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IV. — ANTOINE LOISEL

Le nom de Loisel se trouve naturellement uni à celui de Coquille, parce que ces deux jurisconsultes eurent des relations d'amitié, et le premier ouvrage de Coquille, qu1 fut publié après sa mort, le fut par les soins de Loisel.

Antoine Loisel, né à Beauvais en 1536, fut un des avocats les plus distingués du barreau de Paris au seizième siècle, et composa, au commencement du siècle suivant, car il ne mourut qu'en 1617, un livre fort connu et fort intéressant, intitulé : « Pasquier ou dialogue des avocats du parlement de Paris. » Les mœurs des avocats de cette époque sont retracées dans ce dialogue avec beaucoup d'esprit et de verve.

Ce n'est pourtant pas ce livre qui contribua le plus à la renommée de Loisel. Il en avait, auparavant, publié un

autre, beaucoup plus important, sous le titre d'Institutes coutumières. Toutes les coutumes de notre ancienne France, quoique présentant beaucoup de diversités dans les détails, avaient des points plus nombreux encore de ressemblance. Toutes s'étaient formées dans les contrées du nord de la France, par l'amalgame de deux éléments qui y avaient eu à peu près la môme puissance, d'un côté, l'élément germanique, de l'autre, l'élément chrétien. Elles se ressemblaient donc toutes, comme se ressemblent des sœurs nées du môme père et de la môme mère, à qui Ton peut appliquer presque toujours les vers du poète :

Faciès non omnibus una, Nec diversa tamen.

Loisel eut l'heureuse idée d'extraire des coutumes, les principes qui étaient communs à toutes ou à presque toutes, pour en former autant de sentences, et l'idée non moins heureuse de donner à ces sentences une forme concise et souvent rimée, pour les faire pénétrer plus aisément dans la mémoire. 11 donna à ce recueil, contenant la moelle de tout le droit coutumier, le nom d'Insttiutes coutumières. Ce livre, savamment commenté dans la suite par Laurière, obtint un très-grand succès, et il le méritait certainement.

Pour la science , en effet , Loisel pouvait presque marcher de pair avec Coquille, et le devançait beaucoup pour le style, qui chez Coquille n'a que de la netteté, tandis que chez Loisel il a de la vivacité et du mordant. Mais le cœur du spirituel avocat du parlement de Paris valait moins que celui du respectable commentateur de la coutume de Nivernais. Nous n'en voulons d'autre preuve que quelques proverbes assez grossiers, que Loisel mêla, fort mal à propos, à ses Instituiez coutumières, entre autres celui-ci, qu'il avait ramassé dans Rabelais, car il ne sortit jamais de la plume honnête d'un jurisconsulte : « Oignez vilain,

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il vous poindra : Poignes vilain, il vous oindra. » Le mot vilain, synonyme, dans le vieux langage français, de villageois, servait à désigner autrefois tous les habitants des champs, qui n'étaient pas nobles. Les seigneurs, ceux au moins qui avaient un cœur dur, aimaient à répéter le proverbe de Loisel, chaque fois qu'ils usaient vis-à-vis de leurs tenanciers de mauvais traitements, ou ce qui est parfois pire pour des natures délicates, de mauvais procédés. Cette maxime, dont ils abusaient, fomentait dans l'esprit de leurs sujets des sentiments de haine, que les générations se transmettaient Tune à l'autre, et qui, après s'être amoncelées de siècle en siècle, finirent par amener une explosion formidable.

Quand la révolution française éclata avec la puissance que l'on sait, les fils des vilains, à qui des races entières avaient appliqué trop souvent, de père en fils, le proverbe de Loisel, fatigués de seigneurs qui n'avaient cherché qu'à les poindre, répondirent au dicton préféré de leurs anciens maîtres, par ce cri sauvage, qui en était la contre-partie : «i Guerre aux châteaux, paix aux chaumières! » A ce cri terrible, le fer, d'une main, une torche, de l'autre, ils assaillirent, au môme instant, les demeures féodales de leurs oppresseurs, dont la plupart, heureusement pour eux, avaient fui. Mais alors, ne pouvant pas rougir du sang de maîtres détestés les dalles de leurs châteaux, les villageois, dans leur fureur, s'en prenaient aux châteaux mômes. Les flammes des incendies qu'ils y avaient allumés se répondaient en France de cime en cime, projetant partout dans le ciel des lueurs sinistres. Quand le feu s'éteignait faute d'aliment, l'esprit de vengeance, bien souvent, survivait encore, La pioche alors achevait ce que les torches avaient commencé. Les plus hautes et les plus fières demeures étaient celles qu'épargnaient le moins ces malheureux, ivres de colère, et la plupart furent alors rasées de fond en com-

ble. Les seuls châteaux que le feu respecta et qui ne perdirent pas une pierre, et le nombre heureusement en fut assez grand, furent ceux dont les seigneurs, bienveillants pour leurs tenanciers, avaient des sourires pour leurs fils et du respect pour leurs filles , et dont les châtelaines rassemblaient pour eux avec piété, dans une pièce voisine de leur chapelle, des simples pour soulager tous leurs maux, et des baumes pour guérir toutes leurs blessures.

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