‹ Les grands poètes romantiques de la PologneChapitre 70 sur 79 · LES VOIX DERRIÈRE LE THEATRE · texte numérisé non relu

LES VOIX DERRIÈRE LE THEATRE

Viens ! Viens !

iridion (il prend son casque et ses armes et dit en se penchant sur Cornélia)

Non, tu n'es pas morte ! (La pressant sur son cœur.) Réveille-toi sur cette poitrine armée ! Réveille-toi, Cornélia!... 0 Massinissa, sois maudit si tu ne rachètes sa perte par la victoire!

CORNÉLIA

Qui m'appelle?

Celui duquel il est écrit: « Il viendra pour briser le pouvoir des orgueilleux. »

CORNÉLIA

Je te vois, je te vois enfin ! — Tu as daigné te révéler à ta fiancée !... Ah ! je t'ai attendu longtemps !

IRIDION

Lève la tête ! de ton regard perce ces voûtes sombres. ..là, les échos chantent déjà l'hymne du triomphe : Résurrection ! résurrection!

CORNÉLIA

Seigneur, ta tête est ceinte de la gloire des batailles... tu brilles de tout l'éclat de l'acier... Seigneur, où sont tes plaies, que je les couvre de mes larmes.

IRIDION

Femme ! demain seront accomplies les promesses de la croix.

Reste, Seigneur ; ne disparais pas au milieu de ces ténèbres. Ils m'avaient bien dit que tu viendrais, et, maintenant, tu ne veux pas me prendre avec toi!... Dans ta gloire, m'oublierais-tu, moi qui me suis vouée à toi ?

IRIDION

Lève-toi, infortunée ! ne pleure pas ! ne te désespère

pas L

CORNÉLIA

Que je m'anéantisse dans ta gloire, Seigneur, car je suis morte déjà !

iridion (la relevant)

Femme ! encore quelques jours... adieu... Appelle tous tes frères aux armes ! (Il sort.)

CORNÉLIA

Avez-vous entendu ses dernières paroles ? Il est venu pour la seconde fois sur la terre, et cette fois un glaive brûle dans sa droite. — Aux armes! Ossements des morts,

prêtres vivants, peuple de Dieu, criez avec moi : Aux armes!... C'est lui-même qui l'a ordonné: Aux armes! Aux armes A !

Elle n'est pas seule sacrifiée, l'innocente Cornélia Métella ; et, d'ailleurs, elle ne s'en ira pas damnée de ce monde, car le saint évêque Victor finira par l'arracher — morte, il est vrai, car le cœur et la vie de la vierge se brisent dans la douleur d'un tel effort — par l'arracher au tentateur. La plus infortunée n'est pas elle : la victime des victimes, c'est la pauvre Elsinoé, sœur d'ridion, nouvelle Iphigénie qui s'est livrée en holocauste à la cause de la Grèce, et, au lieu de vivre et d'aimer, s'est dévouée à remplir l'âme d'Héliogabale de terreur et de folie. Pauvre Elsinoé ! Fille d'Amphiloth le Grec et de Grimhild, prêtresse d'Odin, elle pressent et prophétise, elle aussi, et voit sa mort proche : et dans son divin cœur de femme où pleurent déjà les larmes de la mort, dans ce cœur de martyre où vient de naître un amour si pudique et si voilé pour Alexandre-Sévère, voici qu'elle trouve, au bord de la tombe, un sentiment de pitié pour Héliogabale lui-même, le maudit :

Le palais d'Héliogabale. — Une salle ornée de piliers, de basreliefs et de vases précieux. — Au milieu de la salle est un autel consacré à Mithra. — Dans le fond, un rideau couvert de pierreries, derrière lequel Héliogabale, qui vient de sortir, s'est endormi sur un lit de violettes.

IR1DION, ELSINOÉ

IRIDION

Veille sur Héliogabale jusqu'à mon retour ; alors tu abandonneras pour toujours ces murs maudits.

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