‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 121 sur 217 · ANÉMIE. LÉSIONS AN ATOMIQUES · texte numérisé non relu

ANÉMIE. LÉSIONS AN ATOMIQUES

leurs variétés de grosseur. Au contraire, dans les anémies chroniques, on rencontre presque toujours des globules plus petits que les petits globules du sang normal ; on en trouve en assez grand nombre qui n'ont que 0-",0045, 0'"™,00a8, 0-",0033; de plus on trouve des hématies plus volumineuses que les plus grands éléments^du sang normal ; ces globules, que Ton pourrait appeler globules géants, sont moins épais que les globules ordinaires, moins nettement aplatis à leur centre et mesurent en moyenne 0""",010 à O^^jOlS; il en est qui atteignent jusqu'à 0""°,014. Les rapports numériques entre les éléments de grosseur variée sont changés également, et la proportion de petits globules est beaucoup plus considérable; ordinairement on trouve de 1/2 à 4 pour 100 de globules géants. 11 résulte en somme de ces modifications que c dans tous les cas d'anémie chronique d'une certaine intensité, la moyenne des dimensions globulaires est toujours inférieure à la normale et que, par suite, pour un même nombre d'unités globulaires, la masse totale est toujours diminuée. En même temps que les hématies diminuent de volume, elles varient de forme et perdent de leur consistance et de leur couleur. >

Mais M. Ilayem ne s'est pas borné à ces résultats. Reprenant les recherches de M. Quinquaud (1), qui a dosé l'hémoglobine dans le sang des anémiques et montré que cette substance peut descendre de 125 à 1;iO grammes pour 1000, son chiffre physiologique, jusqu'à 57 dans la chlorose et même à 40 et 38 dans la cachexie cancéreuse, il a étudié, comme l'avait fait Duncan (2), le pouvoir colorant des globules, en a déduit la richesse du sang en hémoglobine et prouvé que l'anémie commence quand l'hémoglobine, dont la quantité conventionnelle est égale à 1 dans le sang le plus riche, tombe au chiffre de 0,66 et au-dessous. On peut la voir ainsi descendre jusqu'à 0,125 et, dans les anémies profondes, elle est environ huit fois moins abondante qu'à l'état normal. La numération des globules dans 1 millimètre cube de sang a fourni encore de nouvelles données à l'auteur. Chez Thomme adulte et bien portant, de vingt à quarante ans, on trouve le matin à jeun en moyene 5 500 000 globules rouges; mais, dans la majorité des cas, chez les anémiques, ce chiffre n'est pas atteint. Si Tanémie est très-intense et surtout si elle a suivi une marche rapide, la diminution est considérable;

(1) Quinquaud, Variatioiiê de l'hémoglobine dans let maladie$ (Acad. des «c, 1873).

(2) Duncan, Beilràge iur Pathologie und Thérapie der Chlorose, 1867.

dans un cas d'anémie paludéenne, il n'y avait que 1 183750 élémenls globulaires; dans un cas de purpura ce chiffre était descendu à 1000000. Cependant, dans les anémies ordinaires, souvent le nombre des globules diffère peu de Tétat normal ; puisque Ton trouve 5000000 et même 5500000. Mais dans ce sang, malgré la quantité d'unités globulaires, le pouvoir colorant et par conséquent la proportion d'hémoglobine a diminué de telle sorte, comme le dit M. Uayem, qu'il y a constamment c un défaut de concordance entre le nombre des éléments colorés et le pouvoir colorant du sang >. 11 en résulte donc qu'en somme la caractéristique de l'anémie réside plus spécialement dans la diminution de rhémoglobine dans le milieu intérieur, et que la mesure exacte du degré de l'anémie doit être cherchée dans la perte quantitative de cette substance. Ces travaux de Hayem .confirment donc ceux de Quinquaud précédemment cités. Us confirment aussi les analyses de Becquerel sur les variations dans la quantité de fer que renferme le sang pendant l'anémie, puisque Ton sait que c'est l'hémoglobine qui contient tout le fer de ce liquide. Or, tandis qu'a l'état physiologique, suivant cet auteur, l'on trouve 0,55 centigrammes de fer pour 1000 de sang, chez les anémiques cette proportion tombe à 0,33 et 0,31 pour 1000; il y a donc une diminution de près de moitié d'après ces analyses; mais, en tenant compte de la quantité de fer entrant dans la composition chimique de l'hémoglobine, 0^'4â pour 100 d'après Iloppe-Seyler et en acceptant les chiffres de Quinquaud, on trouve que, dans les anémies profondes, dans la cachexie cancéreuse notamment, la proportion de fer peut descendre dans le sang jusqu'à 0'^' 16 pour 1000.

Les leucocytes du sang pendant l'anémie ne paraissent pas subir de modifications numériques ou constitutives aussi importantes. Le plus souvent, comme Font prouvé depuis longtemps déjà Donné, Robin et Virchow et comme l'ont encore montré Hayem dans ses recherches et Kelsch dans ses études sur l'anémie paludéenne, leur nombre reste dans un rapport normal avec celui des globules rouges. Dans certains cas cependant, on observe des variations dans le nombre des leucocytes. Suivant Donders et Moleschott, qui acceptent le rapport de 1 leucocyte pour 300 hématies, dans l'abstinence complète et prolongée, on verrait diminuer les leucocjtes et le rapport deviendrait -^- M. Kelsch a signalé des faits semblables; dans les anémies très-profondes, dans les cachexies paludéennes consommées, malgré une énorme hypertrophie de la rate,

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il a VU les leucocytes diminuer de telle sorte que le rapport devient ISïT^ "nW* lïïîT ^^ "ïêroe -^' D'autres fois c'est une modification inverse qui se rencontre; après la saignée, par exemple, on voit, chez le cheval notamment, le nombre des leucocytes augmenter à tel point qu'il peut égaler celui des globules rouges. D'après des recherches récentes de M. Wilbouchewitch (1), l'alimentation végétale et surtout l'alimentation insuflisante augmenterait le nombre des leucocytes du sang ; chez un malade atteint de rétrécissement oesophagien, il a trouvé -^> au lieu du rapport -g^ qu'il accepte comme physiologique.

Dans les anémies ordinaires les matières albuminoîdes ne varient guère de proportion. L'albumine reste au chiffre physiologique de 70 pour 1000. Mais il n'en est plus ainsi quand l'anémie est arrivée à un degré considérable ; alors apparaît la désalbuminémie, ainsi que je vous l'ai déjà indiqué. Dés que l'albumine tombe à 60 pour 1000, cet état du sang est acquis et la perte peut parfois descendre jusqu'à 50 et 30 pour 1000. Je vous ai déjà parlé de cette modification du sang dans mes leçons sur l'hydropisie et je vous l'ai montrée apparaissant après l'inanition, les hémorrhagies, la fièvre inflammatoire ou infectieuse, les diarrhées chroniques et l'albuminurie; je n'ai donc pas à y revenir, mais je vous rappelle les expériences de Cari Schmidt qui ont démontré que la diminution de l'albumine dans le sang est toujours accompagnée d'une augmentation proportionnelle dans la quantité des sels solubles. 11 en résulte, comme vous le savez, une tendance marquée aux infiltrations hydropiques.

Les lésions anatomiques des différents organes paraissent être la conséquence de leur nutrition imparfaite. On les observe plus particulièrement dans les degrés avancés du processus morbide, et elles consistent surtout dans une dégénérescence graisseuse des éléments anatomiques. Signalées par M. Perroud (2), qui nota la dégénérescence graisseuse du foie, du rein, du cœur et des muscles, elles ont été décrites par Parrot (3) dans l'inanition, puis par Ponfick (4) dans les anémies consécutives à des fièvres graves, à des diarrhées rebelles, à des accouchements répétés. Ces lésions sont plus spéciales au muscle cardiaque où l'on constate une dé-

fi) Wilbouchcwilch, De Vin/luence de r alimentation sur la proportion des globules blancs du sang, 1874.

(î; Perroud, De la polystêatose viscérale (Journ, de méd. de Lyon^ 1865).

(3) Parrot, Acad. des sciences, 18<»8.

(4) PonOck, Ueber Felther* {Berl. Klin. Woch., 1873).

généi*escence graisseuse des fibres musculaires, principalement dans le ventricule gauche et le plus souvent sur les colonnes charnues de la valvule mitrale. Comme Ta démontré Perl (1), elles sont bien le résultat de l'anémie elle-même, puisque Ton peut les reproduire expérimentalement. En pratiquant à des chiens des saignées veineuses et artérielles abondantes, l'auteur vit ses animaux tomber dans le marasme et mourir. Chez eux, le cœur était atteint de dégénérescence graisseuse ; les régions les plus atteintes étaient les muscles papillaires gauches et droits, puis, par ordre d'intensité décroissante , les parois du ventricule gauche, les parois du ventricule droit et celles de Toreillette droite. Une semblable dégénérescence a pu être observée dans les vaisseaux capillaires, surtout dans ceux de Tenccphale et dans ceux de Testomac. Ce fait s'explique de lui-même puisque l'on sait que la paroi des capillaires s'altère très-facilement dans les cas où la nutrition de ces vaisseaux est en souffrance.

Telles sont, envisagées d'une manière générale, les lésions de l'anémie. Dans les différentes formes du processus morbide, comme vous le verrez, on a signalé d'autres altérations spéciales, mais leur description viendra quand je vous parlerai de ces formes cliniques en particulier.

(1) Perl, Ueber den Einfuss der Anémie au f die Ernëhrung dit* Henmugkeis {Ank, f, path. Anal, und Phyi., 1874j.

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