VIRCHOW
Rd oi p h Virchow, né en Poméranie en 1821, fut un grand savant, presque un encyclopédiste. Il remua une foule d’idées, les unes bonnes, les autres fausses, mais toutes fécondes. On ne peut appliquer à son nom aucune grande découverte géniale ; mais, grâce à d’innombrables petites découvertes, qu’il sut sertir au milieu de brillantes doctrines générales, il eut une immense influence sur la médecine de son temps.
Nous ne connaissons plus guère cette médecine de Virchow élaborée brillamment de i855 à i865, et quand nous relisons les vieux livres déjà jaunis, la Pathologie cellulaire, la Pathologie des tumeurs , qui furent autrefois les bréviaires de nos études médicales, nous sommes dépaysés et nous rencontrons beaucoup de scories au milieu de ces vieilles théories qui excitaient l’enthousiasme de nos vingt ans. La médecine scientifique, fondée sur l’étude microscopique des tissus sains et ma-
VI RC HO W
ades, sur l’histologie pathologique, sur l’étude des cellules et des lésions locales des tissus et des organes, ouvrait des horizons nouveaux à la médecine et à la chirurgie pratique. Elle avait aussi l’avantage de détruire les théories humorales prétendant que toutes les maladies venaient du sang, de la lymphe, de la bile, des humeurs, des liquides de l’organisme. Or, on est toujours séduit par les hardiesses des démolisseurs. Mais Virchow avait un esprit trop avisé, trop prudent pour opposer un solidisme intransigeant à Y humorisme régnant. Il sut réserver au sang une place importante dans les études microscopiques ; la texture anatomique et chimique des globules sanguins fut fort habilement élucidée par lui. Aussi, dès 1860, fut-il regardé comme un véritable chef d’école, un maître incontesté, applaudi aussi bien par les humoristes tels qu’Andralet Gavarret, et les solidistes tels que Gruveilhier et Rokitansky.
Aujourd’hui, le solidisme et l’humorisme sont tombés dans un juste oubli ; ils sont remplacés parle microbisme, surtout par la doctrine du microbisme toxique, qui pourrait réconcilier le solidisme et l’humorisme, en donnant à chacun d’eux la juste part qui leur convient. Aujourd’hui, nous disons : les tissus et les cellules sont envahis par les microbes (tuberculose, fièvre typhoïde, etc.), par les coccidies (fièvre intermittente), par les champignons (pied de
Madura, actinomycose). Les liquides de l’organisme sont infectés par les poisons expulsés ou créés autour d’eux par les microbes, coccidies ou champignons infectieux ou infectants.
Dans cette nouvelle doctrine, les cellules des différents organes, des différents tissus sont trop oubliées. Elles n’ont pas toujours un rôle purement passif. Il faut rappeler aux microbiologistes que les cellules plus ou moins saines, plus ou moins altérées, sont plus ou moins capables de se défendre contre les parasites envahissants, que l’étude des envahisseurs n’exclut pas l’étude des envahis, et que la puissance, l’énergie vitale des cellules, si habilement, si vaillamment imposée par Virchow vers 1860, reste une vérité incontestable; car si les doctrines passent, les faits demeurent. Et tous les faits bien observés démontrent que les cellules du corps humain se défendent très souvent avec succès contre l’attaque des microbes et autres parasites. Le Pr Bouchard a su, depuis vingt ans, défendre cette sage doctrine avec un grand art et une science sagace.
Virchow, qui avait été l’un des plus éminents créateurs de l’étude locale des maladies, de cette médecine qui n’admettait que des maladies localisées dans le foie, le poumon, le cœur, l’estomac, l’intestin, le système nerveux, la peau, sut apprécier les merveilleuses découvertes des