CHAPITRE PREMIER
Considérations préliminaires.
Le dix-septième siècle fut-il une époque de progrès pour le droit, ou commença-t-il à en marquer la décadence ? C'est une question qu'on peut se poser, quand on constate que ce siècle ne produisit pas dans la science juridique des jurisconsultes aussi remarquables que ceux du seizième, que les Cujas, les Donneau, les Dumoulin, les d'Argentré. Mais de ce qu'une science n'est pas cultivée par des esprits aussi vigoureux que ceux qui lui ont donné la première impulsion, ce n'est pas à dire qu'elle décline par cela même. Elle ne déclinera pas tant que des esprits, même de moindre portée, la maintiendront au point où elle était parvenue; elle progressera, au contraire, si peu qu'ils la poussent au delà. Quoique aucun navigateur ne puisse faire, désormais, en géographie des découvertes dont l'importance approche de celles de Colomb ou de Gama, chaque coin de terre nouveau qu'on découvre constitue cependant, en géographie, un progrès évident.
Il en fut ainsi du droit au dix-septième siècle. Il fut certainement en progrès, quoiqu'on n'y rencontre plus des jurisconsultes aussi remarquables, Grotius excepté, que ceux qui avaient illustré le seizième. Nous allons voir, en effet,
dans le cours de ce chapitre, que toutes les parties du droit qu'on avait cultivées auparavant y conservèrent pour le moins le niveau où elles étaient arrivées, et que certaines branches, qui avaient été complètement négligées jusqu'alors, prirent, tout à coup, une grande extension. Parlons d'abord des branches qui avaient été cultivées depuis le douzième siècle, du droit canon, du droit romain et du droit civil ; nous parlerons ensuite de celles qui surgirent, pour ainsi dire, au dix -septième, du droit des gens, du droit commercial, et de la philosophie du droit. Ce sera le sujet d'autant de chapitres.