ANÉMIES TOXIQUES
étiologique de la fièvre dans Tapparition de l'anémie. Ils font voir que, dans les maladies inflammatoires, aiguës ou autres, comme dans les maladies clu'oniques, la fièvre doit être prise en sérieuse considération, puisque, à elle seule, elle est une cause d'altération pour le sang et, par suite, pour l'ensemble de l'organisme.
II est une seconde série d'anémies que l'on doit placer dans ce groupe. Elle comprend ces altérations du milieu intérieur que Ton pourrait appeler anémies dystrophiques. Ici viennent se ranger les anémies du rachitisme, de la scrofule, de la tuberculose et du cancer, anémies dans lesquelles le sang atteint dans ses éléments globulaires d'abord, dans ses matières albuminoides ensuite, s'altère de plus en plus. Je veux ici vous donner une idée des perles globulaires du sang chez les tuberculeux et les cancéreux. D'après M. Malassez (1),chez les tuberculeux, les globules rouges diminuent de nombre dès la première période. Chez les hommes, on ne trouve plus que 4480000 globules et chez les femmes plus que 2560000. Mais, plus les lésions physiques s'aggravent, plus aussi le nombre des globules diminue et, aux périodes ultimes du mal, on trouve alors chez Thomme 2560000 et chez la femme 980000. D'après le même auteur, il en est de même chez les cancéreux où l'on voit la diminution globulaire être d'autant plus grande que l'affection est plus avancée. En acceptant comme chiffres normaux 4500000 chez l'homme et 3500000 chez la femme, on trouve, dans les premiers temps du cancer, chez l'homme 3 500 000 et chez la femme 2500000 et, dans les dernières périodes, 2500000 chez l'homme el 1 500000 chez la femme. C'est encore dans cette série étiologique qu'il faut placer ces anémies accompagnant l'hypertrophie de la rate et des ganglions lymphatiques, qu'il y ait ou non leucocylhémie concomilante et notamment l'anémie de la maladie de Ilogdkin dont je vous parlerai plus tard. Les anémies accompagnant les lésions graves du foie, l'anémie du goitre exophthalmique sont dans le même cas.
Les anémies dues à la pénétration dans Vorganisme des substances toxiques et des agents infectieux rentrent dans notre quatrième groupe étiologique.
La plupart des poisons, quand leur action s'exerce pendant longtemps, dans les empoisonnements chroniques par conséquent, amènent une diminution dans le nombre des éléments rouges du sang.
(1) Malassez, Société de biologie j 1873.
Certains d*entre eux, notamment le plomb, le mercure et généralement les métaux, paraissent s'unir aux matières albuminoldes du sang pour former des albuminates qui sont ensuite éliminés par la voie rénale et occasionnent une perte de matières albuminoides. D'autres semblent agir directement surles globules qu'ils détruisent d'emblée, Mais, quel que soit le mode primitif de leur action, le résultat définitif est toujours l'anémie, comme je vais vous le montrer par quelques exemples.
L'alcool attaque les globules rouges, les déforme, en sépai^e l'hémoglobine et les détruit. Ces faits, indiqués déjà par Schultz, ont reçu confirmation des expériences de Duménil et Pouchet et de celles de nombreux autres observateurs. On sail que, dam l'alcoolisme chronique, il se produit une anémie réelle, désigaée sous le nom d'anémie des buveurs, et que cette anémie s'accompagne le plus souvent d'une stéeitose viscérale très-prononcée. Chez les sujets atteints d'intoxication plombique, pareille anémie se remarque et le sang, atteint profondément dans sa constitution, perd ses globules à tel point que leur nombre est souvent diminué de moitié, comme l'a montré M. Malassez. D'après cet auteur, du reste, l'hypoglobulie d'origine satumine parait plus faible chez les arthralgiques ; elle est plus considérable chez les paralytiques et se montre très-variable chez les entéralgiques. L'usage prolongé du mercure aboutit au même résultai qui s'observe et chez les ouvriers employés à la fabrication des produits mercuriels, et chez les sujets prenant ce métal dans un but thérapeutique. Chez tous, comme l'ont indiqué Trousseau et Pidoux'(l), comme l'a démontré Bretonneau (2) par des expériences sur des animaux, on voit se produire une véritable dissolution du sang caractérisée par la fonte des éléments globulaires. Ce fait a été confirmé récemment par les recherches expérimentales et cliniques de Wilbouchewitch (3). Chez les animaux, suivant l'auteur, le mercure détermine toujours une déglobulisation qui est progressive alors môme que les doses restent constantes, et qui persiste tantque dure le traitement. La perte en éléments globulaires est souvent très-ra-
(I) Troiissoau et Pidoux. Traité de therajieutiqut.
(S) Bretonneau, cité par Rollct, art. Mercurielles {maladie*) du Diction, eHCfd. i» se. méd.y Masson, 1873.
(3) Wilbouchewitch, De V influence des préparations niercurielles sur la richesse h sang en globules rouges et en globules blancs {Arch. de phys, norm. et path.j Ibssoa. 1874).
pide puisque, en douze jours, chez un lapin qui avait avant l'expérience 4-484800 globules par millimètre cube, on vit ces éléments tomber au chiffre de 2 700 000 et, par conséquent, diminuer déplus de moitié. Chez les syphilitiques on observe deux périodes bien tranchées dans Faction du mercure sur le milieu intérieur. Dans la première, on voit le nombre des globules, diminué du fait de la syphilis, augmenter et revenir à la normale; dans la seconde, le traitement continuant, les globules diminuent. Ces faits sont importants à connaître au point de vue de la thérapeutique des maladies vénériennes. Voici des chiffres, empruntés à l'auteur, qui montrent clairement ces différentes actions du mercure sur le sang. Chez des syphilitiques au début de leur affection, le traitement mercuriel augmente la richesse globulaire du sang pendant 9 jours au moins et pendant 21 jours au plus, en moyenne donc pendant 16 jours. Pen- , dant ce temps, la moyenne générale des gains a été de 102450 globules par jour et par millimètre cube. Après cette période a commencé la déglobulisatidn qui a été telle qu'en 12 jours en moyenne le nombre des globules était revenu cequ il étaitavantle traitement. La perte moyenne par millimètre cube et par jour était alor;^ de 133793 globules. L'arsenic en usage prolongé aboutit aussi à l'anémie et il en est de même des alcalins ; vous savez aussi que le phosphore détruit rapidement les globules rouges. Ici je vous rappelle que le passage dans le sang des sels de la bile produit des effets analogues, comme l'ont prouvé les recherches de Plattner, d'Hoppe- Seyler et celles plus récentes de Feltz et Ritter. J'ai trop insisté près de vous sur ces effets de sels biliaires pour qu'il soit nécessaire d'en parler davantage.
A côté des anémies déterminées par la pénétration dans le sang de diverses substances toxiques, il faut placer celles qui se produisent sous rinfluenec de ces poisons, inconnus dans leur nature, et que l'on désigne d'une manière générale sous le nom d'agents infectieux. Les maladies infectieuses, quelles qu'elles soient, septicémies, typhus variés, fièvres éruptives, fièvres paludéennes, maladies virulentes, telles que la syphilis, amènent toujours à leur suite une anémie qui, dans son intensité, est en rapport avec l'intensité delà maladie ellemême. Comme exemple, je veux vous montrer les altérations du sang dans quelques-unes de ces affections :
La septicémie expérimentale représente avec raison les septicémies qui se développent dans l'organisme humain dans les cas de puerpéraiilé ou dans^ d'autres circonstances. Or, voici un tableau
e»t LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
emprunté à Coze et Feitz (1) qui vous montre bien les altéraiions sanguines sous Tinfluence de cette maladie.
MODIFICATIONS DU S.VNG DANS LA SEPTICÉMn; (CHIENS).
Sang nortnal. Sanf mal»l<>.
Fibrine 1 ,98 3,51
Globules 126,85 116,63
Albumine 65,19 56,66
Urée et extractif » 1,50
Glycose » 0,13
Corp« gras 2,25 0,23
Sels 7,22 9,92
Eau et perte 790,50 8ll,4t
Comme on le sait depuis longtemps déjà, mais comme Ta démontré M. Kelsch dans ces derniers temps, il est peu de maladies qui détruisent les globules rouges aussi rapidement et d*une manière aussi considérable que les fièvres paludéennes dans les foyers endémiques. Souvent Ton voit une fièvre simple, quotidienne oo tierce, produire, dans Tespace de ^ à 30 jours, une oligocythémie telle que le chiffre des globules tombe par millimètre cube de 6 000 UOO à 1 000000 et quelquefois même à 500000. Au début da mal, cette destruction est si rapide qu'en 24 heures on peut voir des sujets perdre jusqu'à 1000000 d'unités globulaires. Ces faits s'observent plus spécialement dans les fièvres intermittentes à accès pernicieux.
La syphilis, à son tour, produit pareillement l'anémie, et cela dés le début du mal. Dans ces cas, indépendamment de l'action du virus sur le sang lui-même, on peut encore invoquer comme cause d'anémie les altérations des ganglions lymphatiques dont l'action sur la lymphe se trouve entravée. Quoi qu'il en soit, du reste, il est certain, comme l'ont montré Ricord et Grassi, que la déglobulisation s*obser>'e dès le début et qu'elle fait des progrès jusqu'aux dernières périodes du mal. M. Wilbouchewitch, dans le travail que je vous citais tout à l'heure, a bien établi cette destruction globulaire dans les premiers temps. D'après ses recherches, en moyenne, les pertes en éléments rouges seraient, par millimètre cube de sang et par jour, de 2:29405 unités globulaires.
ii) Coie et Felu, Recherches diniquet et expèrimeniêU* tur la prtêence ée$ fnfw Maires ei Vétët du $ang âëns les maladies infectieuses, 1871.
ANÉMIE. LÉSIONS ANATOHIQUES. 683
Les lésions analomiqtœs que l'on observe chez les anémiques et qui paraissent être le résultat de l'anémie elle-même doivent être étudiées dans le sang et dans les divers organes de l'économie.
A l'autopsie des anémiques la quantité de sang renfermée dans le système vasculaire pai^tt moins grande que chez les autres sujets ; le cœur gauche, les aiières sont complètement vides et, dans les veines on ne trouve qu'une très-faible proportion de sang ; quel» quefois même, comme l'ont montré Halle, de tiaen et Lieutaud, il n'y a dans les vaisseaux qu'un peu de sérosité rongeâtre. Cependant cette vacuité plus ou moins complète du système circulatoire après la mort ne peut pas nous renseigner d'une manière certaine sur la quantité de sang qui existait pendant la vie. Il ne faut pas oublier, en effet, que les autopsies ne se pratiquent guère que ^ heures après la mort et que, pendant tout ce temps, surtout quand le sang est altéré dans sa constitution comme il l'est dans certaines anémies, le liquide intravasculaire peut s'infiltrer dans les tissus et par conséquent échapper à l'estimation quantitative. Quand on trouve du sang coagulé dans les vaisseaux, les caillots sont petits, mous, peu colorés, quelquefois complètement incolores.
Des tentatives ont été faites pendant la vie pour estimer la diminution de quantité du sang chez les anémiques. Elles ont porté sur l'anémie d'inanition et ce sont plus particulièrement des tentatives expérimentales. C'est ainsi que Chossat, Bidder et Schmidt et, dans ces derniers temps, M. Malassez (1) ont signalé une diminution de la masse sanguine chez les animaux inanitiés; cependant, comme je vous l'ai dit déjà, si la quantité pondérable de sang diminue alors, la perte ne parait pas être plus considérable que celle des autres tissus et le rapport de la masse du sang au poids du corps ne semble pas notablement changé. Des recherches cliniques ont été tentées dans cette même voie par M. Bouchaud chez les nouveau-nés inanitiés. L'auteur a vu que, chez eux, le rapport du poids du sang à celui du corps est de -^^y tandis qu'il est de -^ôôô ^^ez les nouveaunés dont la nutrition se fait dans de bonnes conditions.
Nos données sur les modifications des qnnlités du sang sont plus précises. Une saignée pratiquée chez l'anémique donne un sang d'un rouge plus clair qu'à l'état normal et dont le caillot, très-petit et peu coloré, nage dans une sérosité très-abondante. La densité du
(I) Malassez, Recherches sur quelques variations que présente la niasse totale du sang ^Arch. de phtjt. nonn. etpath.y Masson, 1875;.
sang, qui à Tétat normal varie entre 1045 et 1075, est constamment abaissée dans l'anémie. A la suite de saignées successives, Bouillaud a vu la densité de ce liquide tomber de 7 degrés de l'aréomètre de Baume à 5 degrés et demi et même 5 degrés un quart, et Denis, qui admettait 1075 pour la densité du sang, a noté 1045 chez les anémiques. L'eau du sang augmente et monte de 781 à 800 et 882 pour 1000.
Comme l'ont signalé tous les auteurs depuis les mémorables travaux d'Andral et Gavarret, le sang des anémiques renrerme constamment une proportion de globules rouges inférieure à la proportion physiologique. Dans l'anémie commençante, d'après Andral, au lieu de 128 pour 1000 de ces éléments, on ne trouverait plus que 408 et ce chilTre tomberait à 65 dans l'anémie confirmée et jusqu'à S8 dans Tanémie profonde. Pour Becquerel, qui fixait à 135 le chiffre normal des hématies, il y aurait trois degrés dans les pertes globulaires. Dans l'anémie légère, les éléments rouges se maintiennent entre 130 et 100 pour 1000 de sang; dans l'anémie médiocre entre 100 et 80 et, dans l'anémie considérable, ils tombent à 80 et même à 40 pour 1000.
Non-seulement on observe une diminution dans la quantité de globules rouges pendant l'anémie, mais ces éléments paraissent subir des changements dans leur constitution. Déjà Andral avait noté ces modifications chez les chlorotiques et avait trouvé les hématies plus petites qu'à l'état normal; Virchowet Schultz ont insisté sur le même fait ainsi que Valentin et R. Wagner; mais ces travaux n'avaient pas fixé définitivement la question qui vient d'être complètement élucidée par les belles recherches de M. Ilayem (1), ainsi que vous allez le voir.
Cet auteur, étudiant les caractères anatomiques du sang dans les anémies, a montré les faits suivants : Après avoir établi que, dans le sang normal, on trouve des globules de trois dimensions, des grands mesurant en moyenne 0"",0085, des moyens mesurant 0"",0075, des petits n'ayant que 0"",0065 et en proportion telle que, sur 100 globules, il y a 75 moyens, 12 grands et 12 petits, il monUt qu'au point de vue des variations dans le volume de ces élémeiils chez les anémiques, il faut distinguer \es anémies aiguës des anémies chroniques. Dans l'anémie aiguë en effet, les dimensions des hémaUes restent normales ainsi que le rapport numérique entre