FIBRINE
la !•* fiasse.
la 3* cla&se.
méulbumino.
Plaftnia Banpiin
779 à 7fli
Lviiinlic
IMO ù OTk)
ri.73 à 10 50
/ do l'œdèiiip
l pôritontialc
G.OO ù 11.20
■5 1 péricardiquo
un 1 pleurale
933 à OiO
O.tV)
f de riiydrofèle
800 ù 9'.ii
\ de riiydrocéphalc.
L'examen de ce tableau démontre une fois de plus que les sérosités hydropiques ne sont ni du plasma sanguin ni de la lymphe isj^iis des vaisseaux. Il établit que, pendant l'exsudation de ces liquides, les parois des capillaires font un véritable choix des parties conslilutives du plasma qu'elles laissent filtrer. Un fait domine dans la constitution générale de ces humeurs, c'est l'abondance de l'eau qu'on y rencontre et la proportion parfois minime des matières coa}riilables. 11 est facile de comprendre la raison de ce phénomène lorsqu'on a présentes à l'esprit les lois de l'osmose. L'eau et les sels, m effet ont un pouvoir de diffusion considérable, tandis que les substances colloïdes ne traversent qu'avec difiiculté les membranes organiques. 11 est à remarquer enclore que la richesse en princii)e> albuminoïdes différé d'une sérosité à l'auti'e. On peut établir, à ce point de vue, la série croissante suivante : hydrocéphale, cedènie, ascite, hydropéricarde, hydrothorax, hydrocèle. Qw^mX. à la itiison qui établit ces différences et fait que le liquide pleural, par exemple, renferme plus de principes albuminoïdes que la sérosité des œdèmes, elle nous échappe, pour ainsi dire, au moins dans l'étal actuel de la science. On sait toutefois que la quantité de ces principes dépend de la rapidité plus ou moins grande de la circulation
HYDROIMSIE (SUITE). 477
capillaire. Comme Lehmann (1) Ta fait voir, lorsque dans le péritoine il existe un obstacle mécanique peu important, comme dans le début de la seconde période de la cirrhose, la quantité de principes albuminoïdos est moins [jurande que dans les cas où la circulalion se trouve fortement entravée par des tumeurs comprimant les veines abdominales. La qualité du sang, toutes choses égales d'ailleurs, est susceptible de faire varier les proportions des corps protéiques dans les sérosités morbides. Chez les albuminuriques dont le sang a déjà perdu de son albumine, il existe moins de ces principes dans les liquides hydropiques que cliez les autres sujets. Enfin, suivant les analyses de Hoppe (^2), la durée d'un épanchement modifie ses proportions d'albumine. Au bout d'un certain lemps, en effet, l'équilibre de pression s'établit entre le liquide hydropique et le sang. Dans ces conditions, l'eau et les sels de la sérosité peuvent être en partie repris par absorption, tandis que les matières protéiques moins diffusibles restent extravasées et subissent conséquemment une augmentation relative.
Comme vous l'avez vu, à l'exception du liquide pleural, et trèsrarement du liquide péritonéal, les sérosités hydropiques ne renferment pas de fibrine, et la proportion de cette substance dans l'épanchement de l'hydrothorax est très-minime. Cette absence de fibrine doit faire rejeter l'idée de A. Schmidt (3), voulant que tous ces liquides soient coagulables spontanément, précisément parce qu'ils consisteraient en du plasma sanguin, exsudé des vaisseaux. Or, les analyses démontrent que l'on trouve dans la sérosité la serine d'une part, et d'autre part la métalbumine. Il en résulte donc que, pendant le passage à travers les parois vasculaires, le dédoublement de la plasmine s'opère et que la plasmine concrète, fibrine, reste dans le sang.
Quand il s'est fait un épanchement hydropique dans une cavité séreuse, pour peu que cet épanchement ait été abondant et ait duré un certain teni[)S, on trouve la surface de la séreuse pâle, anémique et moins élastique qu'à l'état normal. Le plus souvent les cellules épithéliales ont augmenté de volume et sont devenues granuleuses; elles sont en voie de dégénérescence albuiuino-graisseuse, et se détachent facilement de la surface de la séreuse. Les organes qui sont
i 1 > Lchmanii, Lehibudi der phtjsioL Cliemie, 1853.
• i) Hoppc, Vircfiow's Ardnt\ ix, xiv; — Ueutédie Klinik, 1853.
':ii A. Scliiiuilt, Ardi. fur Anat., I«(il ri imt.
situés dans lu câvité séreuse, plus ou moins forlement comprimés par répanchcment, diminuent plus ou moins de volume. Leur structure s'altère à la longue par modification de leurs éléments anatomiques. C'est ainsi que les organes craux» tels que riniestio, oni souvent leurs tuniques envahies par Finfiltration, et leurs muscles en voie de dégénérescence albumineuse. Ces organes, du reste, sont pÂles et anémiques comme le tissu séreux lui-même.
Gomme Ta surtout démontré Ranvier, rinfiltration du tissu conjonctif ou lamineux par les liquides hydropiques amène la séparation et la dissociation des faisceaux de fibres lamineuses, qui se montrent alors écartées les unes des autres. Les cellules du tissu œdématié augmentent de volume et deviennent finement gi*anuleuses, et les vésicules adipeuses ont leur membrane d'enveloppe épaissie et parsemée de fines granulations. Au milieu du liquide infiltré on trouve quelques leucocytes. Les capillaires sanguins sont goi^és de globules rouges et de globules blancs disposés le long de leurs parois, et les vaisseaux lymphatiques sont toujours dilatés.
Lorsque l'infiltration dure longtemps, comme dans les cas de varices, d'aflections du cœur ou d'obstacles insurmontables à la circulation sanguine ou lymphatique, dans les cas de phlegmatia alba dolens et de leucophlegmasie de Virchow, des modifications profondes no tardent pas à apparaître dans le tissu conjonctif et dans la pe«iu elle-même. Ces modifications, le plus souvent, consistent dani* une hypertrophie véritable du tissu conjonctif aboutissant à la lésion connue sous le nom de sclérème. C'est une matière amorphe qui si' forme, au sein de laquelle apparaissent des cellules nouvelles se transformant ultérieurement en fibres lamineuses. Pendant cette évolution, les vésicules adipeuses comprimées perdent leur graisse et reviennent à leur état primitif de corps fibro-plastiques. Le même phénomène se remarque du côté de la peau, avec ceci de particulier, que souvent le tissu dermo-papillaire participe à l'hypertrophie. On voit alors les papilles dermiques augmenter plus ou moins de volume et la surface de la peau se présenter avec un aspect chagriné tout spécial. C'est dans ces circonstances que l'on voit se développer ces hypertrophies élcphantiasiques assez fréquentes à la suite de> œdèmes lymphatiques et dans les aflections du cœur, s'accompagnaot d'œdème chronique dos jambes.
Les symptômes du processus hydropique doivent être étudiés dan^ le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses.
(Juand Thydropisie a envahi le tissu cellulaire, on constate un
HYDROPISIK (SU1T£;. 4?J
gonflement plus ou moins considérable de la région suivant la plus ou moins grande quantité de liquide qui s'est infiltré dans les mailles du tissu. Sur la région malade, la peau se montre lisse, tendue et généralement décolorée. En même temps, la température diminue. Lorsqu'on exerce une pression sur la partie œdématiée, les doigts s'y enfoncent en laissant une empreinte qui met un certain temps à disp«iraltre. De même, les pressions exercées par les vêtements, par les draps du lit, etc., laissent une trace dans la région infiltrée.
Il est facile de se rendre compte de tous ces phénomènes en songeant aux lésions anatomiquos de Thydropisie. L'infiltration se produit, en eiïet, par l'accumulation de la sérosité dans les mailles du tissu cellulaire. C.omme conséquence de cette accumulation de li([uide, les vaisseaux capillaires se trouvent bientôt comprimés, et le sang cesse d'airiver aussi abondamment dans la région. De là cette décoloration presque constant^, de là aussi l'abaissement de la température, que la diminution des phénomènes intimes de la nutrition vient encore bientôt augmenter. D'un autre côté, les mailles du tissu cellulaire communiquent entre elles, vous le savez, de telle sorte qu'il est possible par la pression de chasser le liquide dans les régions voisines, et qu'une fois les aréoles correspondant au lieu comprimé affaissées, il faut un certain temps au liquide pour les remplir de nouveau, en raison même de la résistance qu'opposent les fibres élastiques à leur distension nouvelle.
La coloration des régions œdématiées, toutefois, n'est pas tou<* jours celle que je viens de vous signaler. Dans certains œdèmes consécutifs à des troubles d'innervation vaso-motrice, quel que soit du reste U^ur mécanisme producteur, lorsque les capillaires dilatés amènent dans la région une quantité considérable de sang et que l'in* filtration, comme je vous l'ai indiqué dans notre dernière leçon, ne résulte que de la diminution de l'absorption veineuse et lymphatique, la partie infiltrée peut être colorée en rouge même assez intense. C»; fait est fréquent dans les œdèmes des i)aupières consécutifs à uncî excitation mécanique de la région, ou bien à des névralgies très-douloureuses. D'un autre côté, dans les œdèmes se développant rapidement à la suite d'obstacles à la circulation veineuse, (|ue ces obstacles siègent dans les veines elles-mêmes, ou bien encore dans le avuv droit, on peut voir les parties infiltrées rovêlir la teinte cyanique propre à la congestion passive qui a ouvert la scène du processus hydropicpie. Dans ces cas, du reste, à part ceux d'hydropisie vaso-motrice qui, an début, sont acconi[>agnés
d'une certaine élévation de la température locale, on peut constater l'existence de tous les symptômes que je vous ai si^oialés plus haut.
Comme je vous l'ai indiqué dans Tétude des causes de Thydropisie, c'est dans lesréj^ions les plus déclives qu'habituellement commence l'infiltration du tissu cellulaire, lorsque le processus est lié à une cause centrale. Il est évident que si l'afiection tient à une cause locale, l'infiltration se produit dans les parties influencées dans leur circulation par cette cause. Cette influence de la pesanteur sur la détermination du point d'apparition de l'dîdème se fait également sentir sur la quantité de liquide infiltré et, par conséquent, sur l'intensité de l'ccdème. Dans l'anasarque, œdème généralisé, ce sont les parties les plus déclives qui sont le plus fortement atteintes. L'intensité de l'infilti'ationdes diverses régions varie également avec la position que prennent les malades. Si le décubitus est horizontal, le dos, les lombes, les parties postérieures des membres inférieurs, sont le plus fortement atteints ; s'il est latéral, c'est la région en contact avec le lit qui montre l'inGltration la plus prononcée. Dans la station debout, toute la moitié inréricure du corps est plus œdcmatiée que la moitié supérieure. Les parties génitales présentent dans ce dernier cas une infiltration très-intense. Cependant cette loi de répartition de l'œdème ou de son intensité vers les parties K*s plus déclives souflre une exception lorsqu'il s'agit de l'hydropisic albuminuriquc. Je vous ai déjà dit que, dans cette afiection, l'hydrepisie commençait à se montrer dans les régions supérieures et notamment à la face. La cause déterminant c(dte localisation de l'infiltration hydropique dans ces cas, nous est à peu près inconnue ; il est cependant assez probable, comme le dit M. Angulo Heredia, que les refroidissements fréquents auxquels se trouve incessamment exposée cette partie, influent beaucoup ici.
Les symptômes fonctionnels de l'hydropisie du tissu cellulaire sont peu tranchés habituellement. A part un sentiment de pesanteur dans les parties œdématiées, à part une gène plus ou moins grande dans les mouvements, la plupart du temps les malades n'éprouvent aucun trouble fonctionnel. Cependant, lorsque l'iniiltration se fait avec rapidité, lorsqu'elle esl très-intense, que les nerfs sont à la fois privés de leurs matériaux de nutrition ot comprimés par la sérosité infiltrée, il se déclare dos douleurs souvent très-vives. LsLphlegmalla alba dolenSj œdème douloureux des femmes en couche, est un exemple de cette sorte d'hydropisie. D'un autre côté, dans les membres frappés d'hydropisi<*, les mouvements deviennent souvent tK*s-
HYDROPISIE (SUITE). iSi
difficiles en raison de rinfiltration des muscles par le liquide hydropique, infiltration amenant à sa suite une atonie musculaire réelle ou une faiblesse très-prononcée dans les contractions. Indépendamment de ces troubles du mouvement et de la sensibilité, dans un grand nombre de cas on voit les fonctions des glandes de la peau être entravées. Celte membrane devient alors sèche et même rugueuse. La sécheresse des muqueuses peut aussi se manifester par le même mécanisme de l'arrêt des sécrétions glandulaires.
Quand l'infiltration hydropique dure un certain temps dans le tissu cellulaire sous-cutané, le plus souvent, au bout de trois ou quatre semaines, on voit le derme -envahi à son tour. Dès lors la peau, qui jusque-là était lisse, tendue, luisante et mince, apparaît épaissie. Prise entre les doigts, elle conserve elle-même l'empreinte de la pression, et souvent il s'y forme des taches blanchâtres faisant légèrement saillie. Dans bon nombre de cas on voit alors le liquide filtrer à travers les pores de la peau, et parfois même des éraillures, des phlyctènes et des crevasses épidermiques se former et laisser écouler la sérosité.
Plus tard des modifications nouvelles se montrent. Elles suniennent surtout dans ces œdèmes de longue durée consécutifs à des alTections du cœur, du foie ou des veines (thromboses anciennes, varices invétérées). Elles consistent en un épaississement graduel de la peau et même du tissu conjonctif sous-cutané, donnant aux tissus une résistance de plus en plus grande et aboutissant à Y œdème dur. Ce n'est qu'avec peine qu'il est possible de déprimer la peau par la pression. La dureté des régions s'accuse toujours davantage, la surface cutanée devient rugueuse, les papilles dermiques font saillie et augmentent constamment de volume. A ce moment, et le fait se remarque plus spécialement aux extrémités inférieures, une rougeur diiïuse, plus ou moins intense, envahit parfois les régions œdématiées. Il se forme de petites vésicules rapprochées les unes des autres qui finissent par fi'ouvrir et laissent le derme complètement dépouillé de Tépiderme. Il en résulte une surface ulcérée d'une étendue plus ou moins considérable, recouverte de saillies bourgeonnantes, sur laquelle s'établit une suppuration souvent trèsabondante. Parfois aussi, surtout si les régions malades sont exposées à des pressions fréquentes ou à des frottements répétés, on peut voir des plaques gangreneuses s'y manifester.
Ces œdèmes durs s'observent non-seulement dans les aff^ections que je vous ai signalées plus haut, mais on les rencontre encore
'fl
dans la phlegmatia alba dolens, qui dure un certain temps. On les retrouve aussi dans le sclérème des nouveau-nés et celui des adultes et dans les ledèmes lymphatiques, qui paraissent souvent être Torigine des éléphantiasis, ainsi que je vous Tai indiqué en parlant de 1 anatomie pathologique.
L'épanchement hydropique des cavités séreuses s'accuse par un certain nombre de symptômes. En premier lieu il faut noter l'augmentation de volume de ces cavités, augmentation qui apparaît à première vue lorsqu'il s'agit des bourses ou do l'abdomen, pourvu que l'épanchement soit assez abondant, mais qui demande des modes d'exploration spéciaux s'il est question du thorax ou du péricarde. C'est à l'aide d'une mensuration bien faite au moyen du cyrtomètre et par la constatation du développement plus considérable des espaces intercostaux, que Tampliation de la poitrine sera constatée; et pour le péricarde, la percussion, montrant l'augmentation en surface de la matité précordiale, pourra seule faire reconnaître son développement anormal. La palpation des régions où existera la collection séreuse, au moyen du signe de la lluctuation, démontrera la présence du liquide et la percussion, en amenant la constatation d'un son mat dans des régions où se perçoit normalement un son clair, conduira au même résultat. L'auscultation, en montrant la diminution des bruits normaux du cœur, et l'absence de la respiration physiologique, révélera l'existence d'un épanchement du péricarde ou de la plèvre. Les déplacements des organes, leur refoulement dans des régions qu'ils n'occupent pas d'habitude, seront, en dernier ressort, des signes que le médecin mettra à profit pour reconnaître un épanchement hydropique dans telle ou telle autre cavité séreuse.
Il ne faut pas oublier que l'épanchement de liquide dans les séreuses a pour effet de comprimer les organes renfermés dans ce< cavités, et d'y déterminer de plus une anémie locale en raison de la compression portant sur les vaisseaux qui s'y distribuent. Il résulte de cet état de choses que le fonctionnement normal se trouve bientôt entravé dans ces circonstances. Un épanchement péricardique gêne les contractions cardiaques ; un épanchement pleural, en comprimant le poumon, s'oppose à l'hématose; et, dans le ventre, raccumulation de sérosité entrave toutes les fonctions du tube digestif. Le même phénomène s'observe du côté de l'encéphale, et d'une manière plus effective encore en raison de la non-extensibilitê des parois crâniennes. Des faits du même genre se remarquent aussi
lorsque rinfillration hydropique se produit dans les organes euxmêmes, ainsi qu'il vous est facile de le comprendre. Dans tous ces cas, c'est en définitive l'anémie locale qui se trouve réalisée, entraînant à sa suite toutes les modifications symptomatiques que nous avons examinées en détail lorsque nous avons étudié ce processus morbide.
Les hydropisies possèdent une influence remarquable sur l'ensemble de l'organisme. Comme vou« avez pu le voir, ces pertes de liquide aboutissent à une déperdition des matériaux nutritifs du sang ; aussi, lorsqu'elles sont très-considérables, peuvent-elles déterminer au bout d'un certain temps une modification dans la constitution du sang et créer l'anémie. Il est évident que tous les liquides hydropiques n'ont pas un effet semblable sous ce rapport, et que leur importance est surtout liée à la proportion de matières albuminoïdes qu'ils renferment. En conséquence les épanchements pleurétiques sont ceux qui amènent plus rapidement l'altération du sang, puisque ce sont eux qui renferment le plus d'albuminoïdes, et les épanchements ascitiques n'agissent que beaucoup plus lentement. Quant à l'œdème lui-même, eu égard à la pauvreté en albumipe du liquide épanché, il est pour ainsi dire sans influence sur l'état général des sujets. C'est à cette raison qu'il faut rapporter l'anémie si rapide que l'on constate à la suite des épanchements pleurétiques.
Le diagnostic de Thydropisie en tant que constatation simple du processus lui-même est en général facile. Quand il s'agit d'un (ndème localisé ou généralisé, anasarque, l'existence des modifications de volume, de couleur, de consistance et de température des régions atteintes ne peut laisser de doute. Quand c'est un épanchement dans une cavité séreuse, la recherche de ses signes par les différentes méthodes d'exploration,pour peu que l'épanchement soit notable, donnera un résultat positif. Mais, lorsqu'il s'agit d'une cavité telle que le crâne, échappant, en raison de sa structure anatomique, à toute exploration, ce n'est que par les troubles fonctionnels que le médecin sera mis sur la voie. Or, comme ces troubles résultent de l'anémie locale déterminée par la compression, il sera souvent difficile de se rendre compte de la nature du processus morbide. C'est ici que l'étude attentive des conditions pathogéniques de l'hydropisie, et la détermination de la cause productrice, rendront des services certains. Ceci revient à vous dire, messieurs, que dans le diagnostic de l'hydropisie, le médecin doit toujours rechercher la cause déterminante. Or, sous ce rapport vous devez avoir présente à
i84 LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
l'esprit la classification méthodique de Tétiologie que je vous ai exposée pendant noire dernière leçon ; et lorsque vous vous trouvez en présence d'un œdème ou d'un épanchement hydropique, chercher tout d'abord à éliminer les causes aboutissant à la diminution de l'albumine dans le sang. Cette série écartée, il est alors facile de rechercher si l'hydropisie tient à une exaltation de la pression du sang dans les capillaires sans obstacles à l'absorption veineuse et lymphatique, ou bien à une diminutiQn de l'un ou de l'autre de ces modes d'absorption. C'est par voie d'exclusion que vous arriverez de la sorte à établir avec connaissance de cause la véritable étiologie du processus morbide. D'un autre côté vous devez savoir que l'hydropisie généralisée du tissu cellulaire ne s'observe qu'à la suite du refroidissement, de la cessation des règles, des maladies portant atteinte à la constitution du sang. Si l'œdème se généralise dans les aiTections du cœur, cette généralisation apparaît tardivement, lorsque depuis longtemps déjà les extrémités inférieures ont montré l'infiltration hydropique consécutive. L'hydropisie localisée, le plus habituellement, dépend de lésions gênant la circulation veineuse, thrombose, compression, etc. Parfois elle résulte de la fluxion collatérale ou d'une influence vaso-motrice ainsi que vous l'avez vu. Les œdèmes lymphatiques, du reste, sont assez rares. En présence donc d'accidents cérébraux graves, le médecin doit rechercher s'il n'existe aucune cause d'œdème du cerveau, étudier les antécédents du malade au point de vue de l'existence d'un état cachectique, rechercher ensuite s'il existe ou non des thromboses des sinus crâniens ou des gênes de circulation dans les veines jugulaires. Ce n'est qu'aprés la constatation de ces antécédents qu'il pourra établir son diagnostic, qui sera d'une grande importance pratique.
Le pronostic de l'hydropisie dépend avant toute chose de la cause productrice de la maladie. C'est, en effet, la cause de l'affection qui détermine son siège, son étendue, sa durée limitée ou indéfinie. D'une manière générale, on peut dire que parmi les causes mécaniques, celles de mon premier groupe, quelle que soit l'étendue de l'hydropisie, ne donnent que peu de gravité à ce processus morbide. Habituellement, lorsque l'hydropisie se généralise, elle disparaît bientôt par l'exagération du fonctionnement des émonctoires naturels, et lorsqu'il existe une localisation bien déterminée, l'infiltration cesse avec la cause, fluxion collatérale, influence vaso-motrice, qui l'a produite. Il est une exception toutefois à cette règle : quand l'infiltration bydropique siège du côté de l'encéphale ou des lèvres de
la glotte, il y a toujours daufrer iramédiat, comme il est facile de s'en rendre compte, les actes ciirébraux ou Thématose se trouvant d'emblée fortement compromis. Les causes du second groupe, lorsqu'elles portent sur les veines, ne donnent à Thydropisie qu'une gravité relative à son siège. Suivant que la circulation collatérale peut s'établir plus ou moins facilement, la durée du processus est plus ou moins limitée. Lorsqu'elles portent sur le cœur, le poumon et le foie, et qu'elles déterminent de sérieuses difficultés de circulation dans ces organes, ellesdonnent une réelle importance à la maladie. Les lésions causes d'hydropisie, dans le plus grand nombre de ces cas, sont irrémédiables. Pour ce qui est du cœur, cependant, il ne faut pas oublier que les changements de structure de ses valvules ou de ses orifices sont facilement compensés par l'hypertrophie du tissu musculaire, qui annihile souvent, d'une manière très-parfaite, les lésions analomiques pendant un certain temps. Quant aux causes du troisième groupe, généralement elles donnent une longue durée à l'hydropisie. Les hydropisies cachectiques sont liées dans leur pronostic à la nature de la cachexie qui leur a donné naissance, et se comportent en réalité comme elle au point de vue de leur évolution ultérieure.
La durée de l'hydropisie influe sur son pronostic en ce sens qu'elle détermine ou non dans les régions atteintes les modifications de structure que je vous ai signalées. Il ne faut pas perdre de vue que les régions infiltrées à la suite d'obstructions veineuses sont susceptibles d'être frappées de mortification, sous l'influence des causes les plus légères, que les compressions, les frottements, les incisions, les plaies de toute nature peuvent aboutira ce résultat. Je vous ai signalé ces faits à propos de la gangrène par oblitération veineuse, eln'aipas besoin, je crois, d'insister à 1 eur sujet. Quant au siège de l'hydropisie, il modifie le pronostic suivant l'importance vitale des régions atteintes.
Terminons cette leçon, messieurs, en disant quelques mots du traitement que réclame l'hydropisie. En premier lieu le médecin doit chercher à remplir l'indication causale, lorsque la cause peut être atteinte. Souvent la cause de l'hydropisie a déjà disparu lorsque l'intervention médicale peut avoir lieu, hydropisiea frigore ; soiweni la cause ne peut elle-même être écartée. Dans les hydropisies tenant à notre premier groupe de causes mécaniques, l'indication causale pourra souvent être remplie. C'est ainsi qu'on cherchera à rappeler les règles ou le flux hémorrhoïdairc, qu'on favorisera par des frictions ou des massages, par l'hydrothérapie ou les courants élec-
triques, rétablissement rapide de la circulation collatérale, el que les hydropisies des paralytiques seront amendées par les mêmes moyens iavorisant les contractions des muscles vasculaires. La plupart du temps les causes du second groupe ne pourront être écartées par l'intervention médicale. Les thromboses veineuses échappent, vou:> le savez, aux ressources de l'art. Cependant, quand il s'agira de compressions exercées sur les veines par des tumeurs, la pratique chirurgicale, dans certains cas, en les détiniisant ou les extii*pant^ pourra atteindre Thydropisie dans sa cause génératrice. Les affections du cœur donnant lieu aux manifestations hydropiques écliappeut le pUis souvent à nos moyens d'aclion. Cependant les toniques généraux, les toniques spéciaux de l'organe, tels que la caféine et la digitale, en stimulant ses contractions, pourront contribuer à établir une efficace compensation sous l'intluence de laquelle Thydropisio disparaîtra. Les processus cirrhotiques entravant la circulation dans le poumon ou le foie devront, dans le plus grand nombre des cas, être traités par Tiodure de potassium, qui, vous le savez, s'oppose au développement du tissu conjonctif. Quant aux causes mécaniques rentrant dans notre troisième groupe, la plupart du temps il est impossible de les écarter.
Si riiyclropisie lient à un état cachectique ayant amené Thypo-al buminose du sang, c'est contre cet état que devra porter tout Teffoit de la thérapeutique, et la médication sera appropriée à la cachexie spéciale source d'hydropisie. Ici, l'alimentation substantielle et Tusage des toniques formeront la base du traitement, ainsi qu'il est facile de le comprendre.
L'indication morbide consiste à faire disparaître l'infiltration hydropique. On peut espérer arriver au résultat cherché par des moyens chirurgicaux tels que la ponction avec aspiration du liquide, s'il s'agit d'épanchemenls dans les cavités séreuses, les mouchetures, les petites incisions de la peau lorsqu'il est question d'œdème. 11 ne faut toutefois pas perdre de vue que, dans les cas d'oblitérations veineuses multiples, ces Iraumatismes pourraient amener la gangrène à leur suite. La compression sera parfois utile, elles courants continus donneront aussi de bons résultats {;{). D'un autre côté, en faisant
(1) Les courants continus dan» le traitcmont de Pœdèmn ai^issont, selon toute probaliilité, par transport du liquide hydropique d'un pôle à l'autiv. C'est sur ce principt* quo Remak se fondait lorsqu'il conseillait de mettre le pôle positif sur les parties œdémalié'^ et le pôle négatif, plus haut, sur des parties saines. (Pour plus de détails sur cette que^^ tion, voir Oninius et Legros, Traité d'électricité métiicale, 187:2.)
perdre au liquide sanguin une grande quantité d'eau, on détermine une exagération de Tabsorplion interstitielle qui aboutit à la disparition de rinfdtration. C'est de celte manière qu'agissent la saignée, les sudorifiques, les purgatifs drastiques et les diurétiques, si utiles dans le traitement des hydropisies. Il est évident que pour donner la préférence à Tune ou l'autre de ces voies de déperdition, le médecin devra se guider sur l'état général des sujets d'une manière constante. La saignée devra le plus souvent être réservée pour les cas urgents où l'hydropisie, par son siège, œdème aigu du poumon ou du cerveau, met en péril les jours du malade.
iyS LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.