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PERE DUCHESNE

A la découverte d'un nouveau projet de contrerévolution , annoncé pour le 25 Août.

Le journal d'Hubert.

2o4 LES GRANDS PROCÈS DE L'HISTOIRE

Dans le numéro 22 du Père Duchesne, on lisait :

« Nous avons détruit la royauté et, f..., nous laissons s'élever à sa place une autre tyrannie plus odieuse encore. La tendre moitié du Vertueux Roland mène aujourd'hui la France à la lisière, comme les Pompadour et les Du Barry.

Elle se tient tous les soirs, à l'heure des chauves-souris, dans le même lieu où Antoinette manigançait une nouvelle Saint- Barthélémy avec le Comité autrichien.

Comme la ci-devant reine, Mme Coco, étendue sur un sofa, entourée de tous ces beaux esprits, raisonne à perte de vue sur la guerre, la politique, les subsistances, etc. »

Est-il besoin de dire que tout cela était déformé à dessein dans un esprit de malveillance, et dans un but d'excitation du peuple afiamé ?

Madame Roland, dans ses Mémoires, écrit qu'en réalité, ces dîners, où se réunissaient, une fois par semaine, les collègues de son mari, à quinze convives en moyenne, étaient des plus simples et se composaient d'un seul service. On se mettait à table vers cinq heures et, à neuf heures, il n'y avait plus personne.

« Voilà, conclut-elle, ce qu'était cette cour dont onmefaisait la reine ! »

Mais le ministre et elle-même qui avaient prôné, au temps de la Monarchie, « la liberté illimitée de la presse », se trouvaient fort gênés pour protester contre ces violences de langage malgré le danger réel qu'elles faisaient courir à leur sécurité.

Roland, en effet, était sans cesse menacé d'un attentat, et 11 avait échappé, une fois déjà, au poignard des assassins.

Champagneux écrit, parlant de Mme Roland :

« Chaque jour voyait éclore un nouveau danger : chaque

nuit devait être la dernière de sa vie : une armée d'assassins devait profiter des ténèbres pour venir l'égorger ainsi que son mari. Les avis les plus sinistres lui arrivaient de toutes parts. On la pressait de coucher hors de l'hôtel de l'Intérieur.

— Si on veut m'assassiner, s'écria- t-elle, ce sera chez moi. Je dois cet exemple de fermeté et je le donnerai. »

Mais elle ne se couchait plus sans avoir placé sous son oreiller des pistolets chargés.

C'était une existence d'alarmes continuelles.

Elle eut pourtant, un jour, une compensation glorieuse que bien des femmes durent lui envier.

C'était le 7 décembre 1792.

Chabot avait dénoncé, à la tribune de la Convention, un soi-disant complot dont le ménage Roland aurait eu connaissance.

Roland répliqua, se défendit de la complicité morale dont on l'accusait et, en terminant, demanda que sa femme soit entendue.

On acquiesça à cette demande.

On fut quérir Mme Roland.

Elle accourut aussitôt, traversa, gracieuse et sûre d'elle-même, l'Assemblée attentive et vint s'expliquer à la barre.

De nombreux applaudissements l'y accueillirent.

Le président Pétion, (un ami qui dînait chaque semaine à sa table), lui dit :

— Citoyenne, la Convention a désiré vous entendre. Quel esi votre nom ?

R. — Roland ! nom dont je m'honore, parce qu'il est celui d'un homme de bien.

Les applaudissements redoublèrent.

2o6 LES GRANDS PROCES DE L'HISTOIRE

Elle donna alors, avec une clarté, une aisance, un charme incomparable, toutes les explications qu'on voulut.

La Gironde la contemplait en extase. Toute l'Assemblée était captivée, fascinée par la netteté de son esprit et la pureté desa~ voix. La Montagne, silencieuse et muette, étouffait sa fureur et rongeait son frein.

Le président dit à Manon Roland quand elle eut fini déparier:

— Citoyenne, la Convention Nationale, satisraite des éclaircissements que vous venez de lui donner, vous invite aux honneurs de la séance !

Elle sourit, remercia, et fut s'asseoir, acompagnée d'une enthousiaste ovation.

Hélas ! succès d'un jour !

Car, le lendemain, les accusations reprenaient contre Roland, plus nombreuses, plus violentes, plus venimeuses.

Le 6 janvier, Robespierre, déchaîné, soutenu par les hurlements de la Montagne et les applaudissements des tribunes, traita Roland de ministre factieux.

Tumulte indescriptible. Rappel à l'ordre. Mais les accusations les plus ineptes faisaient leur chemin. On répétait dans le peuple que Roland avait volé l'argent du Garde-Meuble, placé dix millions en Angleterre, trafiqué dans les subsistances, fait disparaître les papiers du roi trouvés dans l'armoire de fer.

En vain Roland demanda-t-il à chaque séance à faire apurer ses comptes, en vain protestait-il de son dévouement à la République une et indivisible, il ne désarmait pas la calomnie.

Sa démission même de ministre, qu'il donna le 22 janvier, complètement écœuré de son impuissance et dégoûté du pouvoir, ne lui rendit pas la paix et le silence auxquels il aspirait.

Son nom, celui de sa femme surtout, restaient le point de mire de toutes les haines, de toutes les menaces, de toutes les invectives, comme si vraiment, se fussent incarnées en eux seuls la force et l'âme de la Gironde tout entière.

Cependant, l'influence de la Montagne faisait sans cesse de nouveaux progrès, r Le procès de Louis XVI et sa condamnation avaient été pour elle un éclatant succès.

La Gironde ne voulait pas la mort du roi. Vergniaud, se faisant l'interprète de ses amis, avait prononcé un discours magnifique pour le sauver.

Son éloquence avait profondément ému et, un instant, entraîné l'Assemblée.

Hélas ! les hurlements des tribunes, les cris de mort de la Montagne, impressionnaient profondément les votants.

Et quand Vergniaud lui-même fut appelé à se prononcer, il s'avança, pâle, hésitant, et d'une voix mal assurée, au milieu de la stupeur générale, laissa tomber ce mot inattendu :

— La mort !

Un sourire de mépris et de pitié dédaigneuse éclaira, un instant, la rude face de Danton, et il dit à Brissot, qui était près de lui :

— Vantez donc vos orateurs ! Des paroles sublimes ! Des actes Tiches ! Que faire de tels hommes ? Ne m'en parlez pas : c'est un parti fini !

Et, de fait, c'est par leur faiblesse qu'ils achevèrent de se perdre.

Les concessions qu'ils faisaient au parti de l'anarchie, dans

l'illusoire espérance de reconquérir leur popularité perdue, ne faisaient que renforcer leurs adversaires et ruiner plus complètement leur autorité défaillante.

Le 10 mars marqua pour eux un nouveau point perdu, avec l'institution du Tribunal révolutionnaire.

Ils ne se doutaient point encore que cet inhumain tribunal inquisitorial serait précisément l'arme dont on userait pour les perdre.

Pourtant, d'instinct, ils avaient protesté au nom tie la justice et de la liberté menacées.

Vergniaud, le plus éloquent, sans doute, du parti, celui qu'on écoutait avec le plus de respect parce qu'il se faisait le plus rarement entendre, Vergniaud lui-même intervint avec passion.

« On vous propose, disait-il, de décréter l'établissement d'une inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise ! Nous mourrons tous, plutôt que d'y consentir. »

Et il ajoutait, au moment du vote :

et Je demande l'appel nominal, afin de faire connaître ceux qui se servent continuellement du mot de liberté pour mieux l'anéantir. »

Ses efforts éloquents furent vains.

Danton emporta le vote du Tribunal révolutionnaire.

Alors, les événements se précipitent.

Ce sont les heures les plus tragiques de la Révolution : la trahison de Dumouriez, excédé, nous dit Mnie Roland, des mauvais décrets de la Convention, de l'affreuse conduite des commissaires (aux armées), des sottises du pouvoir exécutif.

Il espérait entraîner avec lui ses troupes et abattre la Révolution. Sa trahison manquée ne fit que compromettre la Gironde*

Puis, ce fut la révolte de Lyon, les émeutes sanglantes et les pillages de Paris. Le drapeau noir flottait au haut des tours de Notre-Dame.

Dans un trop timide et tardif sursaut d énergie, la Convention décréta d'accusation Hébert et Marat.

Vous savez le résultat.

xMarat, acquitté, revint bientôt, porté en triomphe et couronné de lauriers, s'asseoir au sommet de la Montagne. Et il s'écria :

— Je tiens les Girondins, maintenant. Ils iront en triomphe, eux aussi, mais ce sera à la guillotine !

Bientôt, les sombres jours du 31 mai et du 2 juin venaient vérifier sa prédiction. .

Ce fut le 10 août de la Gironde.

La convention, terrorisée par l'émeute qui grondait à ses portes, vota l'arrestation des vingt-deux Girondins.

Par une circonstance bien significative et qui prouve en quelle haine était tenue Mme Roland, ce fut elle qu'on arrêta la première, avant même que le décret ne fût voté.

Elle a raconté tout au long, dans ses Mémoires, les circonstances particulièrement émouvantes de cette arrestation.

Le 3 1 mai, vers six heures du soir, les commissaires de la Commune s'étaient présentés chez elle, et l'un d'eux avait lu un ordre d'arrestation concernant Roland et émanant de la Commune.

« Je ne connais pas, avait aussitôt répliqué celui-ci avec dignité et sang-froid, je ne connais pas de loi qui constitue l'autorité que vous me citez. Je n'obéirai pas aux ordres qui émanent d'elle. Si vous employez la violence, je ne pourrai que vous

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