‹ Les grands poètes romantiques de la PologneChapitre 62 sur 79 · La Comédie non divine. Traduction Ladislas Mickiewicz · texte numérisé non relu

La Comédie non divine. Traduction Ladislas Mickiewicz

vrai, cette fois, au sujet d'amours vaporeuses, mais à propos de guerre ; pour se donner un autre genre de frisson, il se jettera dans la lutte sociale. Car, aujourd'hui, « Personne ne veut être ce qu'il est, chacun rêve d'être un Napoléon... Tout ce sublime n'est que du ridicule. L'imagination dévergondée plane au-dessus de toutes les têtes; il y a peu de poitrines qui renferment un cœur. De là tout cet amas de niaiseries, cette longue traînée d'ennui s'efïorçant de trouver une occupation, ne voulant en accepter aucune, et alors se jetant dans l'extraordinaire, dans le fantastique, s'y vautrant sans but, ne créant rien de nouveau, car le principe créateur, le cœur, n'est pas là... De là, chez les hommes de notre temps, ce manque à'ari en poésie, d' 'énergie en politique, de foi en croyance ' ... » Le comte Henri n'aura point manqué toutefois — il faut en convenir — d'énergie en politique ; il a le coup d'œil aigu du chef, le sens ferme, le don du commandement; mais la foi, en croyance,\\\i aura fait totalement défaut ; aussi son châtiment s'apprête, et ce sera le plus inouï des châtiments. Ce ne sera point le supplice physique, ce sera pire : ce sera la torture morale, et elle lui sera infligée par l'être qu'il aime le plus et dont il est le plus aimé, par son fils, ce pauvre petit Georges, qui se ferait hacher pour le comte, mais qui est poète, lui, poète pour de bon, puisque son père aimait tant la poésie et que sa pauvre mère, au moment où elle allait devenir folle, a supplié Dieu que son fils fût poète, afin que celui qui l'avait engendré l'aimât, et ne le repoussât point un jour comme il avait fait de l'épouse ! C'est donc un vrai poète, un voyant, un inspiré, que ce pauvre petit Georges : il est atteint de cécité, mais il voit par les yeux de l'âme, et, aux heures terribles, une

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