LA MÉDECINE FRANÇAISE
AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE
La seconde moitié du xixe siècle fut une époque glorieuse pour la médecine française. En 1868, quand je commençai à étudier la médecine, les chaires de la Faculté étaient occupées par des maîtres éminents. Leurs cours étaient suivis par une jeunesse ardente et généreuse, heureuse d’assister à la rénovation des études médicales, à l’essor de la médecine scientifique.
Wurtz, un maître incomparable, enseignait la chimie et contribuait à la créer, suivant les traces du grand J. -B. Dumas, Gavarret, orateur et penseur, savait rendre la physique indispensable aux étudiants. Longet nous apprenait la physiologie à l’aide d’expériences très bien conduites. Charles Robin, qui parlait et écrivait mal, fut un grand micrographe doublé d’un excellent chimiste; il exposait devant un public respectueux et sympathique l’histologie et l’histochimie qu’il avait créée. Son œuvre
INTRODUCTION
est aussi impérissable que celle de Wurtz. L'anatomie était décrite par Sappey avec une pompe discrète. Vulpian et Brown-Séquard étudiaient et fondaient la médecine expérimentale. Cruveilhier professait l’anatomie pathologique après avoir établi ses bases immuables. La médecine pratique était admirablement enseignée par Béhier, Hardy, Germain Sée, Charcot. La chirurgie était représentée par Gosselin, esprit sage et classique; par Verneuil qui aimait à éclairer la chirurgie à l’aide des lumières de la médecine, et par Alfred Richet, pathologiste audacieux, opérateur impeccable, professeur incomparable, qui fut le père scientifique de tous les jeunes chirurgiens de son époque.
Pendant ce temps la bactériologie était créée par Pasteur au laboratoire de la rue d’Ulm. La physiologie atteignait son apogée au collège de France avec Claude Bernard et à la Sorbonne avec son émule Paul Bert. Au Val-de-Grâce, Villemin démontrait la contagiosité des tubercules et Michel Lévy créait l’hygiène scientifique.
Glorieuse époque dont les jeunes médecins ne doivent pas perdre le souvenir. Epoque de grandeur et de bonté, où le dévouement et la science se donnaient la main. Nos maîtres étaient meilleurs que nous, nos successeurs sont plus savants.