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Sorte de Faust, moins métaphysique et plus humain

ADAM M1CK1EWICZ 63

élan parfois superbe, ne sont point aussi irrésistibles que ceux de Kœrner : ils n'arrivent pas comme l'ouragan qui vous enlève: on y sent moins la trombe, le souffle dévorant, l'haleine de feu du Dieu des batailles. Les poésies de Kœrner sont vraiment parentes de cet instinct des aèdes anonymes du Folklore qui semble une force de la nature, une éruption de l'âme profonde des peuples, et défie toute comparaison.

Souffrant des poumons, Garczynski gagna l'Italie en 1829, y rencontra Mickiewicz, et s'y lia avec lui d'une étroite amitié. A la nouvelle de la Révolution de 1830, il traversa l'Allemagne comme une flèche et s'enrôla parmi les volontaires poznaniens. Il fit toute la campagne, en dépit de sa santé si frêle : mais « souvent, sur les champs de bataille, après les combats du jour," il déposait sa lance et créait, au milieu des rumeurs d'un camp, ces chants nationaux que notre jeunesse aimait à répéter et qui restent, après lui, le plus beau des souvenirs1 ». Il chantait la Prière au camp, le Chant des volontaires poznaniens en marche vers la Lithuanie, les Sonnets guerriers. Il y a des notes magnifiques dans la Prière au camp; j'en détache quelques strophes :

Aujourd'hui, ne comptons pas nos prières sur les grains du chapelet. Que les canons tonnent, que les sabres brillent, et que parte des rangs, pour unique prière, le cri : en Lithuanie, commandant, en Lithuanie !

Il n'est pas avec Dieu, celui qui met son ardeur à relire les prières de son missel. Infailliblement, Dieu tient pour celui qui agit dans la foi à la liberté. Que notre unique prière soit donc : en Lithuanie, commandant, en Lithuanie !

Elles sont belles, les vallées du Niémen ; plus beaux sont les cœurs des Lithuaniens; les Lithuaniens se joindront à nous et le parjure cessera de vivre. Qu'aujourd'hui reten-

tissent nos communes prières : en Lithuanie, commandant, en Lithuanie !

Nous élèverons l'autel de la foi, ce sera l'autel des autels, devant lequel les potentats humilieront leur front, et sur lequel nous sacrifierons le Tsar. Aujourd'hui, poursuivons l'ennemi. En Lithuanie, commandant, en Lithuanie!

Que là où les poteaux de Boleslas brisaient les vagues, nos frères dressent notre église. J'y allumerai l'encens; car je connais la prière de vos cœurs: en Lithuanie, en Lithuanie !

La poussière que nous soulevons de notre sol est toute palpitante des reliques de nos martyrs : qu'elle monte en colonnes vers le ciel et que le ciel nous serve de témoin, — ■ de témoin de la prière vengeresse du malheur de la Pologne, du malheur de la Lithuanie !

La bonne cause noyée dans le sang, Garczynski put gagner Dresde, où il vécut quelques mois en compagnie de Mickiewicz. Puis il tomba gravement malade delà poitrine : les médecins le dirigèrent sur le Léman et sur l'Italie. Adam quitta Paris pour le rejoindre à Bex, d'où ils s'acheminèrent vers Avignon à petites journées. Garczynski s'y éteignit dans les bras de son ami, qu'assistait Claudine Potocka, accourue, elle aussi, au chevet d'agonisant du jeune poète de la grande insurrection polonaise. « Notre Etienne nous a quittés avant-hier, 22 septembre, à six heures du matin », écrivait Mickiewicz, « il s'est légèrement endormi pour les siècles. »

On l'enterra au cimetière d'Avignon, et son illustre frère en poésie composa pour lui l'épitaphe suivante, qu'il fît graver sur sa tombe, au-dessous d'une lyre et d'une harpe qui se croisent :

STEPHANUS GARCZYNSKI

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