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Le 1° avril 1938, l’enfant quitte le service pour aller passer quelques jours en vacances. Mais on prévient les parents qu’une intervention chirurgicale sera probablement nécessaire et qu'ils devront ramener le malade à la fin des vacances. Le 10 mai 1938, l'enfant est revu: il n’a toujours présenté aucun trouble fonctionnel, mais la tumeur semble avoir encore augmenté de volume, et le principe de l'intervention est admis par les parents.
Hospitalisé dans le service du Professeur Grégoire à l’hôpital Saint-Antoine.
Jntervention le 25 mai 1938 (Opérateur : Professeur Grégoire). — Anesthésie générale au mélange de Schleich.
Incision angulaire en L de l’hypocondre gauche, On se trouve en présence d’un volumineux kyste de la rate développé parti-
culièrement aux dépens de la face gastrique de l’organe. L’exté-
riorisation est rendue un peu difficile par la brièveté du pédicule. Ligature du pédiculs à la soie n° 5. Hémostase de la loge splénique. Paroïi en un plan à la soie n° 5, sans drainage. Crins sur la peau.
Les suites opératoires sont normales et l’enfant sort guéri au dixième jour. :
Examen de la pièce. — La rate extirpée pèse 850 gr. Elle est extrêmement déformée, présentant une volumineuse tumeur kystique qui est surtout visible dans la région sous-hilaire de la face interne et qui déborde sur la partie la plus antérieure de la face externe. Ce kyste englobe et déforme la partie moyenne du bord antérieur de l’organe. Ce bord, soulevé par la voussure kystique, a perdu son aspect crénelé caractéristique, et il n’en persiste que deux encoches à peine perceptibles : l’une au-dessous, l’autre au-dessus de la saillie tumorale. Le tissu splénique restant est rejeté vers la périphérie, dessinant un croissant dont la partie moyenne est mince, dont les cornes sont volumineuses : l’une de ces cornes occupe le pôle supérieur de Porgane, l’autre est située au niveau de l’union de la face inférieure et de la face externe.
La coloration normale, grisâtre de la capsule est conservée sur la majeure partie de la face externe. même sur la voussure du kyste. Par contre, sur presque toute l’étendue occupée à la face interne par le kyste, la paroi est blanchâtre, d’allure fibreuse, bleutée en certaines zones où elle paraît être plus mince, Les mensurations pratiquées ont montré: face externe: hauteur 14 cm., largeur 12 cm.; face interne : largeur 10 cm.
A l'ouverture de la pièce : I] existe une grande cavité kystique uniloculaire, à peu près régulièrement sphérique, d’environ 8 cm. de diamètre. La section confirme la disposition en croissant du tissu splénique refoulé qui, très aminci à sa partie moyenne au
niveau de la face externe, est épais de 2 cm. environ. La corne supérieure du croissant est épaisse d’environ 5 cm.; la corne inférieure, interposée entre la face inférieure de lorgane et le versant inférieur du kyste, mesure 4 cm. d’épaisseur, puis diminue progressivement, s’étirant sur la surface du kyste. La cavité est directement limitée par une coque blanchâtre, fibreuse, de 3 à 6 mm. d'épaisseur suivant les régions. Son aspect intérieur est brillant dans l’ensemble, mais il existe des zones d’allures
fort différentes. Au niveau du point le plus saillant sur la face
interne et au point diamétralement opposé où il persiste le moins d'épaisseur de tissu splénique, elle est blanchâtre, lisse, à peu près régulière, présentant par places un léger granité semblazt dû a un dépôt fibrineux. Dans les régions correspondant aux deux cornes du reliquat spléniques, l'aspect est autre : réticulé, alvéoiaire. De grosses colonnes mousses, saillantes, de 3 à 4 mm. de hauteur, convexes, blanchâtres elles aussi, séparent des zones déprimées en niches dont le fond apparaît bleuté. Dans ces dépressions de fines colonnettes étroites, saillantes de 1 mm. environ, anastomosées en réseau, dessinent des alvéoles secondaires. Dans ces régions la surface paraît légèrement moins brillante, dépolie. C’est dans ces zones que les fragments prélevés pour l'examen histologique ont seuls donné des renseignements intéressants sur le revêtement cellulaire. Cette paroi, dans son ensemble, se détache facilement à la pointe des ciseaux courbes : il existe un plan de clivage franc entre elle et le tissu splénique voisin. Ce clivage fait apparaître, dans le parenchyme splénique ainsi mis à nu, une trame alvéolaire et il semble que des piliers fibreux saillants correspondent aux colonnes qui divisent en niches le revêtement de la paroi kystique.
Contenu. — Le kyste contenait environ 300 cc. de liquide clair, de coloration jaune pâle, limpide. Malheureusement l’examen du contenu du kyste n’a pas été pratiqué tant au point de vue microscopique que chimique surtout.
Examen histologique. — L’étude histologique a été réalisée sur des coupes pratiquées en différentes parties de la rate et de la membrane kystique (voir fig. 5 et 6). Signalons que les examens qui avaient été pratiqués les premiers, immédiatement après l’intervention, n'avaient donné aucun renseignement, Ils avaient été pratiqués sur des fragments prélevés au niveau de la partie saillante de la tumeur et au voisinage du tissu spléniqué, mais seulement aux points où celui-ci, très aminci, s’étalait sur la paroi kystique. On avait découvert alors uniquement une paroi fibreuse, composée de couches concentriques de tissu conjonctif. Après la lecture des précautions particulières précisées par SHAWAN, soit environ 6 mois après l'intervention, de nouveaux prélèvements
Prod
furent faits au niveau de la partie la plus profonde du kyste, au voisinage de la rate restante, dans la région du pôle supérieur où les diverticules de la paroi semblaient les plus nombreux et les mieux conservés. C’est sur ces coupes seulement que put être observé l’aspect décrit ici.
De nombreuses méthodes de coloration ont été employées : hématéine-éosine ; hématéine-éosine-safran ; trichrome de Masson ; picro-ponceau ; Weigert pour les fibres élastiques ; Weigert pour les fibrilles épithéliales ; carbonate d’argent de Del Rio- Hortega, et imprégnation d’argent de Foot et Wilder.
Nous décrirons séparément le tissu splénique et la paroi kystique.
Fig. 5. — Obs. De...
Tissu splénique et paroi du kyste grossissement 65. Coloration hématéine-éosine.
1° Tissu splénique. — La capsule fibreuse de la rate est légèrement augmentée d'épaisseur. Ce processus d’hypertrophie du tissu fibreux apparaît aussi au niveau des trabécules intra-spléniques, qui sont riches en fibres élastiques et dans lesquelles on remarque aussi quelques fibres musculaires lisses. Il existe une
LR OS
légère hyperplasie du réticulum splénique. Les follicules de Malpighi sont diminués en nombre ; les artérioles folliculaires présentent un épaississement pariétal. En certains endroits du parenchyme splénique, voisins de la paroi kystique, on remarque des dépôts anciens de pigments hématiques, des cristaux de cholestérine autour desquels se trouvent des cellules géantes polynucléaires. L'ensemble présente l’aspect histologique de ce que l'on a coutume de désigner sous le nom de « granulome par corps étranger ». Ces lésions sont plus visibles aux points où il n'existe plus qu’une mince bande de tissu entre la paroi kystique et la capsule splénique.
2° Paroi kystique. — Elle présente deux zones différentes :
a) Une zone périphérique, épaisse de tissu conjonctif ; elle est formée de fibres collagènes disposées concentriquement. Elles sont réparties différemment dans l'épaisseur de cette zone : elles sont tassées, serrées les unes contre les autres en deux bandes, l'une juxta-splénique, l’autre juxta-kystique, entre lesquelles le tissu est plus lâche, légèrement œdémateux. Les colorations particulières y mettent en évidence l’existence de rares fibres musculaires lisses et de fibres élastiques minces. Dans toute l’épaisseur de cette zone conjonctive, les noyaux allongés sont rares. Les vaisseaux, rares eux aussi, se rencontrent de préférence dans les couches les plus périphériques, les plus voisines du tissu splénique. À ce niveau, cette membrane se trouve envahie par une faible infiltration d’éléments lympho-plasmocytaires qui disparaissent presque complètement au voisinage de la zone lâche. Dans certaines préparations, on remarque dars cette membrane conjonctive des foyers localisés de dégénérescence hyaline.
b) Une zone centrale : Vers la lumière de la cavité kystique, immédiatement sous-jacente à la paroi fibro-conjonctive, on remarque une rangée de cellules allongées dont le noyau est le plus souvent basal. Sur celle-ci reposent plusieurs couches de cellules à noyau arrondi, qui, dans les préparations colorées par cs méthodes ordinaires, ne présentent pas de délimitations précises. 4u contraire, dans les coupes où l’on a réalisé l’imprégnation d'argent de Del Rio-Hortega, les limites cellulaires dev'ennent nettes. On voit alors se dessiner des cellules polygonales à noyau central, unies entre elles par des ponts intercellulaires, des fibrilles épithéliales de Ranvier. Ces fibrilles sont égalemen‘ mises en évidence par les colorations suivant la méthode de Weigert. Dans certaines régions cette couche épithéliale présente jusqu’à dix assises cellulaires, en d’autres points deux ou trois et, par places, la paroi conjonctive ne supporte plus aucun revêtement cellulaire. Les cellules les plus superficielles de cet épithélium, celles qui sont au contact de la cavité kystique, sont complète-