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PÉRIODE ANTÉCRITIQUE. 218)
elle-même, dans son essence, le principe de ses modifications. La monade « sans portes ni fenètres » serait condamnée à l’immutabilité. L’harmonie entre les substances vient donc du dehors; elle consiste en une action réciproque, hypothèse qui s'accorde en tout point avec le newtonisme. La succession dans le temps et la coexistence dans l’espace sont les deux formes inséparables de ce « commerce » des substances, dont la régularité est une nouvelle preuve de l'existence de Dieu.
Si nous avons insisté sur cette analyse, c’est que, sur deux points essentiels déjà, Kant se sépare de ses devanciers avec une indépendance à laquelle il ne semble pas qu'on ait suffisamment rendu justice. La thèse « d'habilitation » n'est pas l’œuvre d’un disciple, encore que la forme en soit toute scolastique; le fond est déjà d'un novateur. Il demeure vrai, toutefois, que la pensée critique ne s’y fait pas jour encore. Kant n’apercçoit pas tout d’abord l'importance de sa critique de l'argument ontologique. Il reste pleinement imprégné du dogmatisme de l'École; il croit la métaphysique possible et n’en cherche pas les conditions.
De là la médiocrité du petit écrit par lequel Kant prit parti dans la célèbre querelle sur l’optimisme suscitée entre Voltaire et J.-J. Rousseau par le désastre de Lisbonne !. Tirer de l’idée pure de Dieu cette conclusion que le monde est le meilleur possible, c'était, en dépit de l'autorité de Leibniz, appliquer la déduction logique à
1. Quelques considérations sur l'oytimisme, 1759, L. VI, p. 1-10. KANT. 3
une matière qui lui échappe. Kant répudia plus tard ces pages que toute la Critique devait démentir !