la forme d'un entre-
APPENDICE. 2o9
tien de l'àme avec Tâme, devient toujours davantage le rayonnement ou l'épanouissement naturel de la vie intérieure. N'oublions pas, d'ailleurs, que, pour -^^ mieux vaincre le préjugé, qui forme notre première patrie morale, il faut, en plus d'un cas, commencer par le ménager, et, dans l'intérêt du développement de l'individtkalité spirituelle, savoir tolérer ce qui ne pourrait, sans trop d'inconvénients,, être, de prime abord, combattu. Car si, d'un côté, la conviction doit se manifester avec franchise, et U vérité être « préchée sur les maisons » (Matth. X, 27), rien, d'un autre côté, ne serait plus contraire à la prudence chrétienne que de présenter, sans transition, à tous les esprits, les formes d'une spiritualité qui les dominerait de trop haut, et nous exposerait, sans avantage pour l'Eglise, à éloigner certaines âmes du chemin de la vie. Le développement religieux du fidèle ou, si Ton veut, la sanctification est une œuvre éminemment personnelle, dont Dieu nous apprend , par son exemple, à respecter le caractère : tel il s'est montré, à travers les siècles, dans ses rapports avec l'humanité; tel il se montre, encore aujourd'hui, dans sa conduite envers le chrétien.
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