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LES MEMBRES DU MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

ciers ministériels) a créé une ambulance. La salle des jurés sert de salle d'opérations ; la salle des témoins, de... cuisine.

Les audiences civiles étaient désertées. Seules les affaires criminelles et correctionnelles occupaient le rôle des audiences.

Mon glorieux ancien, Démange, défendait aux assises un petit bossu, cocher d'omnibus, accusé de détournement de mineure. Le Palais était désert : la nouvelle d'un désastre militaire avait fait le vide dans la salle d'audience... Plus de magistrats, plus de jurés... L'accusé aurait pu s'enfuir... Il restait tranquille à son banc et finit par dire à son avocat : « Moi, monsieur, j'ai connu la révolution de 1848, il faut que je vive, il faut que je mange, je retourne à ma cellule. » Et sans se presser, il regagna tout seul la Conciergerie.

:o6 LES GRANDS PROCÈS DE L'HISTOIRE

Sous la Commune, c'est un condamné à mort qui avait arraché un père jésuite aux fédérés et qui disait à ceux qui voulaient le fusiller : c Vous n'en avez pas le droit. J'ai droit ù la guillotine ! »

El un gardien de prison résumait d'une phrase l'histoire de la Commune en disant : « J'étais habitué à incarcérer des coquins amenés par des honnêtes gens ; aujourd'hui, les honnêtes gens sont amenés par des coquins ! »

Après les tristesses de la guerre étrangère, ce furent les horreurs de la guerre civile. Un nom, dans l'histoire du Palais, domine ces sombres journées : c'est celui du bâtonnier Rousse.

C'était un curieux personnage qui n'avait rien gardé de la fréquentation de son maître Chaix d'Est-Ange, improvisateur fougueux et étincelant. Rousse, avec son profil de médaille, était calme et délicat, lettré plus qu'orateur, réfléchi plus que spontané, amer un peu, parce qu'avec sa finesse il sentait mieux ce qui lui manquait que ce qu'il avait. En 1870, il se consolait en relisant les lettres de Cicéron. Parlant de son bâtonnat, il l'appelle «son triste proconsulat ». Il croit que l'Ordre des avocats va disparaître dans la tourmente et qu'il sera — c'est lui qui parle — « le Romulus Augustule de cette antique dynastie ».

Viennent les jours où il faut se montrer un homme, ce lettré s'arrachera à Atticus pour faire, comme Cicéron lui-même, courageusement son devoir. Son confrère Chaudey ayant été arrêté par la Commune, le bâtonnier court chez le garde des sceaux. Introduit « par un huissier bras nus et tablier retourné », il trouve dans le cabinet de la place Vendôme « une demi-douzaine de mal peignés en blouse » qui fument la pipe. Le garde des sceaux, en veston râpé et bottes molles, pâlit devant son bâtonnier... C'était un jeune stagiaire nommé Protot : il avait vingtquatre ans.

Protot avait rédigé dans un cabaret des Halles « Au Père Tranquille » un décret sur le jury qui devait juger les otages : une nouvelle loi de Prairial. Protot continuait Robespierre, avec moins d'envergure et plus de débraillé. Mais Rousse peut être comparé à Chauveau-Lagarde : il a la même hauteur morale.

— Je pense, dit le bâtonnier un peu méprisant au garde des sceaux, déférent malgré lui, qu'il y a dans ce décret des garanties pour la défense. — Oh ! oui, dit Protot, il doit y en avoir ! » En effet, il suffisait d'être convaincu « de complicité avec Versailles » pour subir le sort de ceux qu'en Prairial on appelait les suspects.

La procédure, sous la Commune, fut aussi expéditive que sous la Terreur. Raoul Rigault, que sa claudication rendait rageur et que ses dix-huit condamnations antérieures prédisposaient évidemment à

devenir en ces temps troublés « délégué à la préfecture de police », puis procureur de la Commune, disait avec cynisme : « Nous ne faisons pas de la légalité, mais de la révolution ! »

Rousse visita Mgr Darboy, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, et d'autres qui avaient besoin de sa parole et de ses encouragements. Le président Bonjean, digne de l'antique, à qui on offrait les moyens de s'enfuir, répondit : « Quand on est président à la Cour de cassation, on ne doit sortir que par la grande porte. » Scrupule de juriste qui l'honore et causa sa perte.

La Commune avait simplifié les formalités du mariage et créé un divorce rapide et facile.

Pour le mariage, les deux époux signaient un papier ainsi conçu :

« Le citoyen X... et la citoyenne Z... déclarent s'unir en mariage. La citoyenne Z... s'engage à suivre le citoyen X... partout où il ira et l'aimera toujours. »

Il est probable que ce dernier serment était rarement tenu, car on avait prévu le divorce qui était obtenu par la signature d'un acte sommaire signé par les deux intéressés :

« Nous restons, d'un commun accord, dans notre entière liberté, comme si nous n'avions jamais été mariés. Chacun reprend ce qui lui appartient. Salut ! »

De 1870 a 1920.

C'est au Palais de Justice que naissent et se terminent les grandes affaires qui ont ému l'opinion et secoué le Parlement : scandales politiques, grands cyclones financiers qui traversent le monde de la Bourse, procès émouvants, scandaleux ou retentissants.

A la barre, des maîtres disparus : Rousse, Bétolaud, Barboux, Allo.i, Leuté, Durier, Martini, Waldeck-Rousseau, etc., et leurs émules, leurs successeurs, heureusement pleins de vie et de talent : Chenu, Raoul Rousset, Raymond Poincaré, deux fois illustre comme avocat et comme homme politique, Busson-Billault, Viviani, mon glorieux maître Démange, et tant d'autres que je ne puis citer ici.

A la tête de l'ordre, un éminent bâtonnier, Me Albert Salle, qui a succédé à Me Mennesson.

Au siège du ministère public, un grand talent et un grand caractère, le procureur général Lescouvé et son excellent second, le procureur de la République Scherdlin; à la tête de la Cour de Paris, un magistrat aimé et respecté de tous, le premier président Paul André. Le président du tribunal est M. Savin qui remplit fort bien ces délicates fonctions illustrées par de Belleyme, Aubépin et Ditte.

Au mois de décembre 1910, le Palais est en fête. L'Ordre des avocats célèbre le centenaire de son rétablissement. Dans la grande salle des Pas-Perdus éblouissante de lumières, aux murs décorés par les merveilleuses tapisseries des Gobelins, plus de mille convives, parmi lesquels les représentants de tous les grands barreaux du monde — ■ sauf d'Allemagne — acclament le chef de l'État.

Depuis le mois d'août 1914, et pendant près de cinq années, le Palais n'a songé qu'à la guerre. Que de tristesses et de deuils ! Mais aussi que de gloire !

A l'entrée de notre bibliothèque, un tableau funèbre contient les noms des avocats qui sont morts pour la patrie : plus de deux cents noms y sont inscrits.

Les murs sont couverts par les citations à l'ordre de l'armée, du corps d'armée et par les décorations de la Légion d'honneur et de la médaille militaire : le barreau de Paris a courageusement fait tout son devoir.

Nous avons voulu honorer nos héros qui ont donné leurs vies pour la France. Trois cérémonies funèbres ont été célébrées pendant la guerre par S. E. le cardinal Amette, archevêque de Paris, dans la Sainte- Chapelle, rendue pour toujours, je l'espère, au culte catholique ; par le pasteur Roberty au temple de l'Oratoire et par le grand rabbin Dreyfus au temple de la rue de la Victoire.

Le Président de la République, notre confrère M. Raymond Poincaré, assistait à ces trois cérémonies.

Lorsqu'il est arrivé à la porte de la Sainte-Chapelle, dont les vitraux incomparables resplendissaient sous les rayons d'un beau soleil de printemps, il a trouvé pour le recevoir le prince de l'Église, vêtu de la pourpre romaine. Le président et le cardinal se sont serré la main : nous avons cru voir l'image de la France de demain unie et réconciliée...

Le 28 octobre 1916, dans la grande salle de notre bibliothèque, l'ordre des avocats voulait encore rendre hommage à ses morts. Dans une touchante pensée de confraternité, l'admirable bâtonnier de Bruxelles, Léon Théodor, arraché par S. M. le roi d'Espagne, grâce à l'intervention du barreau de Paris, aux horreurs des prisons allemandes, était venu se joindre à nous.

Nous n'avons pas non plus oublié d'autres victimes de la guerre : les pauvres gens. Jamais le fardeau de l'assistance judiciaire n'a été plus lourd et plus écrasant. Les jeunes avocats étaient partis aux armées. Ce sont les anciens qui les remplacèrent dans la défense des déshérités de la vie. Plus de deux cent mille consultations gratuites ont été données aux Parisiens.

Enfin la Victoire est venue...

le 21 juin 1919, au terme du plus long bâtonnat qu'ait connu l'histoire de notre Ordre, en présence du président Raymond Poincaré, qui a conservé pour notre profession le plus fidèle attachement, nous rendions un nouvel hommage à nos héros morts pour la France.

Dans la salle, où la jeunesse du stage concourt, avec une noble émulation, pour conquérir le titre envié de secrétaire de la conférence, devant le bas-relief, œuvre remarquable de notre confrère Raymond Persin, nous étions réunis, hauts magistrats et avocats, avec les familles des avocats tombés pour la Patrie et nous venions évoquer le souvenir de ceux qui avaient tout donné pour la France et saluer les héros vivants qui avaient combattu jusqu'à la victoire.

Depuis ces heures émouvantes, le Palais a repris peu à peu son ancienne activité, et nous avons la fierté de retrouver à la barre, la robe étoilée de Légion d'honneur, de Médaille militaire et de Croix de guerre, ceux qui, pendant plus de quatre ans, ont fait si vaillamment leur devoir.

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