‹ Les Grands Philosophes: KantChapitre 28 sur 139 · T. VII, p · texte numérisé non relu

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belles, encore qu’elles suscitent des actions en apparence identiques à celles de l’homme vertueux !.

À quoi donc la vraie vertu doit-elle cette noblesse incomparable? C'est à la généralité des principes qui inspirent la conduite d'homme de bien. Et l’on pourrait croire que notre philosophe a déjà reconnu le caractère rationnel de la loi morale, s’il n’ajoutait aussitôt : « Ces principes ne sont pas des règles spéculatives, mais la conscience d'un sentiment qui vit dans le cœur de tout homme et qui s'étend beaucoup plus loin que les limites propres à la sympathie et à la bienveillance. Je crois résumer tout ceci en disant : c'est le sentiment de la beauté et de la dignité de la personne humaine ? ». Passage capital, car il établit en quoi Kant rejoint ses devanciers anglais et français, et en quoi déjà il les dépasse. Avec Shaftesburvy, il unit étroitement l'esthétique et l'éthique et voit dans l'émotion morale un cas particulier de l'admiration. Comme Rousseau, il tient le sens moral pour une donnée immédiate de la nature, pour un instinct inné. Et s’il ne partage pas de tout point la confiance robuste du Gènevois dans l'excellence de « l’ètre sorti des mains de la Nature », il écrit cependant : « Les instincts vertueux manquent parfois, mais en moyenne ils servent aussi bien le grand dessein de la Nature que les autres instincts qui gouvernent si régulièrement le monde animal * ».

2, P. 391 (254). Ces mots, dans le texte allemand, sont en gros caractères.

3. P. 403 (271). — Il parle plus haut, p. 399 (266) de « la naïveté, cette noble et belle simplicité, qui porte le sceau de la Nature. »

h6 KANT.

La dernière partie de cette phrase ferait bonne figure dans le Discours sur l'inégalité !. Mais déjà, au-dessus de cette moralité toute spontanée, il ménage un trône à « la vraie vertu, qui reposesur des principes » et sur une «estime générale » de la dignité humaine ?; et les prémisses sont ainsi posées, qui le conduiront logiquement un jour à démasquer et à chasser hors du logis les qualités naturelles et ces « vertus d'adoption », usurpatrices du respect qui n’est dû qu’au pur désintéressement.

A ces considérations théoriques se rattachent, par un lien assez lâche, des essais de psychologie descriptive écrits d’une plume fine et alerte.

Psychologie individuelle tout d’abord. Nous rencontrons ici, pour la première fois, la distinction de quatre sortes de tempéraments : mélancoliques, sanguins, colériques, flegmatiques, et des pages humoristiques sur la relativité des goûts, l'humeur fantaisiste, et « l'esprit

des baggatelles (sic) ».

1. Le Discours est de 1755, la Nouvelle Héloïse de 1761, Émile et le Contrat social de 1762. Kant ne tarda pas à les connaître et c’est précisément dans les Notes pour les Observations sur le sentiment du beau et du sublime, retrouvées dans les papiers de Kant et publiées dans l'éd. Rosenkranz (T. XI, p., 226 et suiv.), que Kant a exprimé à plusieurs reprises l'impression produite sur son esprit par « le talent extraordinaire, l’éloquence magique et l’incomparable pénétration d'esprit » de J.-J. Rousseau. La même année, à propos du « Prophète aux chèvres », qui fut, en Allemagne, le pendant de l'Homme des Cévennes, il écrit dans la Gazette de Kœnigsberg que l'homme à l'état de nature conçu par Rousseau n’est nullement une chimère (X, p. 3).

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Psychologie des sexes ensuite. La beauté est le privilège de la femme, la noblesse du caractère celle de l’homme; chaque sexe doit cultiver les vertus qui lui sont propres, et l'odeur de la poudre convient aussi peu aux femmes que celle du muse aux hommes. Devancçant Schopenhauer et Spencer, Kant ramène aux suggestions secrètes de l'instinct sexuel l'attrait exercé par la femme sur l'homme. « La Nature poursuit son grand dessein. » La beauté et la pudeur ne sont pour elle que des instruments. Mais cette explication réaliste de l'amour n’empèche point Kant de parler de la femme avec un délicat respect. Il est plein d'indulgence souriante pour ses faiblesses, qui lui semblent « de beaux défauts »ÿil estime son amitié « rare et infiniment charmante » et s'indigne qu'on se fasse un jeu d’alarmer sa pudeur par de basses plaisanteries !.

Psychologie nationale enfin. Les Italiens et les Francais ont le sens du beau, les Allemands, les Anglais et les Espagnols celui du sublime. L’Espagnol est « sérieux, concentré et sincère. » « Le Français a le sentiment prépondérant de la beauté morale. Il est aimable, courtois et complaisant. Il devient vite confiant..….; il est très enclin à la plaisanterie et sacrifiera sans scrupule à une saillie une part de la vérité. Mais là où l'esprit n’est pas de mise, il témoigne d’autant de profondeur qu'aucun autre peuple... C'est un citoyen paisible qui se venge de l'oppression des fermiers généraux par des satires ou des

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