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turelles de l'esprit, un cas plus compliqué de l’évolution universelle ? L'homme ne serait-il qu'un abrégé de l’univers, un « microcosme » soumis aux mêmes lois que le « macrocosme » ? Kant réfute avec la plus grande énergie cette thèse brillamment soutenue dans les Jdées de son ancien élève. Pour lui, l'homme moral est vraiment un « empire dans un empire », et la nature ne peut jamais être que l’instrument, le moyen de la liberté. « Les actions humaines sont des phénomènes de la liberté » !, mais ne sont pas libres elles-mêmes en tant que faits historiques. La source du progrès, comme sa fin, ne peut donc résider que dans la nature vraiment morale de l'homme. Aussi bien la réalisation totale d’un ordre moral par le moyen de l'ordre naturel est-elle simplement un idéal que la raison prescrit de rechercher, dont elle affirme qu'il est possible de se rapprocher, mais dont aucune expérience ne pourra constater l'achèvement. C'est l’asymptote qui se rapproche indéfiniment de son terme sans jamais l’atteindre. Aussi la loi du progrès gouverne-t-elle moins les individus que l'espèce; c’est l'histoire dans son universalité qu'on peut dire orientée vers l’affranchissement de la liberté, et c’est en tant qu'il participe à cet ensemble que l'individu peut se proposer la réalisation d’un ordre moral ?.
Est-ce à dire d'ailleurs que l’idée de progrès n’exprime qu'une belle espérance ? L'histoire réelle, envisagée avec
2. Compte-rendu de l'ouvrage de Herder, etc ,t. 1V,p.3t3,et suiv., notam. p. 325-328, 336 ad fin.
LS à és +
recul suffisant, ne nous offre-t-elle aucun indice d'un progrès effectif? Les plus faibles traces d’un affranchissement réel de l'humanité nous seraient infiniment précieuses et nous convaincraient qu'il est en notre pouvoir de hâter, pour nos descendants, l'avènement d'une ère meilleure!. Orn’est-ce pas un fait, écrit Kanten 1784, que l'équilibre des États est aujourd’hui réglé de telle façon qu'aucun ne peut négliger sa culture intérieure sans compromettre sa puissance et son influence au dehors? N’en est-ce pas un autre qu'on ne peut aujourd'hui violer la liberté civile sans nuire à l’industrie, au commerce, à toutes les forces de l’État? N'en est-ce pas un encore qu’en présence des conséquences toujours plus redoutables de la guerre, les États en viennent « sans contrainte légale à proposer des arbitrages? » ? Enfin, ajoute Kant, dans un autre opuscule publié à la même date’, nous vivons sous un prince éclairé « qui ne repousse pas le noble mot de tolérance ». Sans doute la raison ne peut ètre entièrement émancipée. « J'entends crier de toutes parts : ne raisonnez pas! L'officier dit : ne raisonnez pas, mais faites l’exercice ; le ministre des finances dit : ne raisonnez pas, mais payez; le prêtre dit : ne raisonnez pas, mais croyez » 4, et ces restrictions de la liberté civile sont indispensables au bon ordre social. Mais ce qu'on ne peut restreindre, et ce que Frédéric II à eu la