‹ Les Grands jours du dernier duc de Guyenne, 1469-1472Chapitre 8 sur 13 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Appréciation de l*esprit et des actes de la Cour des Grands Jours. — Ce que devinrent ses membres. — Le Parlement de Bordeaux en 1472. — Évocation des causes. — Serment de Louis XI et des États de Guyenne. — Sépulture du duc Cliarles.

Le moment est venu d'essayer, à la faible lueur des renseignements que nous possédons, une appréciation de l'esprit et des actes de la Cour, dont nous venons d'analyser l'un des registres.

Sa composition ne pouvait manquer d'avoir sur son esprit une influence prépondérante. Formée avec des éléments empruntés pour la plupart au Parlement, au barreau et au clergé de Bordeaux, elle devait se montrer fidèle aux habitudes et aux instincts des anciennes juridictions locales. Aussi, la voit-on fortement attachée à ses privilèges de Cour souveraine, soit qu'elle oppose une résistance opiniâtre à l'intrusion de nouveaux membres, soit qu'elle iiDaintienne le vieux droit de présentation pour les sièges vacants dans son sein.

Elle ne se conforme pas moins aux traditions parlementaires par son refus d'obtempérer à certaines faveurs surprises au souverain, par ses remontrances réitérées, par le pouvoir supérieur qu'elle entend exercer sur les autorités locales de tous ordres, par son énergie enfin à réprimer les abus du haut clergé et à sévir contre les excès des plus grands seigneurs de la province.

Dans l'accomplissement de sa rude tâche à cet égard, on ne la voit pas reculer devant les Foix, les Taleyran, les Gontault, les Angevin, les Montpezal, les de Lille et autres. Tous sentirent le poids de sa justice et durent s'incliner devant ses arrêts. Et certes, sous un prince aussi faible, aussi entouré d'intrigues et de courtisans faméliques que le fut le Duc Charles, il y avait quelque mérite à ne pas faiblir.

— Le clergé lui-même dut céder devant des ordonnances empreintes de cet esprit légiste que les conseillers des Grands Jours avaient puisé dans le milieu où ils avaient vécu jusque-là.

Les légistes aquitains n'avaient -Us pas déjà fait leurs preuves, tout récemment encore sous la domination anglaise? Issus, pour la plupart, de cette forte bourgeoisie bordelaise qui avait su se faire une place éminente à côté des plus grands seigneurs (*), ils en avaia[it conservé les aspirations et les antipathies. Les derniers vestiges d'une féodalité qui s'éteignait devaient les trouver intraitables contre des abus séculaires, même alors qu'un peu oublieux de leur origine, ils allaient bientôt, changeant leurs noms patronymiques pour des dénominations féodales, se poser eux-mêmes en nobles de nouvelle espèce.

Mais ne devançons pas les temps Les conseillers des

Grands Jours du Duc Charles, si familiers, on l'a vu, avec les avocats et les procureurs, n'en étaient pas encore là, et nous n'avons à nous préoccuper que de ce qu'ils furent dans l'accomplissement de leur mission passagère.

11 ne serait cependant pas sans intérêt de savoir ce qu'ils devinrent par la suite. Malheureusement, les renseignements manquent sur le sort de la plupart.

L'un d'eux, Pons de Salaignac, qui avait été doyen de

(>) Il y a une étude aussi curieuse qu'intéressante à faire sur l'origine des familles parlementaires de la Guyenne qui brillèrent au xvi« siècle. C'est dans le vieux quartier de Rocella, jadis centre d'action des riches et puissants marchands du xnie siècle, qui avaient nom Soley, Colomb, Monadey, Calhau, Andron, etc., etc., que, plus tard, virent le jour bon nombre des nouveaux Sabis en leys, appelés par la suite à devenir conseillers du Roi de France en ses Cours souveraines. Pour ne citer que les Eyquem, dont est issu l'illustre Michel Montaigne, on sait comment ils avaient commencé par s'enrichir dans le commerce, du pastel notamment.

Saint-Yrieiex, fut promu plus tard à Tévêché de Sarlat (^). — Le conseiller Jean Salât, après quelques pérégrinations à Toulouse (*) et à Bourges, devint, vers 1510, maître des requêtes de l'hôtel du roi.

11 semble que presque tous dussent trouver place dans les rangs du Parlement que Louis XI venait d'élargir. Néanmoins, les arrêts de cette Cour de 1472 à 1475 ne révèlent parmi ses membres que les anciens conseillers Jacques Loup, Pierre Guitard, Aymeric de Laborie, et surtout Jean de Chassaignes, qui devint bientôt président au Parlement. — Il est vrai que ce corps, au moment même de sa rentrée à Bordeaux, n'avait reçu qu'une faible augmentation, celle de quatre conseillers, ainsi qu'il résulte de ce passage des Registres secrets :

« Le 1" juin 1472, le Parlement séant à Poitiers fust » remis et rétabli en cette ville de Bourdeaux estant le Duc » de Guyenne trépassé, et par lettres de rétablissement y a » augmentation de quatre conseillers, outre ceux du Parle- » ment qui faisaient ensemble le nombre de quinze {^). Les i> registres de la Court défaillent en cet endroit, car il ne se » trouvera point sur iceux aucune augmentation d'officiers » en la Court, du temps de Louis onzième, après le rélablisï> sèment du Parlement en ceste ville. Toutefois, en Tannée » 1482, quand Charles huitième confirma ce Parlement, il ï> se trouve au registre de la Court qu'il y avait trois presiy> dens, dix-huit conseillers, huit huissiers ordinaires et ung » extraordinaire (*). y>

(*) V. arrêt du Parlement du 12 décembre 1489.

(') Il aurait été Tholosano pretorio secundo loco prefectus, d'après J. Montaigne. (Dec. de Boyer, fol. 177.)

(') Soit sept de plus qu'en 1469. A Poitiers, le Parlement avait dû être augmenté de trois conseillers. (V. Reg. secrets de la Biblioth. de la Ville, t. I, fol. 21, verso.

(♦) V. Reg, secrets, 18 décembre 1573.

Mais, s'il n'y eut tout d'abord que quinze conseillers seulement, ce nombre, on le reconnaît, bien qu'on n'en ait pas la preuve par lettres-patentes ou autrement, m tarda pas à être augmenté. Il le fut, ajoutons-le de suite, par Louis XI luimême, qui eût pu donner place dans le Parlement aux anciens conseillers de son frère.

En effet, dès le 23 décembre 1472, — c'est la date de la plus ancienne audience connue du Parlement depuis son retour (^), — on trouve la liste suivante de magistrats, signalés les uns comme présents, les autres comme absents :

Présents : Joseph Berard, président;

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