XX PRÉFACE
maie. Sans la connaissance de cet enchaînement, une fois le mal commencé, le médecin prendra ce qui appartient au cours inévitable des choses laissées à elle-mômes pour un résultat de son intervention, comme les homœopathes avec le vulgaire.
Si chaque maladie a son évolution propre, cela tient à des causes permanentes dont l'étude est précisément un des sujets de la pathologie générale. Ces causes sont, avons-nous dit : l'état de la substance organisée affectée, les conditions étiologiques de la lésion, la nature propre de celle-ci et la perturbation fonctionnelle qui en nait; et, pour que la perturbation naisse toujours la même, sous une même cause, il faut bien que la substance, siège des actes, se modifie toujours de même sous cette cause. C'est l'étude de cette partie de la pathologie généràle qui fait le mieux saisir le vrai rapport entre la pathologie et la physiologie, ce qu'est la maladie relativement à la santé, ce qu'il y a d'inévitable comparativement à ce qu'il y a de modifiable dans le cours de lune et de l'autre.
Il y a dans la maladie non pas apparition de lois nouvelles, mais perversion, dérangement de lois préexistantes. Elle est toujours un cas particulier de la physiologie, mais un cas plus compli(jué, puisque, à la connaissance de l'état normal d'orçanisalion, il faut ajouter celle du mode nouveau de cet état, tant statique que dynamique, déterminé par l'intervention de la cause morbifique.
« Dans les temps anciens, ajoute M. Littré, les hommes, à l'aspect des phénomènes inattendus, étranges, menaçants, que présente la maladie, crurent qu'elle provenait, soit de la colore des puissances célestes, soit de la méchanceté d'êtres surnaturels et malfaisants. A ce point de vue, la maladie était, dans son esst»nce, aussi éloignée que possible du corps qu'elle frapj)ait, dépendant, non pas du travail qui se passe en ce corps, mais de volontés extérieures et sui)érieures. y>
Cette croyance se retrouve encore dans le langage niédiral lorsqu'on entend dire d'une maladie qu'il faut Xattaquer par
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tel ou tel moyen, alors que la réalité veut que ce qui est troublé soit modifié en prenant la connaissance des conditions même de la santé, comme appui principal.
II est encore autre chose qu'il faut que le médecin n'oublie jamais, devant l'absence, dans notre éducation générale, de notions biologiques, de notions, même les plus élémentaires, sur ces conditions de la santé ; c'est que rien n'est resté plus répandu dans toutes les classes de la société que cette superstition qui fciit de la maladie une chose essentielle, dont nous frappent des volontés extérieures ; que, par suite, ce sont cas volontés supérieures qui ramèneraient les fonctions troublées dans la voie normale. La preuve en est dans les innombrables ex-voto qui couvrent les murs des temples catholiques, comme ils couvraient ceux des temples grecs et romains et sous les mêmes formes, bien que généralement d'une matière moins précieuse et moins durable. De plus, à côté de ceux qui ne croient pas à la médecine et croient au surnaturel, il y a ceux qui les confondent et ceux qui y croient trop ; ceux qùi^ ainsi que le dit M. Littré, mécontents des limites inévitables de cet art, cherchent des secours illusoires dans le charlatanisme, soit matériel, soit métaphysique de l'homœopathie, du magnétisme animal et de la sorcellerie; ces effets de l'absence de toute instruction biologique se rencontrent ainsi, depuis le plus humble berger, jusque chez ceux qui se séparent des autres en se disant être les représentants des classes dirigeantes.
Le médecin ne doit donc jamais oublier qu'il est constamment en présence d^un public empreint d'une éducation qqi conduit à la crédulité, par méconnaissance de la réalité en ce qui touche l'organisation; qui conduit même le crédule à vouloir être trompé, habitué qu'il est par le genre d'instruction qu'il reçoit à considérer comme absolues vérités ses préconceptions individuelles; qui le conduit à penser, qu'arrivé à certaines croyances, nul fait scienlifique ou social nouveau ne saurait modifier cellesci et les actions dont elles sont les mobiles. Mais, en raison même
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de l'évidence de ce qu'ont de pernicieux les illusions de cet ordre, il est du devoir du médecin de se préoccuper de plus en plus de ce que nous savons sur la réalité des choses organiques et de s'en pénétrer; parce que, de plus en plps aussi, la possession de cette réalité devient une force.
Aujourd'hui, en effet, la pathologie générale ne consiste plus en un développement de tel ou tel système plus ou moins arbitraire. Comme l'a dit M. Littré, il y a trente ans déjà, nous sommes arrivés à la fin des systèmes en médecine. Tout en prétendant résumer ou diriger la pathologie, les nombreux systèmes que son étude a suscités ne lui appartenaient vraiment pas, vu qu'ils provenaient de toute autre source que de la source biologique. Par suite, ils se succédaient les uns aux autres selon des conditions toutes provisoires. Présentement ils sont écartés d'une façon définitive ; car justement dans sa partie théorique, qui est celle des systèmes, la médecine ne dépend plus que de la biologie. Le lien entre elles deux est désormais indissoluble. La médecine ne peut rien tenter dans la voie spéculative sans se demander aussitôt si ce qu'elle propose est d'accord avec les lois biologiques. Autrefois, au contraire, tout progrès dans l'ensemble du savoir contemporain venait suggérer quelque système nouveau; suivant les temps et les influences mentales, la mécanique, la physique, la chimie et la métaphysique, l'une après l'autre, en l'absence de la biologie, les faisaient surgir; le succès n'était plus qu'une question de style et de dialectique. Aujourd'hui tout ce qu'il n'y avait pas de biologique dans ces systèmes est tombé, devant le point de départ et de retour commun que nous offrent l'anatomie et la physiologie; devant les données que la pathologie générale leur emprunte pour nous conduire à la [pathologie spéciale ou médecine proprement dite, qui a pour sujet l'étude de chaque maladie en particulier et pour but le meilleur traitement à suivre afin de ramener les fonctions à leur cours naturel.
<;• n'est donc pas parce que, personnellement, je considère