‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 80 sur 82 · DE LA FIÈVRE (SUITE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE (SUITE

grammes d'extrait de veratrum viridc. L'abaissemenl thermique, bien que réel, n'est cependant pas très-grand. Ces effets durent peu, et il est nécessaire pour les voir persister de renouveler les doses. Mais, comme l'enseigne le professeur Hirtz, souvent il est impossible de le faire, car il survient des vomissements et des hoquets incoercibles. Administrée en injections hypodermiques, la vératrine abaisse plus nettement la température. Suivant Pegaitaz (1), au bout de 6 à iO^*' le thermomètre tombeau degré normal. Cette chute thermique n'est pas durable, et l'on voit la chaleur reparaître environ trois ou quatre heures après la défervescencc. Des sueurs profuses accompagnent presque toujours la chute de la fièvre. Ces faits montrent que la vératrine ne peut être employée dans le traitement ordinaire de la fièvre, et que ce médicament doit être réservé pour les cas où une ascension thermique considérable menace les jours des malades et réclame une rapide intervention. Son mode d'action n'est pas encore bien établi. D'après Ilirt elle agirait sur les ganglions modéraleurs du cœur et sur le nerf pneumogastrique en particulier.

L'alcool que de nos jours on emploie si fréquemment dans le cours des affections fébriles serait également une substance antipyrétique d'après Bouvier, Binz et Jûrgensen ; Obernier et Rabow lui nieraient ce pouvoir. Les recherches récentes de Riegel (^) ont montré que l'alcool abaisse la température et que l'abaissement est proportionnel à la quantité ingérée. Cet abaissement toutefois est généralement faible. Chez les alcooliques ces effets ne se manifestent pas.

Je n'insisterai pas près de vous, messieurs, sur les propriétés antifébriles des antimoniaux, des mercuriaux, des alcalins et du nitrate de potasse ou de l'acétate de plomb. Toutes ces substances abaissent la température et le pouls après un certain temps de leur administration. Le nitre a cet avantage encore d'activer la sécrétion urinaire et d'éliminer par conséquent les déchets de la combustion organique. Dans vos traités de thérapeutique vous trouverez toutes les notions scientifiques relatives à ces médicaments.

L'oxagéralion des pertes de chaleur est le second moyen de traitement de la fièvre. Elle est obtenue d'une part par l'ingestion des boissons fraîches, qui doivent toujours être données pondant le proccf^sus rébrilo, alors même qu'il s'agil de pneumonies, de bronchilos ou de lièvres éruptives. Elle est alleinle d'autre part par le rcfroi-

(I; PngMtnz (I)eutficJifx Arch. fur Klhmchc Mfdfvhi, I8(VJ).

(2) Kiegcl, Veherden Einflnss des Alcohols auf die Korjïfnviu'me (Deulsvhes Arch. fur Klin. med. ; 1873».

dissement artificiel de la périphérie cutanée et c*csl ici que viennent prendre place les lotions froides, les compresses froides, les bains froids entiers et les aiïusions froides. Tous ces moyens font partie du traitement hydrothérapique de la fièvre qui, institué par Currie, a été remis en honneur de nos jours par Brand, Liebermeislcr, Jurgenscn, Scoutelten, Bucquoy, See et de nombreux antres chercheurs.

Quelle que soit la nature du processus fébrile, dans les fièvres inflammatoires comme dans les fièvres infectieuses, le froid appliqué diaprés les divers modes cités plus haut constitue le traitement antifébrile le plus rationnel et le plus énergique. Dans les inflammations, dans le rhumatisme, dans les fièvres éruptives, dans les typhus, il donne des résultats excessivement remarquables et tous les jours les annales de la médecine démontrent par de nombreuses observations sa prodigieuse eflicacité. La baisse thermique est constante et les accidents graves disparaissent, tandis que la maladie est diminuée dans sa durée. De tous les modes d'application du froid à la thérapeutique de la fièvre, les bains tièdes que Ton refroidit graduellement pendant que le malade s'y trouve plongé et les affusions froides paraissent donner les meilleurs résultats. Cependant, suivant le professeur Hirtz, l'usage des bains froids est coutre-indiqué dans les cas d'inflammation des bronches et du poumon. C'est surtout alors que la température est très-élevée et que l'aflaisseinent nerveux est proche que l'usage du froid en affusion est surtout indique. Je ne puis insister davantage sur ce sujet. Vous pourrez puiser des indications Irès-imporlantcs sur le traitement de la fièvre par le froid dans l'excellent travail de M. de Lambert (1).

Terminons, messieurs, par quelques mots sur les indications sjmptomatiques pouvant se présenter pendant le courant du processus fébrile. Ces indications reposent sur la prédominance de certains symptômes qui, par leur aggravation, pourraient devenir une source de danger. Les désordres nerveux dominent ici la scène. Le délire, l'anxiété, les contractions musculaires et même les convulsions, tous phénomènes dont l'ensemble était autrefois désigné sous le nom d'ataxie, et qui rapidement entraînent l'afiaissement du système nerveux, doivent être écartés le plus rapidement possible. Comme le plus souvent ils sont liés à l'élévation thermique, les médicaments antipyrétiques trouveront ici leur place; on pourra y joindre les

(1) De Lambert, De Vemploi dtiaffeciioM froides dam le traitement de la fièvre tffiwtdt et des fièvres éruptives; Paris, 1870.

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sédatifs du système nerveux, tels les narcotiques légers et le bromure de potassium. L'affaissement nerveux avec paralysie prochaine du cœur et gêne profonde de la respiration,. le collapsus réclament les excitants généraux : le thé, le café, Talcool, la strychnine même. Les affusions froides accompagnées du massage des muscles respirateurs pourront également rendre de très-grands services. Si des complications se produisent du côté du poumon, s*il survient des congestions hypostatiques ou de l'œdème de cet organe, les révulsifs sur la poitrine, les ventouses et les vésicatoires seront employés pour amener une dérivation et appeler le sang vers d'autres régions. Les ventouses sèches largement appliquées sur toute la poitrine, sur le ventre et sur les cuisses, et même la ventouse de Junod, seront surtout d'une grande utilité. Les troubles des fonctions digestives seront incessamment surveillés, la constipation écartée puisque, par le développement considérable de gaz intestinaux qui raccompagne, elle détermine le météorisme abdominal, cause puissante d'une gêne constante de la respiration. Quant aux accidents hémorrhagiques pouvant survenir pendant le cours du processus morbide, ils seront traités par les moyens appropriés; le froid intus et extra, les acides minéraux, l'ergotine, trouveront ici leur place.

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