Traduction Alexandre Lacaussade
ELSLXOÉ
Et lui, que deviendra-t-il?
Que m'importe sa vie ou sa mort! Ce qu'il a été (montrant Vanneau impérial, signe de commandement, et que vient de lui confier Héliogabale) le voici dans ma main ; ce qui reste de lui ne vaut pas une pensée de moi.
Alors, approche-toi, plus près encore ; entends-tu ma voix défaillante?
IRIDION
Qu'as-tu, ma sœur ? Que veux-tu de moi ? Ta main tremble dans la mienne, et à travers mon armure je sens les battements de ton cœur.
Que les yeux sous lesquels je me suis fanée s'éteignent! Que les deux bras qui ont embrassé mon cou retombent comme des vipères écrasées ! Que les lèvres qui une fois ont osé toucher les miennes se consument au milieu des flammes !
IRIDION
Il périra sur le bûcher où périra Sévère...
Non! non! Laisse-moi te dire ma dernière volonté.. Iridion, je sais la force de ton bras ; c'est pourquoi je t'adresse cette suprême prière : épargne Alexandre sur le champ de bataille; n'étends pas le voile de la mort sur ce beau. front grec. — Lui seul a deviné... Ah! pourquoi détourner de moi ton visage !
Ne pense plus à lui... Il est le seul qui nie dispute encore cette Rome, qui veuille l'arracher aux étreintes de ma vengeance ! Les dieux l'envient aux hommes. Son arrêt est prononcé.
ELSINOÉ
Encore une fois, presse ta sœur sur ton sein. Sens-tu comme mon cœur bat ? Fils d'Amphiloth ! avant ton retour, ce cœur sera brisé. Souviens-toi qu'Elsinoé ne t'a demandé le sang de personne. — Vivez, vous tous ! Que le Syrien lui-même, ce fils de l'opprobre, vive ! La fille de la prêtresse ne tachera de sang ni ses mains blanches, ni sa robe de neige virginale. Toute sa vie n'a été qu'un long sacrifice ; jour et nuit ses rêves, ses désirs, son printemps se consumaient dans son cœur comme le feu sacré sur l'autel. Regarde, bientôt il ne restera d'elle qu'une vaine fumée. L'heure est proche où son âme se détachera de son corps comme le ruban se détache du cothurne. Il ne restera d'Elsinoé qu'un souvenir amer, et son esprit, qui deviendra une ombre immortelle.